Téléportations, Sud Lipez et farniente

Après la traversée du désert d’Uyuni, nous décidons de nous offrir un petit intermède culturel en nous téléportant à Potosi puis Sucre. Ces deux villes nous permettront de voir un autre aspect de la Bolivie qui présente des facettes différentes entre l’altiplano, la selva intermédiaire et la sierra envahie de jungle impénétrable. Nous partons en bus accompagnés de nos copains belges Gaëlle et Tom rencontrés sur le Salar. Nous arrivons pile pour l’inventaire du musée de la monnaie, fermé, et ça sera pareil à Sucre où nous tombons sur trois jours de rénovation du musée principal. Les parents sont déçus, les enfants sont ravis, mais nous trouvons quand même quelques musées à leur mettre sous les yeux.

Potosi est une ancienne cité minière. Au moment de la ruée vers l’argent, elle était la bourgade la plus peuplée d’Amérique, plus grande que Paris à la même époque. Son sous-sol a alimenté l’Europe en argent pendant des dizaines d’années avant d’être épuisé. C’est de là que vient la fameuse expression : « valoir un Potosi », que personne ne connait… Actuellement, de l’étain continue à être extrait dans des conditions précaires. Les mines se visitent et l’on peut croiser dans des galeries étouffantes des mineurs cacochymes s’époumonnant au travail : nous avons fait l’impasse. Sucre est une ville plus moderne, une des plus jolies de Bolivie, très espagnole avec ses balcons de bois sculpté et ses grandes façades blanches. Après deux mois sur l’altiplano commercialement désertique, nous reprenons un peu nos marques. Paradoxalement, nous voyons aussi réapparaître la mendicité dans les rues, de nombreuses personnes âgées sont assises sur les trottoirs avec un chapeau ou quelques grains de choclo (maïs) à vendre.

Nous nous égarerons dans un parc d’empreintes de dinosaures enclavé dans une cimenterie (!). La paroi presque à la verticale contient la plus importante collection d’empreintes de dinosaures au monde. Certaines forment des chemins qui traversent la paroi (les dinosaures pouvaient monter aux murs) en se croisant avec d’autres. Elles pourraient avoir disparues d’ici quelques années si elles ne sont pas rapidement protégées des intempéries ; classement du site en cours.

Après cette pause sans vélo dans les pattes, nous prenons un 4×4 sur lequel nous chargeons les 5 bicyclettes, toutes nos sacoches et un sympathique couple de polonais qui nous invite d’entrée à venir faire du paramoteur chez eux, à la frontière avec la Lituanie. Comme nous sommes en retard, le passage aux différents endroits est un peu rapide, mais les paysages sont vraiment fabuleux. Si nous regrettons d’avancer à toute berzingue sans avoir le temps d’apprécier cet environnement hors du commun, nous nous confortons en nous disant que cela aurait été impossible de le traverser à vélo : trop de vent, trop de sable, trop froid, trop désertique et ce, sur plus de 300 km. Nous dormons dans un refuge près de la Laguna Colorada. Le lendemain matin, nous partons au lever du soleil pour nous arrêter près de geysers et de boues en ébullition : impressionnant ! Vers 8h, on nous indique que nous sommes arrivés à destination, alors que nous étions censés déjeuner et terminer le tour vers 14h. Nous comprenons en discutant avec le couple polonais que nous nous sommes fait rouler dans la farine. Nous avons payé aussi cher qu’eux pour à peine 24h au lieu de trois jours, pourtant en négociant. Pour nous dépanner, le chauffeur propose de nous  fournir un déjeuner. Mais nous comprenons que c’est le sien et nous refusons bien évidemment. Nadège, d’habitude si conciliante, se met en colère et organise un sitting en interdisant à la famille de descendre de la voiture tant qu’une solution de dédommagement n’a pas été trouvée. Sitting perdu d’avance puisque les chauffeurs (censés être des guides, mais nous n’avons pas tiré plus de trois mots du nôtre) sont eux-mêmes sous-traitants de ces agences d’arnaqueurs. Une mauvaise expérience similaire dans le 4×4 d’à côté nous fait comprendre que les chauffeurs eux-mêmes sont parfois victimes de ces agents crapuleux. Nous finissons la matinée dans une eau à 38° face à une lagune sauvage peuplée de flamands roses et Nadège s’étonne de ne pas voir l’eau bouillir autour d’elle…

Si nous n’avons pas voulu traverser cette région du Sud-Lipez à vélo, nous avions quand même envie de nous en garder un bout. Au final, pas vraiment une erreur, mais que ça a été dur ! Le sable, le vent, le froid et l’altitude rendent la progression lente et difficultueuse. Après 13 km en une après-midi, nous passons la nuit à l’abri du vent dans une carrière providentielle sur le bord de la route. Les tentes seront pourtant sérieusement ballottées par les éléments déchaînés (enfin c’est comme ça tous les jours ici). La nuit, les températures descendent vite. Nous arrivons quand même à glaner quelques heures de sommeil, emmitouflés dans nos duvets et habillés de toutes nos couches de vêtement. Le matin, les gourdes sont gelées dans la tente. Pour marquer le coup et finir des bananes trop mûres, c’est là que nous cuisinerons un fameux « cake » à la banane ; un peu sport dans les rafales de sable mais délicieux avec une petite pointe d’oxyde de silicium. Le lendemain, après le passage du col à 4700 m, il nous faudra finalement renoncer ; François supporte mal l’altitude, Pauline a mal au ventre et Diane est en pleurs. La descente dans le sable est compliquée ; en presque 1h nous n’avons fait que 4 km. Un petit coup de stop en 4×4 nous permettra de rejoindre un refuge (un des derniers 4×4 de la journée ; il n’en passe plus l’après-midi). Marc persiste et termine le parcours, seul mais heureux.

Le lendemain, nous rejoignons la frontière chilienne. Les formalités de douane sont un peu longues (ils veulent toutes les caractéristiques des vélos), mais nous passons sans encombre. Suivent 28 km de descente ininterrompue pour passer de 4600 à 2300 m d’altitude. Les températures montent en flèche et nous passons d’un froid saisissant à une douce chaleur ! Le meilleur trajet à vélo pour François, le pire pour Pauline qui goûte fort peu les descentes abruptes ;-). Nous nous posons quelques jours à San Pedro d’Atacama avant de nous décider à embarquer pour Santiago. Au final, ça n’aura pas été si dur de tout enchâsser dans le bus. Un peu de démontage pour le long trajet Calama-Santiago, de grands sourires, des yeux implorants et… un peu de surtaxe-backchich. Mais nous y étions préparés.

Nous découvrons Santiago qui est une ville plutôt agréable malgré sa taille. C’est une capitale très occidentale, temple de la consommation. Nous retrouvons avec un plaisir non-coupable des boulangeries affriolantes et des étals de légumes bien achalandés. Diane et François pourront faire leurs ablutions dans la piscine de l’immeuble. Les enfants trouveront aussi qu’il est impératif de tester un restaurant rassemblant de manière surréaliste pizzas et sushis. Au bout de 3 jours dans notre petit appartement, nous avons la bougeotte et décidons de repartir vers le sud. Extraction des vélos du petit balcon au 12ème et nouvelle odyssée en bus, en démontant un peu plus les vélos mais ça reste raisonnable.

Nous débarquons au petit matin à Puerto Varas, aux portes de la Patagonie chilienne. La ville est très jolie. Nous y retrouverons plus tard la famille de Marc qui fait le trajet pour les fêtes de Noël. En attendant, la pluie commence à tomber et il nous faut avancer pour essayer de ramasser le plus de gouttes possible. Mission accomplie, nous nous arrêtons après 30 km complètement rincés. Nous trouvons à nous réfugier dans une cabaña (une sorte de Bed & Breakfast où nous sommes les premiers clients). Nos hôtes très sympathiques nous permettront de tout faire sécher au dessus du poêle. Le lendemain, après quelques montagnes russes et un chemin plus ou moins vertical, nous nous posons pour une semaine dans un petit coin de paradis où nous allons découvrir le woofing. Photos de chèvres et de salades à venir !

Par Marc et Nadège

Publié dans: Blog

6 réflexions sur “Téléportations, Sud Lipez et farniente

  1. Michèle Fabre-Thorpe dit :

    Bonjour à tous les 5!
    Nous suivons vos aventures avec gourmandises…
    Bonne année 2019 à vous avec plein de superbes aventures…
    On vous embrasse
    Michèle et Simon

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  2. BELLOT Cathy LOSFELD Simon dit :

    Bonjour à tous!
    Nous vous souhaitons une excellente année 2019 pleine de bonheurs, de santé, d’aventures, de découvertes et une super fin de périple dans tous ces endroits magnifiques.
    Nous suivons votre voyage avec beaucoup de plaisir et d’intérêt, merci à vous pour ce blog passionnant
    Bises à tous les cinq
    Cathy et Simon

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