Thaïlande : c’est parti !

Après notre vadrouille japonaise, nous débarquons une nouvelle fois à Bangkok pour démarrer notre périple thaïlandais. Encore une fois, nous nous sentons écrasés par les températures qui frôlent les 40° et dont le ressenti est encore alourdi par une humidité collante. Quelques minutes à l’extérieur suffisent pour nous sentir dégouliner de partout. Nous avons besoin de beaucoup de motivation pour sortir de notre chambre climatisée et partir à l’assaut de la visite de la ville.

Heureusement de la motivation nous en avons, car notre calendrier de voyage colle avec celui de la famille Caudrillier (les Vélove) qui vient aussi de débarquer à Bangkok après plusieurs mois de découverte de l’Asie du sud-est à vélo. Partis en mai dernier, ils préparent leurs cartons pour rentrer à Madrid d’où ils partiront pour une dernière étape à vélo vers le Lot où ils résident. En attendant, ces quelques jours en commun à l’autre bout de la planète nous permettent de partager des moments fort sympathiques. Diane ira passer une journée complète en leur compagnie pour explorer un site original conçu pour les enfants, Kidzania : toute la journée, ils passeront d’atelier en atelier pour découvrir différents métiers, cabinet de vétérinaire, hôpital, et s’essaieront même au métier de magicien… Diane est intarissable le soir en rentrant et nous commente sa journée dans les moindres détails jusqu’à ce que le sommeil finisse par l’emporter, épuisée ! Le lendemain, nous partons avec Lalie et Esteban à travers les petites rues de Bangkok. Tout au long du chemin, les dames adressent aux parents des signes de félicitations pour avoir si bien travaillé à construire cette famille de 5 enfants, nous nous en amusons ! Au programme de la journée, visite d’un temple, pause lecture-plaisir à la bibliothèque de l’Alliance Française et petit plongeon en piscine. La famille Caudrillier doit ensuite repartir pour poursuivre son aventure en Europe pendant que nous reprenons la nôtre dans ce pays dans lequel nous nous sentons particulièrement… dépaysés.

Nous décidons de prendre le train pour sortir de l’agglomération de Bangkok, qui s’étend sur des dizaines de kilomètres et qui nous paraît difficile d’accès voire même dangereuse pour les cyclistes que nous sommes. Après 4h de train au cours desquelles nous recevons et échangeons fruits et biscuits avec les dames voisines, nous arrivons à Phetchaburi, à une centaine de kilomètres au sud de Bangkok. Nous arrivons de nuit, et sommes touchés par l’élan d’aide qui nous est apportée pour déplacer notre matériel, le charger dans des tuk-tuk et nous conduire jusqu’à notre auberge. De là, nous remontons les vélos et partons … enfin !

Nous descendons vers le sud dans la partie la plus étroite du pays. Nous suivons le golfe de Thaïlande à l’Est et longeons la frontière birmane à l’Ouest. La route est pratiquement tout le temps impeccable et entretenue, les bas côtés sont suffisamment larges pour nous protéger du trafic, même sur les grands axes. Quand nous le pouvons, nous prenons les petites routes parallèles et passons à travers des paysages formidables : rizières, forêts de cocotiers, de bananiers, d’hévéas… De notre regard glissant, nous observons la vie des habitants. Le long de la route, nous croisons des femmes préparant à manger sur des stands protégés du soleil (les thaïlandais cuisinent peu chez eux, mais achètent dans la rue des plats bon marché). Le linge est suspendu sur des cintres devant les maisons. Les maisons elles-mêmes sont colorées, en bois, souvent sur pilotis. Devant elles, se baladent un joyeux fouillis de fils électriques. Dans les jardins, nous entendons les coqs au plumage coloré et regardons avec amusement les poules -fines et hautes sur patte- baladant leurs poussins entre les bananiers et papayers. Les enfants n’ont pas école en ce moment, nous les voyons jouer devant les maisons. Nous croisons aussi les habitants à proximité de grands bassins oxygénés par des roues à aubes pour l’élevage de crevettes, ou près de longues planches recouvertes de tissus servant à sécher les poissons. Nous passons régulièrement à côté de villages de pêcheurs ; les ports rassemblant des bateaux de bois aux couleurs vives forment de magnifiques tableaux pour nos yeux d’étrangers.

Nous partons aux premières lueurs du jour, un peu avant 6h pour profiter de la relative fraîcheur du matin. Nous nous arrêtons en fin de matinée pour nous mettre à l’abri de la chaleur cuisante, ce qui finalement dégage pas mal de temps pour nous reposer, profiter et rattraper le retard pris sur le travail scolaire. Le repas du déjeuner signant l’arrêt du pédalage est presque chaque jour une fête, et nous avons du mal à nous forcer à commander autre chose qu’un Pad Thaï dont nous raffolons, en prenant soin de préciser « May Phet », pour limiter (mais pas complètement supprimer !) les surprises épicées.

Plus nous descendons vers le sud, plus nous comprenons pourquoi la Thaïlande est appelée le « pays du sourire ». Nous nous souviendrons en particulier d’une journée surréaliste où nous recevrons des signes amicaux tout au long de notre route, depuis les « Hallo ! » des enfants jusqu’aux sourires édentés des personnes âgées. Le matin déjà en partant, alors que nous sommes poursuivis par un chien agressif, un deuxième chien le rattrape et le soumet entre ses pattes jusqu’à ce que nous soyons tous passés. Cette scène insolite alimentera nos discussions pendant plusieurs kilomètres… Plus tard dans la matinée, après avoir été encouragés et félicités par de nombreux cyclos thaïlandais en entraînement sur la route, une équipe de cyclistes féminine nous interpelle à un stand de fruits et demande à nous prendre en photo, François a son petit succès ! Un peu plus tard encore, nous faisons un arrêt dans une ferme familiale de production de noix de coco pour répondre à leurs salutations amicales, et nous sommes surpris de recevoir en cadeau ananas et noix de coco avec des exclamations de joie et une chaleur humaine qui surpassent de loin les difficultés à communiquer dans nos langues étrangères. Encore un moment d’une grande intensité qui donne à réfléchir… Accueillerions-nous si chaleureusement l’étranger de passage ?

Évidemment, tout n’est pas toujours aussi facile. Les chiens sont particulièrement hargneux et nous causent régulièrement de belles frayeurs… Et puis, si nous acceptons progressivement la chape de chaleur qui nous écrase, nous vivons aussi quelques moments mettant nos nerfs à l’épreuve. Nous nous souviendrons en particulier de cette nuit où, accueillis généreusement par des moines dans un temple, nous avons du mal à trouver le sommeil à cause de chiens hurlant à la mort à quelques mètres du temple, recevant en écho les cris d’une meute un peu plus loin et ceux d’oiseaux bien décidés à s’opposer à la trêve nocturne. Enfermés dans nos moustiquaires, nous avons à lutter contre la chaleur, une armée de moustiques, un bataillon de fourmis et… une invasion de puces ! La tente des enfants, restée stockée à Bangkok pendant notre vadrouille nippone aura trouvé des conditions de température et d’humidité idéales pour en faire un lieu de culture à puces, attrapées on-ne-sait-où ! Une épreuve qui laissera des marques sur la peau des enfants pendant plusieurs jours !

Après plus de 400 km, nous arrivons donc dans la ville de Chumphon. En ce dimanche des Rameaux, si les chrétiens se préparent à entrer en Semaine Sainte pour célébrer la résurrection du Christ, les thaïlandais eux célèbrent leur Nouvel An, le Songkran. Trois jours de fêtes sont organisés dans tout le pays sous le signe de l’eau, car ces journées d’avril sont aussi les plus sèches de l’année. D’ailleurs ici, il n’a pas plu depuis mi-janvier, phénomène assez rare semble-t-il et nous comprenons que tout le monde a les mots de « changement climatique » à la bouche… Pendant trois jours donc, le pays vit sous le signe de l’eau purificatrice, ce qui donne lieu à de gigantesques batailles d’eau dans les rues. Pas de photos malheureusement quand Marc est pris dans l’une d’elle, car il valait mieux protéger les appareils à ce moment-là !

Ce dimanche soir, nous avons prévu de prendre le bateau de nuit pour Koh Tao, île du golfe de la Thaïlande connue par les amateurs de plongée pour ses fonds marins grouillant de vie. Malheureusement, le bateau reste au port en ce jour férié et nous devons trouver une autre solution. La solution, c’est le jeune et dynamique prêtre de la paroisse chez qui nous nous sommes arrêtés, qui nous l’apportera. En quelques coups de fil, il arrive à nous dégoter les tickets du prochain bateau et organise un transport auprès de ses paroissiens. En un tournemain, un pick-up est chargé avec tout notre matériel pour nous conduire à une trentaine de kilomètres vers un autre embarcadère, que nous n’aurions pas pu rejoindre en si peu de temps sous le soleil cuisant de la mi-journée. Hasard de rencontre et moment de générosité dont nous nous souviendrons, encore !

Au programme pour la suite donc : quelques jours sur les îles de Koh Tao et de Koh Samui, et baptêmes de plongée pour quasi-tous !

 

Par Nadège

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Ce dimanche 14 avril, M6 diffuse une émission de Zone Interdite sur les familles voyageant à l’autre bout du monde. L’équipe a suivi 3 familles, dont une en vélo : les VeLove Family. N’hésitez pas à aller y jeter un coup d’oeil, en espérant que le reportage aura capté l’essence du voyage à vélo et saura transmettre l’enthousiasme indéfectible de cette belle famille !

Christophe et Valérie sont partis en mai dernier du Lot avec leurs trois enfants : Lalie 10 ans, Esteban, 8 ans et Naïa 2 ans. Ils ont roulé dans les Andes, en Amérique Centrale et en Asie du Sud-Est et sont rentrés en Europe il y a quelques jours. Encore un petit mois de pédalage pour rejoindre le Lot depuis Madrid. Au compteur, plus de 10 000 km, rien que ça !

Nous les avions croisé avant de partir, lors d’un festival de cyclovoyageurs (La roue tourne à Roques sur Garonne, tant qu’à faire de la pub) par l’intermédiaire d’amis communs. Le hasard de nos itinéraires nous a permis de nous recroiser pendant quelques jours à Bangkok, article à venir (bon d’accord on a pas mal de retard dans le flux). En attendant, vous pouvez aussi aller voir leur blog, alimenté tous les jours et qui décrit avec beaucoup de simplicité et de justesse la formidable aventure humaine qu’ils ont vécue autour du monde… A bon entendeur !

2019-04-01 20.00.13-1500