Australie : histoire de paons et de Gremlins

Pour Nadège, la courte nuit précédant notre départ en Australie est peuplée de serpents et d’araignées velues s’introduisant dans notre tente et se nichant dans nos chaussures (véridique !). Les pires craintes refont surface. Notre vol n’est malheureusement pas retardé. Nous arrivons à bon port à Sydney, toujours un peu incertains de notre trajet à vélo pour les deux semaines de notre séjour.

Deux semaines, c’est particulièrement court pour démarrer une aventure à vélo. Nous ne perdons pas de temps et à notre sortie de l’aéroport de Sydney, nous remontons nos montures et cherchons la voie cyclable permettant de passer au-dessus de l’autoroute. Évidemment, nous ne passons pas inaperçus, et un employé de l’aéroport en cravate vient vers nous et nous donne toutes les indications pour sortir du labyrinthe. Il nous aide à soulever les vélos chargés pour passer quelques obstacles et nous donne des conseils avant de repartir : « Faites attention sur la route, les conducteurs australiens ne sont pas forcément très sympathiques avec les cyclos... ».

Pour notre première nuit australienne, nous sommes accueillis par Judy, qui a été la famille hôte d’Aurélie (la marraine de Diane) quand elle était étudiante. Nous enchaînons donc 25 km vers le nord de Sydney dans une circulation difficile, empruntons le fameux « pont du port », goûtons aux premiers reliefs de la ville en nous arrêtant régulièrement pour nous abriter de la pluie.

Après une nuit réparatrice, nous reprenons notre route. Ayant déjà fait 25 km vers le nord, nous décidons de poursuivre notre route dans cette direction en longeant la côte et ses mythiques plages de surfeurs. Nous sommes régulièrement arrêtés par des passants qui nous demandent d’où l’on vient et où l’on va. Comme nous n’avons pas trop idée de notre destination finale, nous leur répondons « vers le nord », suscitant des regards admiratifs et des exclamations amusées : « ouah, you must be adventurous ! » ou « Crazy French people! ». Évidemment, c’en est assez pour réveiller le paon qui sommeille en nous, nous sentons la singularité de ce type de voyage ! Heureusement les côtes courtes mais sévères sont là pour mater l’animal et nous rappeler notre fragile condition. La côte Est du pays est sérieusement bosselée même en longeant la côte, et le redémarrage à vélo est un peu douloureux après un mois en Nouvelle-Zélande de vacances pour nos muscles. Nous sommes parfois obligés de descendre et de pousser nos lourdes montures. Le front pluvieux a du mal à passer, et nous devons nous abriter dans les abribus pour laisser passer les averses les plus fortes.

L’Australie est bien plus chère que ce que nous pensions, même en dormant en camping. Pour la première fois du voyage depuis le Canada, nous faisons jouer le réseau Warmshower et nous ne le regretterons pas ! Nous faisons de formidables rencontres, souvent de couples dont les enfants sont partis. Nous passons de très chouettes soirées avec eux, nous discutons beaucoup, prenons un verre, jouons aux cartes… Non seulement nous sommes accueillis à chaque fois comme des rois (ah le luxe du matelas quand on voyage à vélo !), mais nous avons en plus l’impression de partager des moments plein de sincérité, d’intérêt mutuel. Des rencontres qui vont au cœur. Nous arrivons d’abord chez Deb et Rod. Rod tient un commerce de locations de vélos, il jette un coup d’oeil à nos machines et s’empresse d’apporter quelques réparations et ajustements sur les montures quelques peu délaissées et rapidement remontées à l’aéroport. Nous passons une longue soirée à discuter du pays, des espèces d’oiseaux que nous allons probablement croiser, du cas aborigène, du sentiment d’appartenance à une culture etc… Marg et Rob eux sont médecin et comptable. Ils sont très actifs et sportifs. Marc passe aussi avec eux une longue soirée de discussion pendant que Nadège et les enfants récupèrent dans les bras de Morphée. Chez Dianne et Wyanne, nous dînons sur la terrasse avec une vue imprenable sur un golfe. Au coucher du soleil, les enfants vont marcher dans le petit bosquet d’eucalyptus qui jouxte leur jardin et c’est encore une fois les yeux de lynx de notre Diane qui aperçoivent un koala perché dans l’un d’entre eux à quelques mètres de nous. Nous avons de la chance apparemment, car il est rare aujourd’hui d’apercevoir des koalas en milieu naturel. Nous rencontrerons bon nombre de personnes par la suite qui nous avoueront n’en avoir jamais vu hormis dans des zoos. Dianne et Wayne sont des hôtes formidables, cyclo confirmés. Le lendemain matin, ils nous accompagnent jusqu’au ferry à une dizaine de kilomètres et attendent le départ du bateau pour repartir. Nous les reverrons quelques jours plus tard sur la route : prétextant vouloir faire une rando vélo sur un sentier du bush que nous venons d’emprunter, ils nous rapportent les sacs à viande oubliés dans un coin dans leur salon. Nous espérons sincèrement tous les recroiser en France ou ailleurs !

Sur le chemin, nous serons aussi accueillis à Palm Beach par Rowan, chez qui nous allons frapper en espérant pouvoir bénéficier d’un coin de jardin pour planter les tentes. Nous devons prendre un ferry le lendemain et il n’y a aucun camping ou hôtel bon marché dans ce coin huppé du nord de Sydney, célèbre pour la sérié télévisée qui y a été tournée pendant des années. Coïncidence ou pas, Rowan est content d’ouvrir sa porte à une famille française alors que sa fille est elle-même installée à Paris avec ses petits-enfants, et que sa femme est en visite là-bas. Encore une chouette rencontre qui nous confirme le sens de l’hospitalité australien !

D’ailleurs nous sommes étonnés du nombre de personnes australiennes ayant déjà visité la France. Toutes en gardent de bons souvenirs et souhaitent y retourner un jour. Il y a probablement un biais d’échantillonnage dans notre observation, mais quand même… Alors que nous nous arrêtons dans un magasin de vélo pour changer le câble de vitesse de François, Al, le réparateur, prend le temps de discuter avec nous et de nous montrer quelques photos sur son téléphone portable. En fond d’écran, la vitrine du fleuriste de Quincampoix, commune normande qui a vu grandir le célèbre Jacques Anquetil. Dans son répertoire de photos, le PMU, la place du village, la boulangerie… Au bout de 7 mois de voyage hors-frontière, nous ressentons naturellement un peu de nostalgie à la vision de ces lieux bien français. Nous avons hâte de rouler chez nous ! Al nous offre la réparation (il y a passé presque une heure en changeant d’autres câbles au passage) et nous propose de venir dormir chez lui le soir même. Invitation que nous refusons avec beaucoup de regret car nous ne nous sentons pas de finir la journée en franchissant les vilaines côtes qui nous séparent de son domicile…

Chaque jour ou presque, nous profitons des magnifiques plages de la côte. Tant que possible, nous privilégions les endroits surveillés. Les courants sont puissants, les rouleaux suffisamment formés pour écraser Marc et François qui s’en amusent, et les requins finalement pas très loin…

Un peu plus au nord, nous devons passer par une réserve protégée, dont le sentier est à peine marqué sur Maps.me. L’autre voie nous obligerait à faire un détour de 80 km et à passer sur l’autoroute, un jour de week-end chargé de voitures prenant la direction des plages. Nous ne sommes pourtant pas certains de circuler facilement sur ce sentier au plein cœur du bush australien. Les informations que nous récoltons sont contradictoires. Nous prenons quand même le risque. Arrivés à proximité la veille, nous rencontrons deux jeunes gaillards d’une trentaine d’années, bière à la main, rangers aux pieds, barbecue prêt à envoyer de la bidoche, accent à couper au couteau. Pendant qu’ils nous remplissent généreusement notre outre à eau pour recharger les stocks, nous les interrogeons sur le fameux sentier :

Ouais, je connais bien ce sentier, j’y allais souvent quand j’étais petit, mais il a été fermé en 2005, il n’est pas entretenu depuis…

Ah bon ?

Surtout, faites attention aux serpents. Si vous en croisez, laisser les passer, ils ne vous attaqueront pas si vous les laisser tranquilles.

OK.

Si vous vous faites morde par nos fourmis géantes, faites chauffer de l’eau, et appliquez sur la morsure le plus chaud que vous pouvez supporter, ça vous soulagera…

OK.

Les dingos… Normalement ça devrait aller, mais bon… je ne laisserais pas des enfants tout seuls, dit-il en jetant un œil à Diane…

OK.

Vous savez, ça va être les 20 km les plus longs de votre vie !

Ah bon ?

Le lendemain matin, nous partons en formation serrée : « Les enfants, on ne vous le cache pas, ça peut être difficile et dangereux, on reste groupé« . A peine deux heures plus tard, nous avons franchi les 20 km de sentier largement praticable dans un paysage sec et broussailleux. Nous avons croisé deux goannas, longs lézards qui pullulent dans la région, et sommes presque déçus de ne pas avoir fait d’autres rencontres. « Crocodile Dundee, c’est rien qu’une Géraldine à côté de nous« , claironne le paon qui a repris du service.

Nous poursuivons notre route vers le nord. Certaines portions sont inconfortables. Les bas-côtés sont étroits, quand il y en a. Les voitures circulent vite et ne prennent pas toujours la peine de s’écarter. Nous ne pouvons pas décrocher Diane du vélo de Marc, c’est trop dangereux. Nous observons que l’australien est en fait… un Gremlin. Particulièrement sympathique et chaleureux quand nous les croisons dans la rue, toujours prêt à nous renseigner, quitte à passer des coups de fils pour nous aider. Mais quand on le plonge dans une voiture et qu’on lui donne du kilomètre à manger, il se transforme en une bête peu aimable au klaxon facile, n’accordant aucune priorité aux voyageurs fragiles que nous sommes. A plusieurs reprises, nous avons des frayeurs et pestons contre une voiture passée bien trop près de nous. De manière générale, les pistes cyclables sont peu fréquentes et les infrastructures pas forcément recommandées pour des voyageurs qui se déplacent autrement qu’en voiture. A l’image du train que nous devons prendre pour rentrer à Sydney, qui ne dispose que de 5 places de vélos, à condition que ceux-ci soient emballés dans un carton ! Branle-bas de combat pour démonter les vélos et tout faire rentrer en 30′ dans les cartons que l’agent de gare arrive à nous dénicher. Avec deux trains par jour sur un axe économique pourtant important de la région, nous ne voulons pas manquer le nôtre. Arrivés à la gare de Sydney, re-déballage, remontage des vélos que nous devrons de nouveau démonter deux jours plus tard pour prendre l’avion. Un peu trop de bricolage à notre goût, mais nous devenons des pros !

Ce train nous le prenons à Taree, un peu plus au sud que ce que nous avions projeté de faire au cours du trajet. Pourquoi ? Parce qu’en partant d’une pause déjeuner, une voiture s’arrête devant nous sur le bas-côté. C’est Billy, Warshower que nous avions contacté quelques jours plus tôt à notre passage du côté de Newcastle. Très gêné de ne pas avoir eu le temps de nous répondre, il nous propose de venir dormir dans la maison qu’il loue près de la plage pour ses ouvriers et lui le temps d’un chantier. L’activité étant un peu basse, la maison est quasi-vide. Nous nous interrogeons… Ce n’est pas du tout sur la route et cela veut dire que nous interrompons notre trajet un peu plus tôt que prévu… mais pourquoi pas ? C’est la magie du voyage ! Encore une belle soirée passée en compagnie d’une personnalité attachante…

Après plus de 400 km de route, nous voici donc de retour à Sydney. Nous prenons le temps de visiter les quelques lieux phares de la ville avant de nous embarquer pour la dernière partie de notre voyage : l’Asie… Nous en avons l’eau à la bouche !

Petit bonus animalier :

Par Nadège

Publié dans: Blog

3 réflexions sur “Australie : histoire de paons et de Gremlins

  1. Classe de CE2-CM1 dit :

    Bonjour Diane,

    Nous avons bien reçu ton exposé sur les animaux de Nouvelle Zélande. Il est affiché dans la classe et nous l’avons presque tous lu !
    Il est très beau, on a beaucoup aimé les photos de l’exposé et les cartes postales.
    Le bébé kiwi est très mignon… On est triste d’apprendre que les animaux disparaissent à cause de la déforestation, et des déchets.

    Au mois de février, nous avons vu au cinéma le film « Mia et le lion blanc ». Il se déroule en Afrique du Sud où il se passe un peu la même chose : à cause de la chasse, les lions disparaissent peu à peu. Il n’en reste que 20 000. Si rien ne change, dans 20 ans, il n’y aura plus de lion…

    En ce moment, on apprend le passé composé, ce n’est pas toujours très facile !
    Même dans cette lettre, on utilise le passé composé…

    Un nouvel élève est arrivé dans notre classe, il s’appelle Yassin. Il est très gentil et rigolo, il nous fait des petites blagues !

    On te souhaite bonne chance pour la suite de ton voyage, bisous !

    Les élèves de la classe de CE2-CM1 de l’école Aimé Césaire à Auzeville.

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  2. Anonyme dit :

    J’ai aimé lire que les relations avec les vieux parents dont les enfants ont quitté la maison sont très agréables !
    Et vos 20 km sans histoire dans le bush (que j’imaginais un peu comme la steppe à épineux en Afrique et j’ai vu mon erreur !) m’ont beaucoup plu.
    Allez courage plus que 3 mois avant de retrouver le nutella et la baguette de pain !
    JM

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