Départ pour le sud du Pérou

De retour à Cuzco, nous filons directement chez le marchand de vélos juste en face de l’auberge, pour changer les pneus de Pauline trop fragiles. Malheureusement il faut commander les chambres à air, ce qui nous oblige à rester un jour de plus que prévu. Nous en profitons pour effectuer deux copieuses séances de travail scolaire, qui font franchir à François son chapitre sur le théorème de Thalès et finir à Pauline sa leçon d’histoire.

Nous retrouvons aussi à l’auberge Daniel et Huguette, arrivés la veille, ainsi qu’un jeune couple de français qui se sont donnés six mois de pause professionnelle pour voyager en backpack, un couple de suisses qui ont déjà bien vadrouillé à vélo à travers le monde depuis deux ans et un couple de japonais venant de franchir l’ascension des Andes depuis Lima. Nous leur disons à tous au-revoir et à bientôt, car il est probable qu’ils nous rattrapent sur la route…

Et puis nous décollons vers ce qui représente pour nous le début de la véritable aventure.

La sortie de Cuzco est bien plus facile en allant vers le sud, la route descend jusqu’aux premiers villages à la sortie de la ville. Même en partant un jour de semaine, nous évitons les passages trop chargés en circulation grâce à la parfaite maîtrise du GPS de Marc qui mène le peloton.

C’est ensuite que ça se corse. Nous sommes arrivés directement en avion à Cuzco pour éviter d’avoir à effectuer l’ascension des Andes, qui semblait hors de portée de nos capacités physiques. Mais la montagne ne se laisse pas facilement berner et nous impose un test d’entrée. Avant d’arriver sur l’altiplano, nous devons ainsi franchir un col à 4300m, ce qui représente plus de 2500m de dénivelés cumulés depuis Cuzco.

Pour pimenter un peu notre voyage, la saison des pluies s’est invitée à la fête un peu plus tôt que prévu, nous obligeant à nous arrêter régulièrement pour trouver un abri, ou à accélérer en espérant passer à côté des fronts pluvieux. Ne connaissant pas bien la montagne, nous avons du mal à anticiper le mouvement des nuages, les vents au sol n’étant pas les mêmes qu’en altitude. Parfois les épais nuages noirs restent accrochés aux sommets qui nous entourent, parfois ils les dépassent et déchargent leur colère dans la vallée. Nous demandons régulièrement aux villageois des conseils pour savoir s’il faut s’arrêter ou continuer. Une fois, nous nous arrêtons en hâte dans un restaurant touristique ayant poussé au milieu de nulle part. Nous y sommes accueillis par un flot de touristes français descendant de bus, qui nous interrogent, nous prennent en photos, nous souhaitent bon courage. Une autre fois, nous nous abritons in extremis dans une église adventiste, interrompant le groupe de lecture. Quelques minutes plus tard, la foudre tombe dans la cour où sont garés nos vélos. Nous profitons de cette rencontre impromptue pour discuter avec les femmes rassemblées, d’agriculture, d’éducation scolaire.

Dans tous les villages que nous traversons, l’école est de loin le plus beau bâtiment. Bien entretenu, joliment peint, souvent très coloré. Même dans les villages où l’on sent un niveau de vie plus que modeste, avec leurs maisons en adobe sans vitre malgré les températures en dessous de 10°C toute l’année, l’école reste le bâtiment le mieux aménagé. Le pays semble investir beaucoup dans l’éducation, même si nous entendons que la situation reste assez inégalitaire selon les régions. « Honneur, discipline, abnégation » sont des mots que nous retrouvons souvent en devise. Dans une école de campagne, nous lisons sur un panneau « Tous les enfants, filles et garçons, ont le droit à l’éducation scolaire ». De quoi relativiser sur notre rapport à l’école en France. Nous croisons tous les jours des enfants en uniforme qui nous saluent. Parfois c’est toute la cour de récréation qui interrompt ses jeux et se dirige en courant vers les grilles en nous criant des « Ola ! » que nous pouvons encore entendre quelques centaines de mètres plus loin.

De manière générale, nous sommes flattés par les expressions de salutation qui accompagnent notre parcours. Les travailleurs dans leurs champs relèvent la tête pour nous saluer, les marchandes le long de la rue rigolent entre elles avec des rires d’enfant à notre passage. Chez nous, les enfants prennent eux aussi l’habitude de saluer : « Ola, buenos dias, buenas tardes, buenas ». Ces petits moments de gaieté nous distraient et nous offrent des répits dans la montée.

Nous nous étions fixés des objectifs assez raisonnables pour effectuer l’ascension du col. Les grands en redemandent souvent plus ce qui nous permet de gagner chaque jour 10 ou 20 km sur ce qui était prévu. Nous nous couchons sans difficulté le soir, à 20h30 toute la famille est endormie !

Nous arrivons modestement au col le 5e jour après avoir poussé les vélos sur une bonne partie des derniers kilomètres, le vent de face. Ce ne sont pas tant les jambes qui sont en difficulté, la pente est rarement à plus de 6%, mais le souffle est trop court pour forcer sur de longues distances. Nous immortalisons le moment par une photo devant le panneau marquant le point culminant et nous préparons à savourer notre descente.

Cette descente sera de loin le moment le plus difficile de ces derniers jours, qui vaudra même quelques larmes chez toutes les filles : des chiens particulièrement agressifs, un vent de face violent et cinglant qui nous oblige à pédaler même dans les fortes descentes, la pluie qui vient fouetter nos visages et glacer nos os malgré toutes les couches de vêtements. La température est descendue à 5°, et nous n’avons pas trouvé de quoi manger depuis le petit déjeuner. Les parents avaient fait miroiter aux enfants une belle descente après le col, nous avons eu l’impression de nous la faire voler. La colère ressentie est proportionnelle aux attentes que nous avions : « il n’est pas censé pleuvoir à cette saison, le vent n’est pas censé souffler dans ce sens, nous ne sommes pas censés monter mais descendre vers ce fichu village ! ». Les Andes nous donnent notre première leçon de lâcher-prise : ne rien attendre et recevoir ce qui vient (clin d’oeil à Nathalie V.). Nous arrivons glacés au village de Santa Rosa, où nous cherchons une auberge pour nous mettre à l’abri. Nous y retrouvons Wu, cycliste Taïwanais rencontré sur la route, avec qui nous allons savourer une soupe bien chaude. La douche annoncée « caliente » étant en réalité froide, nous nous glissons tous dans nos duvets sans passer par la case nettoyage et nous endormons sur les deux derniers épisodes des Cités d’Or.

Le lendemain matin, un peu reposés, nous nous offrons un petit déjeuner sur l’altiplano que nous n’avions pas pris le temps d’observer la veille. Le changement de décor est étonnant. Nous avons quitté la vallée encaissée dans les montagnes aux sommets enneigés. Nous admirons maintenant des champs de steppes à perte de vue, recouvertes de stipes « ichu ». La gamme des jaunes se déroule devant nos yeux, subtilement mise en relief par l’ombre des nuages qui se déplacent rapidement. Nous suivons maintenant de longues (même très longues) lignes droites relativement plates. Dans la vallée l’agriculture était particulièrement diversifiée, avec ses multiples champs à taille familiale cultivés à la main ou à la charrue. Sur l’altiplano, les champs augmentent de taille et nous voyons apparaître les premiers tracteurs.

Au bout de 8 jours de pédalage, nous décidons de nous arrêter dans l’affreuse ville de Juliaca que nous avions prévu d’éviter au départ, pour recharger les batteries, changer l’axe de roue arrière de Marc qui a cassé lors d’une fausse manip avec le Follow-me, laver le linge… et reprendre le travail scolaire ! Nous débarquons à la Casa de Ciclistas de Juliaca, concept qui fonctionne très bien en Amérique du Sud. Ce sont des maisons mises à disposition des cyclotouristes, contre participation volontaire, où se retrouvent des baroudeurs pour une nuit, deux nuits, une semaine, un mois pour certains… La famille que nous sommes prenant de la place, Giovanni nous accueille carrément chez lui et nous met à disposition sa cuisine et son garage pour dormir. Nous passons une formidable soirée avec Giovanni et ses hôtes, autour d’un Pisco Sour, d’un grand plat de crêpes que nous avons cuisiné, et de chants d’inspiration quechua accompagnés à la guitare par des membres de passage de la Rainbow family. Pauline osera prendre la parole au milieu de ce joyeux groupe pour chanter a capella quelques jolis chants scouts. Autant dire que les parents étaient tout fiers !

Pour l’étape suivante, nous partirons en direction du lac Titicaca, que nous contournerons par le Nord et l’Est pour éviter les zones trop touristiques et profiter des splendides paysages sur l’eau.

 

Par Nadège

Plongée vers la Vallée Sacrée

plan

Nous décidons donc de partir vers la Vallée Sacrée à vélo, pour prendre le temps de profiter des paysages, des sites archéologiques, et commencer à exposer nos organismes à l’effort en altitude.

Les parents ne sont cependant pas bien fiers en sortant les vélos de l’auberge bien confortable où nous n’avons pas fini d’encaisser les dérangements intestinaux causés par la cuisine locale. Cachant nos doutes aux enfants, nous laissons une partie de notre matériel à l’auberge pour voyager plus léger et nous nous engageons pour cette première aventure.

Première difficulté : pour sortir de Cuzco, il faut traverser la ville dans sa circulation chaotique, grimper les flancs de collines environnantes à travers des ruelles n’ayant pas grand-chose à envier aux bidonvilles brésiliens, continuer à grimper à côté des camions et bus dont les pots d’échappement mal réglés dégagent des volutes de fumée noire qui se mélangent à la poussière, dégainer des pistolets à eau pour tenter d’effrayer les chiens excités par notre passage en deux roues, et se motiver en se disant que c’est bientôt fini.

Mais justement là, ce n’est pas fini. Après une belle descente bien reposante, c’est reparti pour une autre côte d’une bonne douzaine de kilomètres que nous faisons… principalement en poussant les vélos ! Heureusement, les paysages environnants sont tellement beaux que nous arrivons parfois à oublier notre souffle court et nos muscles endoloris. François, plus résistant que nous autres, soulage un peu la gent féminine en prenant les sacoches les plus lourdes.

 

Au bout de 7h, nous arrivons dans le village de destination, Chinchero, à la tombée du jour. Nous avons quelques difficultés à trouver une auberge. Heureusement, Daniel et Huguette, arrivés la veille, nous contactent à ce moment-là pour nous accueillir dans l’hostal qu’ils ont trouvé, à tarif négocié. Nous sommes épuisés mais heureux d’avoir franchi cette étape. Les enfants, tout excités par leur exploit, sont intarissables et commentent la journée dans tous ses détails.

Nous nous donnons une journée de repos à Chinchero, ce qui tombe bien car le dimanche, la ville est animée par son célèbre marché artisanal présentant les œuvres textiles réalisées par les femmes indiennes. C’est aussi un jour de pluie et celui des élections municipales, beaucoup d’ateliers sont donc fermés. Nous visitons le site archéologique de la ville, palais de repos de l’empereur Tupac Yupanqui.

Le lendemain, nous savons que la journée de vélo sera plus facile, avec ses 700 m de dénivelé en descente vers la vallée de l’Urubamba. Evidemment c’est sans compter les petits imprévus qui viennent pimenter le voyage : des sentiers de terre soudainement pavés, nous obligeant à faire demi-tour car le follow-me de Diane ne passe pas, une gamelle mémorable de Pauline dans un virage sableux, qui vaut une double crevaison avant-arrière et quelques égratignures, une descente sur une piste bien pentue qui nous appelle à la prudence. Nous profitons cependant des beaux paysages sur la vallée, habillée de ses champs de maïs, de fèves, de pomme de terre. Nous observons les agriculteurs dans leurs champs butter la terre avec une simple binette, désherber à la main, labourer avec des bœufs. Tous ces gestes sont réalisés avec lenteur, malgré l’ampleur du travail. Ces observations nous amènent à réfléchir à notre propre rapport au temps, dans nos vies de citadins pressés. Dans le désordre architectural ambiant, le climat plus doux de la vallée refleurit les jardins de bougainvilliers, d’abutilons, de rosiers…

Nous louons les services de transport de notre auberge pour aller visiter deux sites à proximité mais bien en hauteur. Les salinières de Maras sont exploitées depuis plus de 2000 ans. Elles reposent sur un ruisseau chargé de chlorure de sodium. Le ruisseau est dévié pour remplir de grands bacs à flanc de colline qui sont mis à sécher pendant un mois. Après l’évaporation de l’eau, les bacs de sel sont ratissés par les femmes (à main nue), ensachés par les hommes. Le site est auto-géré par la ville, contrairement aux autres sites du secteur, et 300 familles en vivent encore aujourd’hui. Ensuite nous nous rendons au site de Moray, site archéologique impressionnant formé de terrasses circulaires qui servaient d’expérimentation agricole aux incas. Grâce à une exposition privilégiée, protégée des vents, et à un système d’irrigation régulé, les terrasses creusées dans la terre permettaient d’adapter les espèces tropicales au climat montagnard et de calculer les rendements selon les types de terrains.

Nous pédalons ensuite vers la ville d’Ollantaytambo, dernier port routier avant d’accéder au Machu Picchu. Il y a quelques années, cette petite ville n’était qu’un tout petit village, dont le plan en forme d’épi de blé et les fondations des maisons datent de l’époque inca et de l’installation d’un palais dont on peut aujourd’hui visiter les vestiges sur le flanc de la colline. La ville est aussi traversée par un système de canaux datant de cette époque.

Aujourd’hui les boutiques de tourisme et les restaurants ont envahi les rues. C’est d’ici que partent les bus permettant d’accéder au Machu Picchu lorsqu’on ne souhaite pas prendre le coûteux train des Andes, qui déleste chaque personne de 130$ aller-retour (argent qui ne bénéficie pas totalement aux péruviens, puisque les sociétés Peru Rail et Inca Rail sont vraisemblablement détenus -au moins en partie- par des anglais et des américains, comme leur nom l’indique bien…).

Après un raté de réservation en ligne qui a failli nous coûter la visite du célèbre site, nous nous embarquons dans l’expédition des touristes les moins riches ou les plus masochistes. Nous prenons un van pour 4h de route de montagne au bord de ravins, que l’estomac de Diane n’a pas du tout supportées. Nos voisins d’infortune ne manquent pas de nous donner quelques feuilles de coca à mâcher pour lui faire passer les nausées. Résultat : 10 minutes plus tard, Diane dormait et finissait le voyage sans encombre. Arrivés au terminus, il faut ensuite marcher 2h selon les blogs sur internet, 3h pour nous, le long des rails du susdit train, dans une végétation tropicale des plus dépaysantes : bananiers, strelitzia, passiflores… Rapidement, il se met à pleuvoir assez fort et nous arrivons trempés à Aguas Calientes où nous profitons des thermes d’eau chaude au tarif exorbitant pour les touristes, avant d’aller nous coucher.

Lendemain, réveil à 4h pour entamer l’ascension de la montagne. A la dernière minute, Nadège décide de prendre le bus avec Diane qui a déjà bien donné la veille. Les trois courageux entament donc leur ascension de 700m de dénivelé en gravissant des marches bien raides, et arrivent en haut en 50 minutes ! Chapeau !

Nous arrivons juste à temps pour assister à un spectacle saisissant : le site recouvert d’un brouillard à couper au couteau se découvre progressivement sous nos yeux. Malgré la densité de touristes, malgré ce système de transport abusif et tous les excès de l’exploitation touristique à outrance, il faut reconnaître que le site est impressionnant. Nous sommes touchés par les lieux, plongés au cœur de montagnes inhospitalières mais magnifiques. Accompagnés d’un petit livre que nous avions trouvé dans une librairie à Cuzco, nous passons la matinée à comprendre comment était organisé ce village de 300 à 1000 habitants, regroupé autour d’un palais impérial probablement construit par Pachacutec, leur Napoléon inca.

Nous redescendons le même jour dans la vallée, à pied et en van encore une fois, et nous couchons épuisés par cette longue journée. Le lendemain nous repartons à vélo pour Urubamba, et faisons le choix de ne pas visiter la ville de Pisac, à 40 km, qui est pourtant un site majeur de la vallée sacrée. Nous préférons remonter vers Cusco pour nous préparer à démarrer notre aventure vers le sud (et aussi parce que les ados, ça sature vite des vieilles pierres). De même, nous ne nous sentons pas capables encore d’entreprendre la remontée vers Cuzco, avec ses 1000 m de dénivelés en peu de distance. Nous trouvons donc un bus local, équipé de rack à vélo sur le toit (et oui) et moins de 10 minutes après notre arrivée à la gare routière, nous décollons (en payant finalement 30 sols au lieu des 90 demandés par un autre chauffeur…).

Le Pérou bénéficie d’un patrimoine historique impressionnant, sans même parler des dizaines de petits sites éparpillés dans la région peu exploités et peu connus des circuits touristiques.

Cette plongée culturelle nous a bien questionné. Les incas bénéficiaient d’une main d’œuvre facile, car tous les résidents avaient un devoir de participation aux constructions collectives. Pour autant, comment est-il possible de dépenser autant d’énergie à extraire, tailler, soulever, déplacer parfois sur des kilomètres ces énormes blocs à la base de leurs fondations ?  Ils ne se doutaient certainement pas de l’héritage qu’ils laisseraient aux générations futures, résistant au temps, aux tremblements de terre et aux perches à selfie…

Quant à nous, ce petit périple au coeur de la Vallée Sacrée a été un bon entraînement. Loin d’être simple pourtant. Dans ces montagnes majestueuses, nous nous sentons ramenés à notre simple condition, qu’il faut accepter. Le temps est notre allié.

 

Par Nadège

Notre arrivée à Cuzco

Le départ de Brooklyn est un peu stressant mais tout finit par tenir dans 2 taxis pour l’aéroport. Quelques mauvaises surprises, arrivés au terminal : on n’a pas le droit d’enturbanner nos bagages (ce sont de grands sacs souples pour tenir toutes les sacoches vélo et il nous faut vraiment les protéger) et la compagnie nous réclame un gros supplément pour les vélos normalement compris dans les billets (le courtier finira par nous rembourser, ouf).

Nous sommes contents d’arriver au Pérou. Marc et les deux grands sont hyper motivés par l’apprentissage de l’espagnol. Ils bûchent sur une appli en ligne, et répètent à longueur de journée « La niña come pan » ou « El gato bebe leche » qui se transforme parfois en « La niña come el gato ». Bref, encore un peu de travail 😉

Après 24h de voyage, nous voilà à Cuzco, ville perchée dans la cordillère des Andes à 3600 m d’altitude. Nous nous sentons suffisamment en forme pour remonter les vélos devant l’aéroport. Les 6 km à parcourir pour rejoindre notre auberge nous paraissent accessibles dans cette circulation dominicale. Il nous faudra cependant presque une heure à ahaner comme des lamas pour y parvenir ; l’altitude se fait sentir à la moindre bosse.

C’est à moitié morts mais très heureux que nous parvenons à l’auberge, l’Estrillita. Simple, fonctionnelle, mais surtout un véritable repaire de baroudeurs en tous genres, qu’ils soient à pied, à vélo ou en moto ; un lieu formidable pour partager des informations sur le voyage et la région. A notre arrivée, nous rencontrerons des personnes de tout bord, d’Australie, d’Espagne, du Portugal, d’Allemagne, d’Indonésie, ainsi que Huguette et Daniel, un couple de français arrivés le même jour. Des rencontres bien motivantes !

 

Et puis là, plouf !

Quelques heures après notre arrivée, presque toute la famille est clouée au lit par le mal de l’altitude (appelé « sorroche » ici) avec maux de tête, nausées et essoufflements. Bien que nous ne soyons pas formatés pour cela, nous décidons de sortir notre atout majeur pour ce voyage : le temps. Nous restons une bonne semaine sur Cuzco pour habituer notre corps à l’altitude et nos estomacs au folklore local.

Nous profitons de cette semaine pour visiter la ville et comprendre son histoire. Cuzco, qui veut dire en Queshua « Nombril du monde » a été la capitale de l’empire inca (et non pas la capitale du massage et de la manucure comme veulent le faire croire toutes les jeunes dames qui nous interpellent à chaque coin de rue.) Le fondateur de l’empire inca Pachacutec lui a volontairement donné la forme d’un puma, animal sacré pour les incas, tapi au coeur des montagnes qui l’entourent. Déclarée Patrimoine Culturel de l’Humanité par l’UNESCO, cette ville est en effet d’une richesse archéologique étonnante, ville-témoin de l’époque pré-colombienne et de la colonisation espagnole. Les différents éléments architecturaux sont visibles simplement en se baladant dans les rues. Les fondations incas, assez bien préservées, sont reconnaissables à leurs murs épais constitués de blocs de pierre admirablement taillés et parfaitement jointifs malgré leurs formes polygonales variées. Un bon nombre de bâtiments actuels reposent sur ces fondations, plus ou moins visibles. Les travaux de rénovation mettent régulièrement à jour de nouveaux sites de cette époque. La présence espagnole est aussi bien sûr très visible, avec ses églises, ses couvents, ses balcons de bois sculptés, ses cours intérieures, qui pour la plupart recouvrent pour tout ou partie les fondations incas… La violence de la colonisation espagnole interpelle les enfants, ce qui fait l’objet de discussions sur la domination économique et politique qu’ont mis en place les pays européens dans le monde en utilisant l’évangélisation comme moyen de domination sociale (et ce qui illustre assez bien le premier chapitre d’histoire de Pauline).
Ce mélange de genre dans l’architecture se reflète aussi dans l’animation quotidienne de ses rues. Sur la Place des Armes, place centrale qui représente le coeur du puma, se côtoient naturellement des indiens en habits traditionnels, des employés en tailleur, des touristes… En écrivant cet article, nous nous rendons compte que par retenue, nous n’avons pas pris beaucoup de photos de cette atmosphère éclectique…

Nous avons donc profité de ce moment de faiblesse passagère pour visiter quelques musées, nous balader, et compléter nos connaissances en re-visionnant avec les enfants « Les mystérieuses cités d’or »… 😉

 

La semaine que nous passons à Cuzco est aussi celle qui précède les élections municipales et régionales. La ville est en effervescence, les maisons sont recouvertes de panneaux, de peintures de logos pour soutenir tel ou tel candidat. Nous assistons aux défilés des candidats et à la distribution de boîtes d’allumettes ou de calendriers, fanfare à l’appui. Slogan commun : la lutte contre la corruption. Le propriétaire d’une petite auberge nous fait part de son désarroi face au système politique péruvien. Tous les présidents des 20 dernières années sont soit en fuite, soit en prison, soit soupçonnés de corruption. Il nous confie que les votes ne se font pas selon les programmes des candidats, puisque personne n’y croit plus, mais sur celui qui leur paraît être le moins malhonnête, en acceptant fatalement qu’il y ait une part de détournement des fonds publics. Une autre fois, lorsque nous demandons si les habitants se font payer pour dresser ces grandes affiches sur leur maison, on nous répond que non, mais qu’ils pourront demander une faveur au candidat vainqueur si c’est lui qu’ils ont soutenu… Est-ce que c’est là que commencent les petits arrangements entre amis ? Encore une fois, ces observations font l’objet de discussions intéressantes avec les enfants.

 

Pendant cette semaine de repos et de visite, nous nous renseignons sur les différents moyens d’aller visiter les autres sites de la Vallée Sacrée, dont le célèbre Machu Picchu. Alpagués à tous les coins de rue par les agents de tourisme qui proposent des « tours » tous plus incroyables et économiques les uns que les autres, nous réalisons que nous ne souhaitons pas les visiter sur un mode express, comme le font la plupart des personnes qui n’ont pas forcément le temps que nous avons. Nous commençons à envisager de descendre la vallée en vélo pour profiter encore plus de la région et de ses magnifiques paysages. Nous doutons cependant de nos capacités, bien entamées par le sorroche et les perturbations intestinales. Finalement nous franchirons le pas, et enfourcherons nos montures pour une journée de reprise, de loin la plus difficile du voyage pour l’instant, avec ses 7h de grimpette pour sortir de Cuzco… Mais ça, c’est une autre histoire !

 

Par Nadège