Petite virée japonaise

Il y a un peu plus d’un an, lorsque nous préparions notre itinéraire de tour du monde, le Japon s’est naturellement invité dans la liste. Les enfants voulaient découvrir ce pays que Nadège affectionne tant (stage étudiant de 6 mois il y a … quelques années) et qui a été la destination du voyage de noce de leurs parents. Et puis ils voulaient manger du sushi. Les parents ont eu beau leur répéter que les sushis ne sont qu’un des nombreux plats de la gastronomie nippone, il n’en démordaient pas.

C’est donc parti pour le Japon.

Pour réduire les distances à parcourir dans ce pays montagneux, nous prévoyons de ne visiter que deux régions, qui regorgent de temples, châteaux, musées et marchés (Osaka-Kyoto-Nara et Hiroshima). Et pour éviter d’avoir à subir un n-ième transfert des vélos en avion, nous décidons d’en louer sur place selon les besoins. Le Japon est un pays où le vélo est très présent dans les villes, généralement bien accessibles.

Notre vol depuis Sydney nous dépose d’abord à Bangkok où nous passons deux jours assez rudes, écrasés par la chaleur étouffante. Nous débarquons avec tout notre fatras chez Bob, warmshower qui a gentiment accepté de nous laisser stocker les vélos chez lui pendant notre vadrouille japonaise. Bob est écossais et enseignant dans une école privée de Bangkok où il vit avec sa famille depuis une dizaine d’années. Sa générosité étant sans limite, il nous donne un jeu de clé pour que l’on se sente libre de venir chez lui fouiller dans nos affaires quand on veut et nous propose de rester dormir chez lui le premier soir devant le refus du taxi thaïlandais à embarquer une famille de 5 dans sa voiture pour 4. Merci Bob !

Après un trajet assez long et une nuit presque blanche, c’est avec beaucoup d’excitation que nous débarquons sur le territoire japonais. Nous y sommes surpris par le froid de cette fin d’hiver. Les températures frôlent les valeurs négatives, et nous passons les premiers jours à marcher vite pour ne pas grelotter. Et puis surtout nous avions calé le calendrier de notre voyage pour pouvoir assister à la remarquable floraison des cerisiers, mais à notre arrivée, les bourgeons sont encore bien décidés à rester au chaud …

Qu’à cela ne tienne, il y a bien d’autres choses à apprécier au Japon ! Logés dans un 12 m² pendant une dizaine de jours à Kyoto (si, si), nous nous étonnons de notre capacité à supporter cette promiscuité sans dispute ni tension. Cela aurait été impensable au début du voyage ! Chacun prend sa place, chacun range ses affaires ou celle des autres pour dégager un maximum d’espace commun (parents lecteurs, c’est pas un argument pour faire un voyage au long cours ça ?). En revanche, si les enfants sont bien motivés pour découvrir la gastronomie japonaise et les multiples versions des boissons gazeuses dans les distributeurs installés tous les 50 m dans les rues, ils le sont moins pour visiter temples et musées ! Les parents décident de prendre un peu de temps seuls ou en amoureux pendant que les larves enfants font leurs devoirs profitent de cette parenthèse sédentaire.

A coup de treuil et d’arguments salés-sucrés, nous arrivons cependant à les sortir de leur grotte pour découvrir un petit bout d’histoire de ce pays singulier.

 

Diaporama spécial « Alimentation » parce que nous y avons porté beaucoup d’attention !

Nous louons ensuite une voiture pour Hiroshima, puisque l’intrépide Marc ne voit aucune difficulté à rouler à gauche sans savoir lire les panneaux. C’est surtout la solution la plus économique, les voyages en train ou même en bus dépassant les montants autorisés de notre budget. A Hiroshima, nous louons pour quelques jours une maison traditionnelle construite il y a 70 ans. Et 70 ans dans cette ville, ça a beaucoup de sens… Nous visitons le Musée du Mémorial pour la Paix et le parc attenant où sont dressées différentes statues dont le Monument de la Paix des enfants. Sur la rive d’en face, nous poursuivons la visite jusqu’au Dôme de Genbaku, l’un des rares bâtiments proche de l’hypocentre à ne pas s’être totalement effondré durant l’explosion. C’est aussi le seul bâtiment à ne pas avoir été rasé après-guerre… pour le souvenir. Visite instructive mais aussi émouvante ; nous sommes touchés par les témoignages et par les photos qui parlent d’elles-mêmes. Nous essayons de comprendre comment l’homme peut en arriver là et comment l’histoire peut essayer de lui donner raison… En repartant, ce n’est pas tant le message des japonais associé à la visite qui nous marque : « plus jamais ça ». Mais c’est plutôt la prise de conscience que la paix que nous vivons est si fragile… Cet état de paix que nous ignorons, par habitude…  Nous en sommes pourtant les garants. Cette visite nous rappelle la double nécessité de l’apprécier et de contribuer -à notre hauteur- à ne pas la ternir.

Nous descendons le lendemain à une trentaine de kilomètres au sud pour rejoindre en traversier une île sacrée pour les japonais. Sur cette île se trouve un sanctuaire shinto (même si le bouddhisme n’est jamais loin) composé de nombreux bâtiments construits il y a près de 1500 ans. C’est aussi là que l’on peut voir l’emblématique « Porte sur l’eau ». Pour la famille c’est un moment émouvant car c’est ici que nous avons pris le fameux cliché annonçant à la famille qu’une crevette s’était nichée au fond du ventre de Nadège… il y a plus de 15 ans. La crevette a bien grandi, tout comme la famille !

Nous repartons donc pour Bangkok pour retrouver nos montures et prendre du même coup 30 à 40 degrés sur la tête.

Le Japon est un pays fascinant. Fascinant, parce que la complexité des codes sociaux en font un véritable jeu de piste, basé sur des règles de respect des règles et du groupe. Fascinant aussi parce que les japonais sont plutôt d’une approche réservée mais sont souvent généreux, comme ce monsieur qui a passé un bon quart d’heure à nous guider vers notre arrêt de bus. Voyant nos mines perplexes dans la rue, penchées sur les téléphones sans connexion internet ni géolocalisation (oui, on est bien à l’air de l’homo sapiens 2.0, le sapiens en moins), il s’est spontanément arrêté pour nous offrir son aide, sans prononcer un mot d’anglais. Ou comme cette dame qui s’est assis à côté de nous sur un banc dans une rue commerciale. Après avoir un peu échangé sur notre journée, elle offre des bonbons aux enfants et des chaufferettes à glisser sous les vêtements pour avoir moins froid.

Le Japon est aussi fascinant pour sa capacité à faire entrer la nature dans son cadre de vie et c’est probablement ce qui avait tant touché Nadège lors de ses précédentes visites. Le quotidien peut être facilement éclairé par la vision de scènes éphémères, comme des tableaux savamment composés : quelques pots de fleurs printanières disposés avec soin dans une ruelle, la lumière orangée d’un coucher de soleil sur un toit dont la courbe appelle à la rêverie, le jardin simple mais bien entretenu d’un temple entre deux immeubles, la branche d’un pin élégamment taillée au-dessus d’une palissade… Jeu de courbe, de couleur, de lumière, de surface… L’ensemble de l’environnement peut devenir prétexte à saisir les choses profondes dans des petits détails. Avec une maîtrise inégalée du sens de l’esthétique et du fonctionnel, le pays offre au promeneur de multiples plaisirs pour les sens… qui est peut-être à mettre en lien avec son histoire chargée d’hédonisme.

Et c’est là que nous sentons notre regard évoluer depuis notre dernière visite il y a 15 ans. Nous sommes frappés par cette société d’abondance qui contraste tant avec la culture minimaliste composant sa deuxième facette. Que de magasins de broutilles, que de réclames dans les rues, que de stands alimentaires au packaging savamment étudié ! Dans des galeries en sous-sol, dans les rues, dans les étages, les villes sont chargées de commerces et d’acheteurs pressés. Et malheureusement, cette culture du consommable s’associe à une omniprésence du plastique. Impossible d’emporter à manger sans emballage sur-emballé. Les sacs plastiques sont encore largement distribués dans les magasins. Lorsque Marc en refuse un à la caisse, le jeune homme lui répond : « Mais c’est gratuit ! ». La France n’était pas en reste il y a quelques années, mais c’est d’une autre ampleur ici et nous ne pouvons pas nous empêcher d’être surpris. Dans le même temps, nous notons un changement en nous baladant dans les rues de Kyoto. Alors qu’il y a 15 ans, les kimonos et yukatas étaient portés par les dames un peu âgées (et les geishas à touristes ; nous n’en avons pas vu une seule cette fois-ci), ils sont aujourd’hui principalement portés par de jeunes adultes de 20 à 30 ans, hommes et femmes. Il semblerait que pour certains, il s’agisse d’un moyen de lutter contre les tendances de la mode qui impose d’acheter compulsivement de nouveaux vêtements à chaque saison. Le yukata est moins « démodable » et peut même être confectionné à la maison…

Les enfants sont eux dérangés par la manière dont certains animaux sont traités. Dans le parc de Nara, qui pourtant regorge de touristes nippons et étrangers enthousiastes, les centaines de cerfs en liberté sont gavés de gaufres achetées par les badauds aux vendeurs ambulants. Ils sont écornés, et les traces de sang sur les moignons indiquent que la coupe atteint souvent la matrice, probablement douloureuse. Dans le parc aquatique de Kyoto, un spectacle de clowns surexcités avec des dauphins rappellent nos plus tristes et pathétiques cirques.

Si l’on rajoute à cela la pornographie à tous les étages, y compris à hauteur d’enfants dans les superettes… Notre regard d’adultes et de parents s’ouvre davantage sur la  complexité de ce pays tenaillé par ses contradictions, entre minimalisme et abondance, entre tradition et modernisme, entre maîtrise de soi et une certaine violence sous-jacente, entre plaisir immédiat et le poids de ses conséquences… Un pays qui ne laisse pas indifférent et qui nous amène à réfléchir à nos propres contradictions.

Malgré ce regard un peu plus nuancé, nous restons toujours aussi fascinés par ce pays. Cela restera l’un des très beaux moments de notre voyage. François et Diane parlent d’ailleurs d’y revenir, « pour leurs études et sans les parents ! ». Affaire à suivre !

 

Par Nadège

 

Australie : histoire de paons et de Gremlins

Pour Nadège, la courte nuit précédant notre départ en Australie est peuplée de serpents et d’araignées velues s’introduisant dans notre tente et se nichant dans nos chaussures (véridique !). Les pires craintes refont surface. Notre vol n’est malheureusement pas retardé. Nous arrivons à bon port à Sydney, toujours un peu incertains de notre trajet à vélo pour les deux semaines de notre séjour.

Deux semaines, c’est particulièrement court pour démarrer une aventure à vélo. Nous ne perdons pas de temps et à notre sortie de l’aéroport de Sydney, nous remontons nos montures et cherchons la voie cyclable permettant de passer au-dessus de l’autoroute. Évidemment, nous ne passons pas inaperçus, et un employé de l’aéroport en cravate vient vers nous et nous donne toutes les indications pour sortir du labyrinthe. Il nous aide à soulever les vélos chargés pour passer quelques obstacles et nous donne des conseils avant de repartir : « Faites attention sur la route, les conducteurs australiens ne sont pas forcément très sympathiques avec les cyclos... ».

Pour notre première nuit australienne, nous sommes accueillis par Judy, qui a été la famille hôte d’Aurélie (la marraine de Diane) quand elle était étudiante. Nous enchaînons donc 25 km vers le nord de Sydney dans une circulation difficile, empruntons le fameux « pont du port », goûtons aux premiers reliefs de la ville en nous arrêtant régulièrement pour nous abriter de la pluie.

Après une nuit réparatrice, nous reprenons notre route. Ayant déjà fait 25 km vers le nord, nous décidons de poursuivre notre route dans cette direction en longeant la côte et ses mythiques plages de surfeurs. Nous sommes régulièrement arrêtés par des passants qui nous demandent d’où l’on vient et où l’on va. Comme nous n’avons pas trop idée de notre destination finale, nous leur répondons « vers le nord », suscitant des regards admiratifs et des exclamations amusées : « ouah, you must be adventurous ! » ou « Crazy French people! ». Évidemment, c’en est assez pour réveiller le paon qui sommeille en nous, nous sentons la singularité de ce type de voyage ! Heureusement les côtes courtes mais sévères sont là pour mater l’animal et nous rappeler notre fragile condition. La côte Est du pays est sérieusement bosselée même en longeant la côte, et le redémarrage à vélo est un peu douloureux après un mois en Nouvelle-Zélande de vacances pour nos muscles. Nous sommes parfois obligés de descendre et de pousser nos lourdes montures. Le front pluvieux a du mal à passer, et nous devons nous abriter dans les abribus pour laisser passer les averses les plus fortes.

L’Australie est bien plus chère que ce que nous pensions, même en dormant en camping. Pour la première fois du voyage depuis le Canada, nous faisons jouer le réseau Warmshower et nous ne le regretterons pas ! Nous faisons de formidables rencontres, souvent de couples dont les enfants sont partis. Nous passons de très chouettes soirées avec eux, nous discutons beaucoup, prenons un verre, jouons aux cartes… Non seulement nous sommes accueillis à chaque fois comme des rois (ah le luxe du matelas quand on voyage à vélo !), mais nous avons en plus l’impression de partager des moments plein de sincérité, d’intérêt mutuel. Des rencontres qui vont au cœur. Nous arrivons d’abord chez Deb et Rod. Rod tient un commerce de locations de vélos, il jette un coup d’oeil à nos machines et s’empresse d’apporter quelques réparations et ajustements sur les montures quelques peu délaissées et rapidement remontées à l’aéroport. Nous passons une longue soirée à discuter du pays, des espèces d’oiseaux que nous allons probablement croiser, du cas aborigène, du sentiment d’appartenance à une culture etc… Marg et Rob eux sont médecin et comptable. Ils sont très actifs et sportifs. Marc passe aussi avec eux une longue soirée de discussion pendant que Nadège et les enfants récupèrent dans les bras de Morphée. Chez Dianne et Wyanne, nous dînons sur la terrasse avec une vue imprenable sur un golfe. Au coucher du soleil, les enfants vont marcher dans le petit bosquet d’eucalyptus qui jouxte leur jardin et c’est encore une fois les yeux de lynx de notre Diane qui aperçoivent un koala perché dans l’un d’entre eux à quelques mètres de nous. Nous avons de la chance apparemment, car il est rare aujourd’hui d’apercevoir des koalas en milieu naturel. Nous rencontrerons bon nombre de personnes par la suite qui nous avoueront n’en avoir jamais vu hormis dans des zoos. Dianne et Wayne sont des hôtes formidables, cyclo confirmés. Le lendemain matin, ils nous accompagnent jusqu’au ferry à une dizaine de kilomètres et attendent le départ du bateau pour repartir. Nous les reverrons quelques jours plus tard sur la route : prétextant vouloir faire une rando vélo sur un sentier du bush que nous venons d’emprunter, ils nous rapportent les sacs à viande oubliés dans un coin dans leur salon. Nous espérons sincèrement tous les recroiser en France ou ailleurs !

Sur le chemin, nous serons aussi accueillis à Palm Beach par Rowan, chez qui nous allons frapper en espérant pouvoir bénéficier d’un coin de jardin pour planter les tentes. Nous devons prendre un ferry le lendemain et il n’y a aucun camping ou hôtel bon marché dans ce coin huppé du nord de Sydney, célèbre pour la sérié télévisée qui y a été tournée pendant des années. Coïncidence ou pas, Rowan est content d’ouvrir sa porte à une famille française alors que sa fille est elle-même installée à Paris avec ses petits-enfants, et que sa femme est en visite là-bas. Encore une chouette rencontre qui nous confirme le sens de l’hospitalité australien !

D’ailleurs nous sommes étonnés du nombre de personnes australiennes ayant déjà visité la France. Toutes en gardent de bons souvenirs et souhaitent y retourner un jour. Il y a probablement un biais d’échantillonnage dans notre observation, mais quand même… Alors que nous nous arrêtons dans un magasin de vélo pour changer le câble de vitesse de François, Al, le réparateur, prend le temps de discuter avec nous et de nous montrer quelques photos sur son téléphone portable. En fond d’écran, la vitrine du fleuriste de Quincampoix, commune normande qui a vu grandir le célèbre Jacques Anquetil. Dans son répertoire de photos, le PMU, la place du village, la boulangerie… Au bout de 7 mois de voyage hors-frontière, nous ressentons naturellement un peu de nostalgie à la vision de ces lieux bien français. Nous avons hâte de rouler chez nous ! Al nous offre la réparation (il y a passé presque une heure en changeant d’autres câbles au passage) et nous propose de venir dormir chez lui le soir même. Invitation que nous refusons avec beaucoup de regret car nous ne nous sentons pas de finir la journée en franchissant les vilaines côtes qui nous séparent de son domicile…

Chaque jour ou presque, nous profitons des magnifiques plages de la côte. Tant que possible, nous privilégions les endroits surveillés. Les courants sont puissants, les rouleaux suffisamment formés pour écraser Marc et François qui s’en amusent, et les requins finalement pas très loin…

Un peu plus au nord, nous devons passer par une réserve protégée, dont le sentier est à peine marqué sur Maps.me. L’autre voie nous obligerait à faire un détour de 80 km et à passer sur l’autoroute, un jour de week-end chargé de voitures prenant la direction des plages. Nous ne sommes pourtant pas certains de circuler facilement sur ce sentier au plein cœur du bush australien. Les informations que nous récoltons sont contradictoires. Nous prenons quand même le risque. Arrivés à proximité la veille, nous rencontrons deux jeunes gaillards d’une trentaine d’années, bière à la main, rangers aux pieds, barbecue prêt à envoyer de la bidoche, accent à couper au couteau. Pendant qu’ils nous remplissent généreusement notre outre à eau pour recharger les stocks, nous les interrogeons sur le fameux sentier :

Ouais, je connais bien ce sentier, j’y allais souvent quand j’étais petit, mais il a été fermé en 2005, il n’est pas entretenu depuis…

Ah bon ?

Surtout, faites attention aux serpents. Si vous en croisez, laisser les passer, ils ne vous attaqueront pas si vous les laisser tranquilles.

OK.

Si vous vous faites morde par nos fourmis géantes, faites chauffer de l’eau, et appliquez sur la morsure le plus chaud que vous pouvez supporter, ça vous soulagera…

OK.

Les dingos… Normalement ça devrait aller, mais bon… je ne laisserais pas des enfants tout seuls, dit-il en jetant un œil à Diane…

OK.

Vous savez, ça va être les 20 km les plus longs de votre vie !

Ah bon ?

Le lendemain matin, nous partons en formation serrée : « Les enfants, on ne vous le cache pas, ça peut être difficile et dangereux, on reste groupé« . A peine deux heures plus tard, nous avons franchi les 20 km de sentier largement praticable dans un paysage sec et broussailleux. Nous avons croisé deux goannas, longs lézards qui pullulent dans la région, et sommes presque déçus de ne pas avoir fait d’autres rencontres. « Crocodile Dundee, c’est rien qu’une Géraldine à côté de nous« , claironne le paon qui a repris du service.

Nous poursuivons notre route vers le nord. Certaines portions sont inconfortables. Les bas-côtés sont étroits, quand il y en a. Les voitures circulent vite et ne prennent pas toujours la peine de s’écarter. Nous ne pouvons pas décrocher Diane du vélo de Marc, c’est trop dangereux. Nous observons que l’australien est en fait… un Gremlin. Particulièrement sympathique et chaleureux quand nous les croisons dans la rue, toujours prêt à nous renseigner, quitte à passer des coups de fils pour nous aider. Mais quand on le plonge dans une voiture et qu’on lui donne du kilomètre à manger, il se transforme en une bête peu aimable au klaxon facile, n’accordant aucune priorité aux voyageurs fragiles que nous sommes. A plusieurs reprises, nous avons des frayeurs et pestons contre une voiture passée bien trop près de nous. De manière générale, les pistes cyclables sont peu fréquentes et les infrastructures pas forcément recommandées pour des voyageurs qui se déplacent autrement qu’en voiture. A l’image du train que nous devons prendre pour rentrer à Sydney, qui ne dispose que de 5 places de vélos, à condition que ceux-ci soient emballés dans un carton ! Branle-bas de combat pour démonter les vélos et tout faire rentrer en 30′ dans les cartons que l’agent de gare arrive à nous dénicher. Avec deux trains par jour sur un axe économique pourtant important de la région, nous ne voulons pas manquer le nôtre. Arrivés à la gare de Sydney, re-déballage, remontage des vélos que nous devrons de nouveau démonter deux jours plus tard pour prendre l’avion. Un peu trop de bricolage à notre goût, mais nous devenons des pros !

Ce train nous le prenons à Taree, un peu plus au sud que ce que nous avions projeté de faire au cours du trajet. Pourquoi ? Parce qu’en partant d’une pause déjeuner, une voiture s’arrête devant nous sur le bas-côté. C’est Billy, Warshower que nous avions contacté quelques jours plus tôt à notre passage du côté de Newcastle. Très gêné de ne pas avoir eu le temps de nous répondre, il nous propose de venir dormir dans la maison qu’il loue près de la plage pour ses ouvriers et lui le temps d’un chantier. L’activité étant un peu basse, la maison est quasi-vide. Nous nous interrogeons… Ce n’est pas du tout sur la route et cela veut dire que nous interrompons notre trajet un peu plus tôt que prévu… mais pourquoi pas ? C’est la magie du voyage ! Encore une belle soirée passée en compagnie d’une personnalité attachante…

Après plus de 400 km de route, nous voici donc de retour à Sydney. Nous prenons le temps de visiter les quelques lieux phares de la ville avant de nous embarquer pour la dernière partie de notre voyage : l’Asie… Nous en avons l’eau à la bouche !

Petit bonus animalier :

Par Nadège

Nouvelle-Zélande : easy !

Notre décollage de New-York nous avait laissé un arrière-goût amer lors de notre précédent embarquement avec les vélos. Nous avions trouvé l’épisode désagréable. Nous sommes un peu tendus cette fois-ci et résignés à ce qui nous attend. Nous prenons le temps de tout ranger et de tout nettoyer d’autant plus que nous savons les douanes néo-zélandaises particulièrement vigilantes en matière de bio-sécurité. Les bagages des passagers sont très régulièrement fouillés pour éviter la contamination de leurs îles par des espèces végétales ou bactériennes étrangères. Finalement tout se déroulera avec une simplicité presque suspecte : nous ne payons pas de supplément pour les vélos alors que nous partons avec la même compagnie que la fois précédente, nous n’avons pas de retard pour notre premier avion, nous passons nos 12h30 de vol au-dessus du Pacifique sans trop de fatigue et nous récupérons tout notre matériel à bon port à Auckland. La dame de la douane est bien sympathique et nous remercie pour l’état de propreté de nos vélos, car c’est à elle de nettoyer le matériel quand il n’est pas suffisemment propre et c’est un exercice qu’elle n’apprécie pas trop… Entrée en Nouvelle-Zélande : checked.

Cette fluidité du voyage, nous aurons l’impression de la vivre pendant tout le mois qui suivra. D’abord parce que nous avons décidé d’abandonner lâchement nos vélos pour un transport motorisé. Nous avions vraiment envie de visiter le territoire, et les paysages bosselés associés à un risque important de pluie à cette période réduisait considérablement la portée de ce que nous pouvions voir sur les deux grandes îles.  Dans un accès de conscience, nous demandons s’il est possible de changer la voiture réservée à la hâte sur internet (voir post précédent) par un véhicule nous permettant d’embarquer les vélos. « Pas de problème, je vois voir s’il y a un véhicule disponible« , nous répond l’aimable jeune homme au comptoir. Nous nous mettons alors en quête d’un porte-vélo qui nous permette d’accrocher nos cinq montures. Nous nous arrêtons chez un concessionnaire de voiture et la dame de l’accueil, après avoir passé quelques coups de fils, nous dirige vers un magasin de sport qui nous a mis de côté une barre arrière pour un prix raisonnable. Trop simple… Nouvelle-Zélande, nous allons t’aimer !

Pour ne pas avoir à en chercher d’autres au retour, nous laissons nos cartons de vélo chez les Dagonneau, famille française résidant à Auckland depuis quelques années, que nous rencontrons par l’intermédiaire de la famille Bru. Puis nous partons pour 3 bonnes semaines de vadrouille à travers l’île du Nord. Nous commençons par la presqu’île de Caramandel, où nous allons crapahuter à quatre-pattes dans l’eau d’une grotte obscure pour nous émerveiller devant des plafonds magnifiquement étoilés de vers luisants. Nous allons randonner, nous baigner dans l’océan, dans les rivières, dévaler des dunes de sable géantes. Nous allons visiter d’impressionnants sites géothermiques du côté de Rotorua : geysers fumants, boues de pétrole, sources chaudes, bassins sulfurés…

Nous révisons notre classique en vidéo et descendons jusqu’à Hobbiton où nous lâchons quelques (en fait beaucoup !) de dollars pour en savoir plus sur l’envers du décor du film mythique « Le Seigneur des Anneaux ».

Nous nous arrêtons quelques jours à proximité du lac Taupo et des superbes volcans Tongariro, Ruapehu et Ngauruhoe. Nous logeons chez Zita, Jérôme et leurs deux filles, famille française aussi installée en Nouvelle-Zélande depuis presque 20 ans. Jérôme est conservateur au DOC (Department of Conservation), agence gouvernementale en charge de la protection de la nature. Il travaille en particulier sur la protection du kiwi, l’oiseau emblématique du pays sérieusement menacé sur l’ensemble du territoire. Nous passons un très agréable séjour en leur compagnie. Les enfants s’entendent à merveille, leur maison et leur jardin ressemblent à un petit coin de paradis, nous en apprenons beaucoup sur le pays lors des agréables soirées passées avec eux.

Le dernier jour, Zita propose de passer la journée avec les enfants (pour faire des tartes aux fruits du jardin) pendant que les parents font le fameux « Tongariro Alpine crossing », l’un des « plus beaux treks du monde sur une journée ». Pour des raisons tordues de logistique, nous décidons de démarrer le trek chacun à un bout, Nadège dans le mouvement de la foule, Marc à contre-sens. Nous nous retrouvons le midi pour déjeuner en amoureux au bord des lacs Emeraude, et nous poursuivons la route chacun de notre côté, retrouvant pour quelques heures une douce solitude après ces 180 derniers jours et plus passés ensemble. Le trek traverse de grandes plaines désertiques, serpente sur un terrain volcanique encore actif, passe près de crevasses ouvertes comme des cicatrices dans les formations rocheuses, longe des sources brûlantes et des éperons fumants puis descend de l’autre côté dans la vallée pour terminer dans la forêt (ça c’est dans le sens habituel). Mais 1100m de dénivelé, c’était un peu gentillet, Marc décide de s’en rajouter 600 et d’aller faire une pointe en courant au sommet du mont Ngauruhoe, volcan mythique du Seigneur des Anneaux (le mont Doom pour les amateurs), où il renonce finalement à plonger son alliance dans le cratère… 😉 Le trek mérite bien sa réputation. Les paysages sont à couper le souffle, les photos parlent d’elles-mêmes.

 

Petit coup de mou après 6 mois de voyage en itinérance. C’est un peu dur de repartir après cette pause de quelques jours où nous n’avons pas eu besoin de planter les tentes, de préparer notre popote du soir au réchaud, de nous doucher à l’eau froide, de préparer la suite du voyage chaque jour…

Nous continuons notre descente de l’île du Nord et arrivons du côté de l’agréable capitale Wellington. La facilité à nous déplacer nous permet d’écumer les musées, nous faisons le plein d’informations sur le pays, sur les sciences, sur un peu tout et n’importe quoi. Nous nous régalons, car le pays regorge de sites gratuits ou à bas prix.

A Wellington, nous apprenons que le ferry pour passer sur l’île du Sud est complet pour plusieurs jours.  En même temps, nous sentons que nous ne voulons pas nous imposer 2000 km de voiture supplémentaires pour suivre le parcours des touristes pressés par le temps, voulant rentabiliser -à juste titre- leur voyage à l’autre bout du monde en remplissant leurs journées et leurs souvenirs d’images spectaculaires de glaciers, de montagnes et de landes à perte de vue. Revenant d’Amérique du Sud, nous avons déjà eu cette chance d’en avoir pris plein les yeux. Le voyage à vélo nous a donné le goût de la lenteur, et nous préférons passer le temps qu’il nous reste à nous balader sur l’île du Nord pour la sentir un peu mieux encore, car nous l’apprécions… Nous remontons du côté de Napier et enchaînons quelques randonnées à vélo au milieu des vignobles et des vergers de pommiers. Nous passons par Taupo et longeons en voiture la rivière Waikato quasiment jusqu’à Auckland. De retour là-bas, Marc en profite pour aller visiter le labo d’un de ses collaborateurs de travail récemment installé. Nous passons notre dernière soirée néo-zélandaise en compagnie des Dagonneau, qui nous reçoivent comme des rois. Décollage le lendemain matin pour l’Australie !

Ce séjour en Nouvelle-Zélande sera probablement l’un des passages préférés de notre tour du monde, pour toute la famille. Bon il est vrai que nous nous serions bien passés des sandflies que nous avons cherché à fuir quasiment tous les jours (petits moucherons dont les piqûres démangent terriblement). Mais dans l’ensemble, nous avons apprécié la douceur du pays, la simplicité à y vivre en tant que visiteurs, la qualité et la propreté des infrastructures, la grande variété des sites d’intérêt, leur mise en valeur et leur entretien. Au delà de cette vision touristique, nous avons aussi été intrigués par l’effort visible du peuple néo-zélandais à vouloir construire une culture commune, dont ils se sentent fiers. Nous sommes restés trop peu de temps pour être exposés au verso de l’histoire, mais nous avons été surpris de la manière dont les cultures maorie et occidentale s’entremêlent, donnant à l’ensemble une cohérence convaincante. Et si nous comprenons que le tableau n’est pas parfait, nous trouvons remarquable cette capacité à vouloir « tendre vers le mieux ». Un peu à l’image du système éducatif, assez éloigné du nôtre, qui a pour mission première de donner aux enfants confiance en eux. Pas de notes, pas de devoirs, pas d’évaluation nationale, peu de matières imposées (anglais et maths en gros). C’est à l’enfant de cultiver sa curiosité en choisissant des activités selon ses centres d’intérêt. Les enfants travaillent par période (souvent mensuelle) sur un projet choisi. L’évaluation individualisée met plus l’accent sur la réflexion que l’enfant a montré au cours du travail que sur le contenu final, à grand renfort de « wonderful » et « amazing », qui peuvent paraître exagérés mais qui participent sûrement au fait que la grande majorité des enfants adorent aller à l’école ici. Les enfants ne sont d’ailleurs pas nécessairement classés par groupe d’âge mais par niveau d’apprentissage. Les écoles et les enseignants ont une grande liberté sur les contenus des enseignements, adaptables au profil culturel des enfants. Cela peut évidemment paraître un peu léger avec notre vision de français, et en effet, le niveau théorique semble inférieur à celui que l’on connaît en France, au moins en maths dans les établissements publics. Il est probable que ce système ne convienne pas non plus à tous les enfants, qui parfois ont besoin d’être un peu encadrés voire poussés… Cela pose aussi bien d’autres questions en terme d’égalité à l’échelle du territoire, d’évaluation etc… Toutes ces problématiques que nous connaissons bien chez nous. Et pourtant, cela mène à réfléchir… Pour caricaturer, qu’est ce qui est le plus important, être bien dans ses baskets ou avoir une tête bien remplie ? Nous ne nous risquerons pas à donner de réponse à l’emporte-pièce. Aucun système n’est parfait, et en tant qu’enseignants par intérim cette année, nous comprenons que le métier est loin d’être facile ! Les enfants n’ont jamais été aussi contents de retrouver leur école et leurs « vrais » enseignants l’année prochaine !

 

Par  Nadège