Le Titicaca par la face nord !

Carte

Après quelques jours de repos bénéfiques dans la vilaine ville de Juliaca (non vraiment c’est poussiéreux et tout moche, et ça contraste avec ses centres commerciaux ultra-modernes), nous partons en direction de : THE lake. Celui que tout le monde rêve de voir à cause de Tao et de sa bande. On nous a prévenu que c’était peut être moins mirifique en vrai que dans notre imagination, mais en attendant, on doit pédaler 10 km dans la poussière et le long de routes bordées d’ordures pour s’extraire de Juliaca. Ensuite les choses s’arrangent, la circulation diminue et les paysages se font plus agréables. Nous avons décidé de faire un arrêt dans la péninsule de Llachon, l’endroit est paisible et les îles Uros que nous pouvons visiter depuis ce village sont moins touristiques que celles depuis Puno. Ça sera quand même un peu commercial, mais qu’il est étonnant de se retrouver sur une île de roseaux. A tel point que Diane ne verra pas la fin de l’île et passera au travers, trempée jusqu’au nombril et affublée d’une charmante odeur d’herbes en décomposition. Sur le moment, l’humeur n’était pas à la prise de photos ; c’est dommage, c’était quand même bien drôle.

Les enfants profitent de la plage de sable fin (l’eau est un peu froide à 4000 m) et une petite balade nous permettra d’admirer l’ile d’Amantani, de l’autre côté de la péninsule. Au départ de Llachon, ce sont 40 km de piste, dont une bonne partie longeant la côte et sans trafic, un vrai régal. La piste rougeoyante est à flanc de falaise, les eaux sont turquoises et la vue porte loin ; les paysages sont splendides. Mais cette partie du lac est peu fréquentée par les touristes et nous aurons parfois du mal à trouver où dormir. Il faut dire que la chaleur de l’accueil dans les villes du nord et l’est du lac semble inversement proportionnelle à la beauté des paysages et il nous faudra parfois nous rabattre sur des lieux désaffectés ou des paroisses, les auberges n’étant pas forcément enthousiastes pour accueillir des gringos. A Huancané, c’est le curé qui nous ouvrira très gentiment un dortoir alors que nous avions fait choux-blanc dans les 6 hospedajes de la ville.

Pas d’agressivité cependant, mais la situation pèse un peu sur le moral. Si bien que devant une grande montée où l’énergie vient à manquer, nous tentons notre premier camion-stop. Ca ne marche pas du 1er coup bien sûr, mais alors que l’espoir se réduit et que le froid se fait sentir, un camionneur s’arrête enfin et nous fait franchir 400 m de dénivelé à toute allure, les vélos, François, Diane et Marc bien rangés à l’arrière du manège. Le soir même, un gentil coup de fil d’Agnès et Laurent Bru nous regonfle à bloc pour ce passage un peu délicat.

Dans la petite ville de Conima, où nous célébrons nos 10 000 m de dénivelé, nous tentons le plan des Bru chez le boulanger, mais c’est le WE de la fête des morts et toutes les familles se rassemblent à cette occasion, il n’y a plus trop de place dans les maisons. La tradition autour de cette fête est encore très forte, et même si l’on ne déterre plus grand-père pour lui proposer à boire et à manger (si si !), toute la famille passe la journée au cimetière avec des poupées ou des photos pour évoquer les aïeux et une montagne de nourriture à partager.

Nous trouverons de la place en toquant à la grille d’une église adventiste. Ça tombe bien, Herman et son épouse veulent lancer une structure d’accueil pour les gens de passage. Ils nous indiquent que nous sommes comme leurs premiers hôtes et que notre venue les aura motivé dans leur démarche. Ils nous gâtent le lendemain matin avec un copieux petit déjeuner péruvien : c’est végétarien, ça vient du jardin, c’est bio et ils sont très sympa. Une belle rencontre pour notre dernier jour au Pérou ! Prudence sur les routes en partant de chez eux : comme nos amis nous l’ont expliqué, ces fêtes sont malheureusement un peu arrosées et nous nous méfions des conducteurs.

Le passage de frontière se fait sans encombre. Il y a quelques années c’était encore un parcours de vitesse pour les cyclistes de la face nord du lac qui devaient en faire le tour en moins de 5 jours pour valider leur billet de sortie côté bolivien. Avec le poste frontière à Tilali, c’est beaucoup plus simple, il « suffit » de faire Tilali-Puerto Accosta dans la journée. Mais quelle portion ! C’est une véritable falaise que nous escaladons avec nos vélos sur le dos, sans compter le vent qui nous pousse vers le vide et le froid qui nous mord les doigts (oui, je sais, j’en rajoute ; la vérité terrain est sur les photos :-). Nous passerons la frontière dans une ville-fantôme un peu glauque digne d’un Western spaghetti et arriverons 10 km plus loin au poste frontière bolivien en temps, en heure et avant la pluie pour valider notre sortie péruvienne et notre entrée bolivienne. Nous fêterons ça dans un hospedaje un peu cher, bien cracra et sans douche. Mais youhou, on est en Bolivie !

Avant l’arrivée dans les grandes villes, nous nous offrons une nuit en bivouac, face au lac. Le vent souffle très fort et le froid est vif, mais Nadège et Diane braveront les éléments pour transformer du mauvais pain en délicieux pain perdu. Un film sous la tente ballottée par le vent et le doux bruit du tonnerre qui grondera (au loin) toute la nuit pour nous bercer. Nous finirons par une grande journée de vélo (65+km / 500+m / gros vent) pour rallier la casa de ciclistas d’Achacachi, curieusement installée… dans une piscine « municipale » !

La suite de la route jusqu’à La Paz ne présente pas d’intérêt et est même plutôt dangereuse avec une 2×2 voies sans bas-côté constant. Nous sortons le Joker minibus pour faire la route jusqu’à El Alto et arriver dans un appartement « luxueux » (dixit la tribu, maintenant burinée par l’âpreté de ces contrées montagnardes) loué pour une semaine de repos, de visite et de bricolage. Nous empruntons l’impressionnant téléphérique pour nous rendre à La Paz : la nouvelle ligne inaugurée il y a 3 mois est vertigineuse. Elle permet aux habitants de gagner 30 à 40′ dans chaque sens. Musée du folklore, activation de cartes SIM, restaurant français, magasin de vélo ; on fait nos touristes, on recharge toutes les batteries et ça fait du bien !

Prochaine étape : départ vers le sud et exploration du fameux désert « de d’Uyuni »* !

* d’après Diane 🙂

Par Marc