Notre arrivée à Cuzco

Le départ de Brooklyn est un peu stressant mais tout finit par tenir dans 2 taxis pour l’aéroport. Quelques mauvaises surprises, arrivés au terminal : on n’a pas le droit d’enturbanner nos bagages (ce sont de grands sacs souples pour tenir toutes les sacoches vélo et il nous faut vraiment les protéger) et la compagnie nous réclame un gros supplément pour les vélos normalement compris dans les billets (le courtier finira par nous rembourser, ouf).

Nous sommes contents d’arriver au Pérou. Marc et les deux grands sont hyper motivés par l’apprentissage de l’espagnol. Ils bûchent sur une appli en ligne, et répètent à longueur de journée « La niña come pan » ou « El gato bebe leche » qui se transforme parfois en « La niña come el gato ». Bref, encore un peu de travail 😉

Après 24h de voyage, nous voilà à Cuzco, ville perchée dans la cordillère des Andes à 3600 m d’altitude. Nous nous sentons suffisamment en forme pour remonter les vélos devant l’aéroport. Les 6 km à parcourir pour rejoindre notre auberge nous paraissent accessibles dans cette circulation dominicale. Il nous faudra cependant presque une heure à ahaner comme des lamas pour y parvenir ; l’altitude se fait sentir à la moindre bosse.

C’est à moitié morts mais très heureux que nous parvenons à l’auberge, l’Estrillita. Simple, fonctionnelle, mais surtout un véritable repaire de baroudeurs en tous genres, qu’ils soient à pied, à vélo ou en moto ; un lieu formidable pour partager des informations sur le voyage et la région. A notre arrivée, nous rencontrerons des personnes de tout bord, d’Australie, d’Espagne, du Portugal, d’Allemagne, d’Indonésie, ainsi que Huguette et Daniel, un couple de français arrivés le même jour. Des rencontres bien motivantes !

 

Et puis là, plouf !

Quelques heures après notre arrivée, presque toute la famille est clouée au lit par le mal de l’altitude (appelé « sorroche » ici) avec maux de tête, nausées et essoufflements. Bien que nous ne soyons pas formatés pour cela, nous décidons de sortir notre atout majeur pour ce voyage : le temps. Nous restons une bonne semaine sur Cuzco pour habituer notre corps à l’altitude et nos estomacs au folklore local.

Nous profitons de cette semaine pour visiter la ville et comprendre son histoire. Cuzco, qui veut dire en Queshua « Nombril du monde » a été la capitale de l’empire inca (et non pas la capitale du massage et de la manucure comme veulent le faire croire toutes les jeunes dames qui nous interpellent à chaque coin de rue.) Le fondateur de l’empire inca Pachacutec lui a volontairement donné la forme d’un puma, animal sacré pour les incas, tapi au coeur des montagnes qui l’entourent. Déclarée Patrimoine Culturel de l’Humanité par l’UNESCO, cette ville est en effet d’une richesse archéologique étonnante, ville-témoin de l’époque pré-colombienne et de la colonisation espagnole. Les différents éléments architecturaux sont visibles simplement en se baladant dans les rues. Les fondations incas, assez bien préservées, sont reconnaissables à leurs murs épais constitués de blocs de pierre admirablement taillés et parfaitement jointifs malgré leurs formes polygonales variées. Un bon nombre de bâtiments actuels reposent sur ces fondations, plus ou moins visibles. Les travaux de rénovation mettent régulièrement à jour de nouveaux sites de cette époque. La présence espagnole est aussi bien sûr très visible, avec ses églises, ses couvents, ses balcons de bois sculptés, ses cours intérieures, qui pour la plupart recouvrent pour tout ou partie les fondations incas… La violence de la colonisation espagnole interpelle les enfants, ce qui fait l’objet de discussions sur la domination économique et politique qu’ont mis en place les pays européens dans le monde en utilisant l’évangélisation comme moyen de domination sociale (et ce qui illustre assez bien le premier chapitre d’histoire de Pauline).
Ce mélange de genre dans l’architecture se reflète aussi dans l’animation quotidienne de ses rues. Sur la Place des Armes, place centrale qui représente le coeur du puma, se côtoient naturellement des indiens en habits traditionnels, des employés en tailleur, des touristes… En écrivant cet article, nous nous rendons compte que par retenue, nous n’avons pas pris beaucoup de photos de cette atmosphère éclectique…

Nous avons donc profité de ce moment de faiblesse passagère pour visiter quelques musées, nous balader, et compléter nos connaissances en re-visionnant avec les enfants « Les mystérieuses cités d’or »… 😉

 

La semaine que nous passons à Cuzco est aussi celle qui précède les élections municipales et régionales. La ville est en effervescence, les maisons sont recouvertes de panneaux, de peintures de logos pour soutenir tel ou tel candidat. Nous assistons aux défilés des candidats et à la distribution de boîtes d’allumettes ou de calendriers, fanfare à l’appui. Slogan commun : la lutte contre la corruption. Le propriétaire d’une petite auberge nous fait part de son désarroi face au système politique péruvien. Tous les présidents des 20 dernières années sont soit en fuite, soit en prison, soit soupçonnés de corruption. Il nous confie que les votes ne se font pas selon les programmes des candidats, puisque personne n’y croit plus, mais sur celui qui leur paraît être le moins malhonnête, en acceptant fatalement qu’il y ait une part de détournement des fonds publics. Une autre fois, lorsque nous demandons si les habitants se font payer pour dresser ces grandes affiches sur leur maison, on nous répond que non, mais qu’ils pourront demander une faveur au candidat vainqueur si c’est lui qu’ils ont soutenu… Est-ce que c’est là que commencent les petits arrangements entre amis ? Encore une fois, ces observations font l’objet de discussions intéressantes avec les enfants.

 

Pendant cette semaine de repos et de visite, nous nous renseignons sur les différents moyens d’aller visiter les autres sites de la Vallée Sacrée, dont le célèbre Machu Picchu. Alpagués à tous les coins de rue par les agents de tourisme qui proposent des « tours » tous plus incroyables et économiques les uns que les autres, nous réalisons que nous ne souhaitons pas les visiter sur un mode express, comme le font la plupart des personnes qui n’ont pas forcément le temps que nous avons. Nous commençons à envisager de descendre la vallée en vélo pour profiter encore plus de la région et de ses magnifiques paysages. Nous doutons cependant de nos capacités, bien entamées par le sorroche et les perturbations intestinales. Finalement nous franchirons le pas, et enfourcherons nos montures pour une journée de reprise, de loin la plus difficile du voyage pour l’instant, avec ses 7h de grimpette pour sortir de Cuzco… Mais ça, c’est une autre histoire !

 

Par Nadège