Téléportations, Sud Lipez et farniente

Après la traversée du désert d’Uyuni, nous décidons de nous offrir un petit intermède culturel en nous téléportant à Potosi puis Sucre. Ces deux villes nous permettront de voir un autre aspect de la Bolivie qui présente des facettes différentes entre l’altiplano, la selva intermédiaire et la sierra envahie de jungle impénétrable. Nous partons en bus accompagnés de nos copains belges Gaëlle et Tom rencontrés sur le Salar. Nous arrivons pile pour l’inventaire du musée de la monnaie, fermé, et ça sera pareil à Sucre où nous tombons sur trois jours de rénovation du musée principal. Les parents sont déçus, les enfants sont ravis, mais nous trouvons quand même quelques musées à leur mettre sous les yeux.

Potosi est une ancienne cité minière. Au moment de la ruée vers l’argent, elle était la bourgade la plus peuplée d’Amérique, plus grande que Paris à la même époque. Son sous-sol a alimenté l’Europe en argent pendant des dizaines d’années avant d’être épuisé. C’est de là que vient la fameuse expression : « valoir un Potosi », que personne ne connait… Actuellement, de l’étain continue à être extrait dans des conditions précaires. Les mines se visitent et l’on peut croiser dans des galeries étouffantes des mineurs cacochymes s’époumonnant au travail : nous avons fait l’impasse. Sucre est une ville plus moderne, une des plus jolies de Bolivie, très espagnole avec ses balcons de bois sculpté et ses grandes façades blanches. Après deux mois sur l’altiplano commercialement désertique, nous reprenons un peu nos marques. Paradoxalement, nous voyons aussi réapparaître la mendicité dans les rues, de nombreuses personnes âgées sont assises sur les trottoirs avec un chapeau ou quelques grains de choclo (maïs) à vendre.

Nous nous égarerons dans un parc d’empreintes de dinosaures enclavé dans une cimenterie (!). La paroi presque à la verticale contient la plus importante collection d’empreintes de dinosaures au monde. Certaines forment des chemins qui traversent la paroi (les dinosaures pouvaient monter aux murs) en se croisant avec d’autres. Elles pourraient avoir disparues d’ici quelques années si elles ne sont pas rapidement protégées des intempéries ; classement du site en cours.

Après cette pause sans vélo dans les pattes, nous prenons un 4×4 sur lequel nous chargeons les 5 bicyclettes, toutes nos sacoches et un sympathique couple de polonais qui nous invite d’entrée à venir faire du paramoteur chez eux, à la frontière avec la Lituanie. Comme nous sommes en retard, le passage aux différents endroits est un peu rapide, mais les paysages sont vraiment fabuleux. Si nous regrettons d’avancer à toute berzingue sans avoir le temps d’apprécier cet environnement hors du commun, nous nous confortons en nous disant que cela aurait été impossible de le traverser à vélo : trop de vent, trop de sable, trop froid, trop désertique et ce, sur plus de 300 km. Nous dormons dans un refuge près de la Laguna Colorada. Le lendemain matin, nous partons au lever du soleil pour nous arrêter près de geysers et de boues en ébullition : impressionnant ! Vers 8h, on nous indique que nous sommes arrivés à destination, alors que nous étions censés déjeuner et terminer le tour vers 14h. Nous comprenons en discutant avec le couple polonais que nous nous sommes fait rouler dans la farine. Nous avons payé aussi cher qu’eux pour à peine 24h au lieu de trois jours, pourtant en négociant. Pour nous dépanner, le chauffeur propose de nous  fournir un déjeuner. Mais nous comprenons que c’est le sien et nous refusons bien évidemment. Nadège, d’habitude si conciliante, se met en colère et organise un sitting en interdisant à la famille de descendre de la voiture tant qu’une solution de dédommagement n’a pas été trouvée. Sitting perdu d’avance puisque les chauffeurs (censés être des guides, mais nous n’avons pas tiré plus de trois mots du nôtre) sont eux-mêmes sous-traitants de ces agences d’arnaqueurs. Une mauvaise expérience similaire dans le 4×4 d’à côté nous fait comprendre que les chauffeurs eux-mêmes sont parfois victimes de ces agents crapuleux. Nous finissons la matinée dans une eau à 38° face à une lagune sauvage peuplée de flamands roses et Nadège s’étonne de ne pas voir l’eau bouillir autour d’elle…

Si nous n’avons pas voulu traverser cette région du Sud-Lipez à vélo, nous avions quand même envie de nous en garder un bout. Au final, pas vraiment une erreur, mais que ça a été dur ! Le sable, le vent, le froid et l’altitude rendent la progression lente et difficultueuse. Après 13 km en une après-midi, nous passons la nuit à l’abri du vent dans une carrière providentielle sur le bord de la route. Les tentes seront pourtant sérieusement ballottées par les éléments déchaînés (enfin c’est comme ça tous les jours ici). La nuit, les températures descendent vite. Nous arrivons quand même à glaner quelques heures de sommeil, emmitouflés dans nos duvets et habillés de toutes nos couches de vêtement. Le matin, les gourdes sont gelées dans la tente. Pour marquer le coup et finir des bananes trop mûres, c’est là que nous cuisinerons un fameux « cake » à la banane ; un peu sport dans les rafales de sable mais délicieux avec une petite pointe d’oxyde de silicium. Le lendemain, après le passage du col à 4700 m, il nous faudra finalement renoncer ; François supporte mal l’altitude, Pauline a mal au ventre et Diane est en pleurs. La descente dans le sable est compliquée ; en presque 1h nous n’avons fait que 4 km. Un petit coup de stop en 4×4 nous permettra de rejoindre un refuge (un des derniers 4×4 de la journée ; il n’en passe plus l’après-midi). Marc persiste et termine le parcours, seul mais heureux.

Le lendemain, nous rejoignons la frontière chilienne. Les formalités de douane sont un peu longues (ils veulent toutes les caractéristiques des vélos), mais nous passons sans encombre. Suivent 28 km de descente ininterrompue pour passer de 4600 à 2300 m d’altitude. Les températures montent en flèche et nous passons d’un froid saisissant à une douce chaleur ! Le meilleur trajet à vélo pour François, le pire pour Pauline qui goûte fort peu les descentes abruptes ;-). Nous nous posons quelques jours à San Pedro d’Atacama avant de nous décider à embarquer pour Santiago. Au final, ça n’aura pas été si dur de tout enchâsser dans le bus. Un peu de démontage pour le long trajet Calama-Santiago, de grands sourires, des yeux implorants et… un peu de surtaxe-backchich. Mais nous y étions préparés.

Nous découvrons Santiago qui est une ville plutôt agréable malgré sa taille. C’est une capitale très occidentale, temple de la consommation. Nous retrouvons avec un plaisir non-coupable des boulangeries affriolantes et des étals de légumes bien achalandés. Diane et François pourront faire leurs ablutions dans la piscine de l’immeuble. Les enfants trouveront aussi qu’il est impératif de tester un restaurant rassemblant de manière surréaliste pizzas et sushis. Au bout de 3 jours dans notre petit appartement, nous avons la bougeotte et décidons de repartir vers le sud. Extraction des vélos du petit balcon au 12ème et nouvelle odyssée en bus, en démontant un peu plus les vélos mais ça reste raisonnable.

Nous débarquons au petit matin à Puerto Varas, aux portes de la Patagonie chilienne. La ville est très jolie. Nous y retrouverons plus tard la famille de Marc qui fait le trajet pour les fêtes de Noël. En attendant, la pluie commence à tomber et il nous faut avancer pour essayer de ramasser le plus de gouttes possible. Mission accomplie, nous nous arrêtons après 30 km complètement rincés. Nous trouvons à nous réfugier dans une cabaña (une sorte de Bed & Breakfast où nous sommes les premiers clients). Nos hôtes très sympathiques nous permettront de tout faire sécher au dessus du poêle. Le lendemain, après quelques montagnes russes et un chemin plus ou moins vertical, nous nous posons pour une semaine dans un petit coin de paradis où nous allons découvrir le woofing. Photos de chèvres et de salades à venir !

Par Marc et Nadège

Réponses à vos super questions !

Un grand merci pour toutes ces questions. La tribu s’est réunie pour essayer de répondre et voici ce que ça donne après factorisation :

Vie quotidienne :

  • Comment arrivez-vous à gérer le quotidien ? Plutôt pas mal 🙂
    • Toilette : Dans les coins arides, reculés et froid, la douche saute assez systématiquement, y compris chez les parents. Au Canada, c’était douche tous les jours ; dans les déserts boliviens, on a un tenté et réussi un record à 8 jours sans douche (et en pédalant tous les jours). Ca ne veut pas dire qu’on ne se lave pas, mais il y a quand même eu des passages de 2-3 jours sans voir un gant de toilette. Pas d’eau pour le superfétatoire ou bien une température peu compatible. Heureusement, il y a du vent dans ces coins-là !
    • Courses : Un point noir du voyage à vélo. Les courses, c’est pratiquement tous les jours. En Amérique du Sud, c’est assez simple avec une grande densité de  petits magasins, sauf zones désertiques où il faut pas mal anticiper. Le pays le plus compliqué pour l’approvisionnement sera peut être la France (ou l’Australie). En se chargeant comme des baudets, nous avons en gros 2-3 jours d’autonomie en nourriture et 2 jours en eau si l’on ne rencontre pas de cours d’eau pour filtrer.
    • Repas : Au Pérou, c’était bien plus facile qu’au Canada et en Bolivie. Dans tous les villages, nous arrivions à trouver une personne qui cuisinait des « almuerzos » à n’importe quelle heure de la journée. Ce sont des menus complets composés en général d’un bouillon de viande ou de légumes, d’un plat de viande et de riz et parfois d’une boisson (la fameuse chicha morada). Très copieux pour environ 1 à 2 euros par personne. Ailleurs, on a souvent passé plusieurs jours sans produits frais. Les tiendas dans les coins paumés sont principalement approvisionnées en Coca et crackers. Par chance, on a pu dévaliser un camion de maraîcher dans un village perdu de Bolivie. Mais c’est rare. Dans les grandes villes, pas de problème bien sûr pour les fruits et légumes. Au Pérou et en Bolivie, où l’eau n’est pas potable, on s’est beaucoup méfié des crudités dans les restaurants ; ça nous a sûrement évité quelques désagréments.
    • Apprentissage scolaire : Pas toujours facile ! La mise en route a été un peu compliquée ; maintenant c’est une routine qui fonctionne mieux. Mais nous ne faisons plus classe les jours où nous roulons. Trop compliqué pour des raisons pratiques, par manque de temps et parce que fatigués les enfants ne retiennent pas bien. On concentre sur les jours où l’on ne bouge pas. Pour l’instant, on n’est pas trop en retard sur le programme. Nadège veille au grain.

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    • Lavage des vêtements : Parfois 15 jours sans voir de lavanderia. Donc on découvre les joies du lavage à la main dans une bassine ou au lavabo quand c’est nécessaire et possible, et surtout, on optimise pour durer plus longtemps. On n’aurait en gros que 4 jours d’autonomie si on se changeait tous les jours. Bref, c’est toujours un plaisir quand on peut porter des trucs qui sentent à peu près bon 🙂
    • Temps individuel : Il y a toujours des moments où l’on peut être « seul ». « Seul dans sa tête » sur les longues heures à vélo, mais aussi dans les quelques transports en bus ou en avion, le soir dans son duvet ou au lit, quand une partie de la famille part faire des courses, etc. Evidemment, c’est assez loin de la solitude, mais pour l’instant, on s’en accommode et si quelqu’un a besoin d’isolement, c’est toujours possible de s’adapter pendant un moment. Ça n’est pas une demande récurrente ou fréquente. On a aussi parfois des moments 2 à 2 avec les enfants (surtout avec Diane).
    • Fatigue : C’est une belle découverte du voyage à vélo, se sentir reposé, du moins pour les parents ! Plusieurs facteurs : nous faisons de l’exercice physique, et nous nous couchons souvent avec le soleil. Pas d’écrans perturbateurs pour nous tenir éveillé contre nous-mêmes. Le matin, notre réveil se fait naturellement, parfois tôt, et nous nous sentons bien. Qu’est ce que nous aimerions ramener cette habitude en France ! Parfois il y a quelques nuits ratées (matelas dégonflés, froid, bruit…)
    • Santé : Nous sommes en bonne santé ! Heureusement pas de gros bobos pour l’instant.
  • Votre vie et routine quotidienne vous manquent-elles ?
    • Parents : Non point du tout.
    • Enfants : Evidemment !
  • Est ce que l’école manque aux enfants? … et aux parents 😉?
    • Mais ils ont école ! Et à notre plus grande surprise, ils répondent à cette question en disant que les cours leur manquent. Mais pas autant que les copains. Joker pour la seconde partie de la question 🙂
  • Les événements français parviennent ils jusqu’à vous ?
    • Oui et c’est quand même compliqué à comprendre de l’extérieur. Dur de comprendre tant de violence en France quand tout est paisible ici malgré les conditions de vie parfois plus que précaires…
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    ça serait pas mieux d’être tous en gilets verts, non ?

 

  • Est-ce qu’il y a des choses de France qui vous manquent ?
    • Nadège : la pause thé de l’après-midi, les soirées bière avec les amies, les amies, la famille.
    • Marc : pas vraiment 😉
    • François : mes amis, mes amis et mes amis.
    • Pauline : mon lit, mes livres. Je suis aussi nostalgique de la sortie de l’école, ce moment où l’on quitte le collège pour prendre les transports avec les cousins pour rentrer à la maison.
    • Diane : les amis, la famille et… Pelote (le chat) !
  • Pouvez vous nous commenter l’accueil que vous ont réservé vos différentes rencontres selon le pays ? Avez-vous été bien perçu dans votre démarche ? 
    • Les Canadiens ont la palme d’or de l’accueil ! Nous en avons pris une leçon ! Nous avons été très touchés par la gentillesse des boliviens que nous avons rencontrés tout au long de ce mois passé dans leur pays. Très souvent, il venaient nous serrer la main à notre arrivée dans un village et nous demander si nous allions bien et où nous allions. Très souvent aussi, ils nous ont donné des conseils pour le voyage. Dès qu’ils pouvaient aider, ils le faisaient. Au Pérou, nous avons senti une plus grande distance. C’est dans ce pays que nous avons senti le plus grand décalage dans nos vies et préoccupations. Que nous puissions nous permettre de prendre un an sans travailler en famille pour dépenser de l’argent dans d’autres pays, c’est quelque chose qui ne semblait pas faire écho. Que l’on puisse prendre du plaisir pour voyager à vélo encore moins. Mais on ne veut surtout pas faire une généralité, cela dépend évidemment du hasard des rencontres et des régions dans lesquelles on passe. Pour le Chili, c’est trop tôt pour dire.
  • Faites vous des progrès en espagnol ? Vous vous en sortez avec seulement l’anglais ou bien avez vous du vous mettre à l’espagnol ?
    • Pas beaucoup d’anglophones au Pérou et en Bolivie : Globalement oui, des progrès en espagnol, mais on se repose encore beaucoup sur Nadège qui parlait déjà un peu la langue.
    • Marc : la compréhension a beaucoup progressé. L’expression, bof bof.
    • François : Assez bonne progression en anglais et en espagnol.
    • Pauline : Des connaissances théoriques, mais élève un peu en retrait. Des progrès récents cependant grâce à des rencontres de jeunes filles sur le chemin.
  • Mettez vous moins de temps qu’au début à démarrer le matin ?
    • Non ! Grrr… Le tarif, c’est 1h30 mini (avé le p’tit déj).
  • Comment gérez-vous les moustiques et autres insectes piqueur ?
    • Pas vu un seul moustique depuis 2 mois et demi. C’est très agréable ! Parfois infernal au Canada. Enduisage, vêtements longs, mais c’était parfois insuffisant et il fallait se réfugier dans la tente. Pas pressés de retrouver ça en Nouvelle-Zélande et en Malaisie/Thaïlande.

 

Trajet / Matos / Vélos : 

  • Si vous deviez recommencer votre voyage depuis le début aujourd’hui est ce que vous le referiez de la même façon ?
    • A peu de choses près oui. Il y avait des passages un peu alambiqués, mais ça correspondait à des choix pour le trajet que nous ne regrettons pas.
  • Est-ce que vous avez changé l’itinéraire ?
    • Assez peu pour l’instant. On a juste laissé le lac Popoo à notre gauche en Bolivie alors que le côté Est est plus souvent emprunté par les cyclistes. Pour la suite, on a un trajet assez contraint par les billets d’avion et les points de passage/rencontres prévues. Il y a quand même quelques zones de flou à venir, début janvier en Patagonie, et à partir de fin mars en Thaïlande et Malaisie. C’est plutôt sur le calendrier que l’on prend quelques libertés, en décidant de rester plus à un endroit ou d’aller plus vite à d’autres… C’est très agréable d’avoir cette latitude.
  • Ressentez-vous les effets de la haute altitude ?
    • A vrai dire, assez peu. Et pas juste parce qu’on est redescendu à 500 m ;-). Nous avions été bien malades à notre arrivée à Cuzco, mais après 3 jours c’était déjà mieux. L’essoufflement excessif est passé peu à peu mais ne nous a jamais vraiment quitté pour les efforts violents. Le passage à 4600 m d’altitude a été un peu rude quand même. Les effets les plus gênants sont en fait liés à la sécheresse de l’air : lèvres gercées en permanence et narines irritées.
  • Est-ce que vous pensez avoir fait le plus dur ?
    • Le plus dur physiquement, c’est bien possible. Il n’y a plus de pédalage aussi haut prévu dans la suite. Mais il reste à affronter la pluie en Patagonie (et des belles pentes) et la chaleur en Asie du Sud-Est.
  • Pour les hébergements, vos plans de route sont faits à l’avance ou vous agissez au feeling ?
    • On sait à peu près ce qu’on va faire 1-3 jours à l’avance. A part dans les grandes villes, rien n’est réservé à l’avance.
  • L’informatique supporte-t-elle bien le voyage ?
    • 1 chute pour l’appareil photo sur la route en enlevant un gant. 1 chute de plus de 10 mètres pour le portable de François sur un sol en béton. Dans les 2 cas, RAS. Pour l’instant, tout résiste plutôt bien.
  • L’usure du matériel est importante ?
    • Pour l’info, cf supra. Pour les vélos, pas de casse hors rétroviseurs et usure minime. Pour les humains, usure raisonnable 🙂
  • Le poids d’un rayon ?
    • Pas lourd, mais ennuyeux si ça casse en masse. J’ai, je crois au moins 1 rayon de chaque (environ 10 références pour nos 5 vélos !). Pas sûr qu’on en casse un seul !

 

Vie de famille / philosophie :

  • Qu’est-ce qui a le plus changé pour la famille et pour chacun d’entre vous depuis les premières journées au Canada ?
    • Peut-être encore trop tôt pour répondre à cette question. Nous sentons naître quelques tendances, quelques envies, quelques réflexes… Mais rien que l’on puisse écrire de manière figée pour l’instant. Mais ce ce qui est sûr, c’est que nous avons appris à vivre ensemble ! Pas forcément évident d’être 24/7 les uns avec les autres. Ça se passe plutôt bien.
  • Sentez-vous un changement dans les relations parents-enfants dû aux aventures et aux difficultés partagées ?
    • Idem, nous verrons dans le temps…
  • Observez vous des évolutions chez les enfants ? Individuellement ? Entre eux ? Vous ont ils surpris ? En quoi ? À quelle occasion ?
    • C’est assez chouette d’observer une assez grande amélioration de la confiance en soi. Quelques exemples : Diane n’aurait jamais parlé à des inconnus dans une auberge avec un tel aplomb, les gens en sont parfois étonnés. François n’a aucune difficulté à partir à la pêche aux infos, quelle que soit la langue. Pauline a maintenant un sens de l’organisation qui dépasse largement son expérience scoute.
  • Quel bilan tirez-vous pour l’instant de ce voyage ?
    • La découverte à vélo c’est chouette, et c’est bien aussi de s’arrêter de temps en temps. Les parents n’ont aucun doute sur les bienfaits de ce voyage, malgré ceux des enfants.
  • Quel est votre opinion sur le choix du vélo pour ce type de voyage ?
    • Parents : Tout pleins d’avantages que l’on connait. C’est doux, c’est agréable, c’est beau, c’est flexible, c’est rentable, ça coûte juste ce qu’il faut d’effort. Parfois un peu compliqué dans la logistique, mais c’est un mal nécessaire.
  • Est ce que vous conseilleriez à d’autres familles de partir ?
    • Partir, oui, à vélo, c’est selon ! Il faut quand même bien prendre le temps de peser ce que l’on veut faire.
  • Quel est l’état d’esprit chez les enfants ?
    • François : Il patiente encore, le temps que le voyage se termine et qu’on rentre. Beaucoup plus dans le voyage qu’au début quand même.
    • Pauline : Elle est ouverte à la découverte mais son lit douillet lui manque et c’est parfois un peu dur à vélo.
    • Diane : C’est très variable selon les jours, super heureuse d’être là, super envie de rentrer.
  • Qu’est-ce qui vous a le plus interpellé jusqu’à maintenant ?
    • Marc : L’absence d’entretien au Pérou et en Bolivie. Des lieux où tout est déglingué et laissé comme ça. Question de budget mais pas seulement.
    • Nadège : « Il en faut peu pour être heureux… »
    • Les enfants : La pauvreté, le contraste de niveau de vie dans les pays.
  • Ne vous lassez-vous pas du nomadisme ? Ressentez vous le manque de confort ?
    • Parents : Non pas du tout.
    • Enfant : Si, on aimerait bien s’arrêter plus souvent. Mais on est toujours content de retrouver du confort quand on s’arrête dans les villes. Prendre une douche chaude, ça parait normal en France, mais quand on en a pas eu depuis une semaine, c’est génial ! « Le manque de confort, on n’en meurt pas », dit François, qui pourtant le craignait avant de partir.
  • Cette adaptation perpétuelle n’est pas source de stress et de doutes ?
    • Parents : Non pas souvent. Ca n’est pas vraiment pesant de ne pas savoir ce qui va se passer. C’est plutôt grisant en fait.
  • Marc, es tu plus cool qu’avant le départ et moins obsédé par la sécurité ? (question posée par sa môman)
    • Probablement pas et assurément. Mais nous avons re-croisé un cyclo qui avait entre-temps été percuté par une voiture : vigilance est mère de sûreté (ou quelque chose comme ça).
  • Avez vous une fois pensé à abandonner ?
    • Nadège : Oui, une fois, passage à vide du côté de Llachon, au bord du Titicaca, après une forte dispute entre les deux grands.
    • Marc : Je peux savoir à quoi ça servirait ??
  • Des réflexions sur votre retour (sur la vie professionnelle, personnelle, maison/appartement, ville de retour…) ?
    • Des réflexions, oui beaucoup. Eléments de réponse : joker !

 

Meilleur, pire et stats :

  • Le meilleur moment ?
    • Nadège : Quelques moments de félicité sur les routes du Québec. Des fous-rires en famille inoubliables…
    • Marc : Les incroyables paysages du Sud Lipez.
    • François : La descente de 30 km vers San Pedro (2100 m de dénivelé).
    • Pauline : L’arrivée en Patagonie avec le retour de la végétation.
    • Diane : La descente en courant à fond les ballons dans une énorme dune de sable à San Pedro.
  • Moment le plus rude et éprouvant :
    • Nadège : Le démarrage ! Gros moment de mou et de doute à 200 km du départ au Canada, les fesses meurtries, les muscles endoloris.
    • Marc : Pousser le vélo dans le sable aux abords du volcan Tunupa. Le mal des montagnes en arrivant à Cuzco.
    • François : Le col à 4700 m au Sud Lipez sur un chemin sableux. Supporter ma famille en permanence ?
    • Pauline : Gros coup de fatigue sur le salar d’Uyuni pour la journée de 100 km.
    • Diane : La descente du col de la Roya dans le vent et la pluie. La vision de la viande au marché San Pedro à Cuzco.
  • Quelles sont vos plus belles rencontres ?
    • Il y en a beaucoup. Gaëlle et Tom, un couple de cyclistes belges avec qui nous venons de partager de très bons moments. Pierre et Claudette qui nous ont accueillis à Québec, Nathalie et sa famille à Toronto. Enzo, gérant d’une auberge à Salinas avec qui nous avons pu beaucoup discuter. Huguette et Danielle sur les routes du Pérou, Nadine et Martin près de Montréal. Et tant d’autres…
  • Votre meilleur repas ?
    • Nadège : Le cake à la banane à 4500 m d’altitude, cuisiné dans les rafales de vents et de sable du Sud Lipez !
    • Marc : Guacamole / pizzas / brownies cuisinés avec Gaëlle et Tom.
    • François : Le buffet de « luxe » au Pérou suite à un arrêt d’urgence-pluie dans un resto acoquiné à des tours opérateurs (en fait un simple buffet, mais qui nous a paru luxueux dans notre quotidien de bouillon de poule)
    • Pauline : Pain perdu cuisiné au réchaud dans le vent au bord du lac Titicaca.
    • Diane : Apéro fromages et charcuterie dans un restaurant rooftop tournant de New-York.
  • Votre plus belle nuit ?
    • Marc : Lit à côté d’une fenêtre sans rideau au milieu de l’Atacama ; magnifique ciel.
  • L’expérience la plus angoissante ?
    • Nadège : L’embarquement à l’aéroport de New-York et toutes les difficultés pour faire partir nos vélos.
    • Marc : Gros moment d’angoisse avec des toilettes bouchées continuant à se remplir, sans robinet pour fermer l’arrivée d’eau puis un geyser jusqu’au plafond sortant de la chasse d’eau (je garderai les détails pour moi jusqu’à ma mort). Egalement un pont au Canada avec un trottoir très étroit, pas mal de voitures et du vent : stress assez intense.
    • François : Il ne connait pas l’angoisse.
    • Pauline : Des chiens très agressifs au Pérou qui l’ont obligée à se déporter jusque de l’autre côté de la route.
    • Diane : Quand il a fallu quitter un mignon petit chaton éborgné alors qu’il était visiblement maltraité par la gérante d’un hospedaje au Pérou.
  • Bilan des chutes : 
    • Nadège : 2 et Pauline : 1. Sans grosses conséquences hormis des bleus.
  • Bilan des crevaisons :
    • Nadège : 1 et Pauline : 3. Pneu changé depuis 2 mois chez Pauline et ça va mieux.
  • Est-ce qu’on vous bassine avec les français champions du monde ?
    • Non, pas une seul fois ! Ouf !

Divers :

  • Est-ce que la population locale perçoit le changement climatique ?
    • On n’en parle pas tous les jours, mais le sujet est souvent revenu en Bolivie, du côté le plus désertique que nous ayons traversé. Les gens nous disaient clairement que la sécheresse s’était intensifiée ces dernières années.
    • Au Canada, plusieurs témoignages sur la grosse diminution de la quantité de neige l’hiver.
  • Avez vous découvert de nouveaux fruits et légumes ?
    • Honte à nous, nous ne connaissions pas les bleuets canadiens ! Pas mal de fruits exotiques en Amérique du Sud, comme les maracujas pour les enfants, les tumbos, les chirimoyas et autres fruits exotiques dont on a oublié les noms… Nous avons mangé des avocats et des bananes à la pelle, sans craindre le coût énergétique du transport…
  • Comment allez vous fêter noël ?
    • Très entourés ! Ca sera à Puerto Varas avec toute la famille proche du côté de Marc. Un grand moment du voyage : ils débarquent le 24 !
  • Votre tour de cuisse a-t-il augmenté ? Avez-vous fondu ?
    • Probablement un peu au début du voyage et au Pérou quand il a fallu faire un peu de dénivelé. Depuis ça n’a pas dû trop bouger. Côté poids en revanche, c’est la désillusion : à part Diane, on en a probablement tous pris un peu ! Le cycliste est animé d’une faim qui n’est pas forcément représentative de sa dépense calorique ! Vive la course à pied !
  • Quid de vos capacités physiques ? Sont elles toujours en progression ?
    • C’est surtout l’adaptation à l’altitude qui est longue (plusieurs mois pour arriver à un plateau). Pour le vélo, au bout d’une à deux semaines, on ne ressent plus trop de différences.

 

Dernière question : comment allez vous faire pour répondre à toutes ces questions ! 😏

Celle-ci est une bonne dernière question ! La réponse est simple : du mieux que nous  avons pu et en y passant pas mal d’heures 🙂

Merci à tous pour vos questions, beaucoup étaient très pertinentes et certaines plutôt difficiles avec introspection familiale à la clé. Un bon moment de partage en famille pour parvenir à répondre à tout !

Par les M&N’s

Des questions ?

De nombreuses questions nous ont déjà été posées par mail ou échange privé sur notre quotidien de voyage, les meilleurs moments, nos difficultés. Nous vous proposons de faire un article spécial, posez-nous vos questions, nous vous répondrons à notre prochaine connexion réseau (1 semaine environ).

Les questions peuvent bien sur être adressées à l’un ou plusieurs d’entre nous… A bientôt !