La Malaisie entre rizières et palmiers

A l’approche de la frontière malaisienne, nous observons un changement progressif dans l’environnement. Depuis la route nous apercevons des joggeurs dans des parcs bien entretenus et aménagés pour le loisir sportif. Des armées de cantonniers munis de leurs débroussailleuses dégagent les bas-côtés des routes sur lesquels l’herbe a vite fait de repousser dans la chaleur et l’humidité tropicale. Des panneaux de publicité vantant le dernier appareil numérique succèdent aux panneaux mettant en scène de jeunes femmes voilées faisant la promotion de produits de beauté. Et indice ô combien révélateur de notre retour à la civilisation normalisante : sur les murs d’enceinte des entreprises apparaissent ça et là des panneaux indiquant leurs certifications ISO…

Carte Malaisie 1

Trajet Padang Besar – Kuala Lumpur

Après la frontière, nous poursuivons notre route sur les chemins bordés de plantations d’hévéas et de cocotiers ; nous sommes encore au nord du pays. Puis progressivement apparaissent les champ inondés qui accueilleront bientôt les plants de riz. Le reflet des nuages sur ces grands plans d’eau nous offre de magnifiques spectacles mouvants. Quand nous le pouvons, nous suivons des sentiers le long des canaux d’irrigation, à travers des paysages mêlant le vert éclatant des feuilles de bananiers à la couleur cuivrée des terres arables. Dans la région du Kedah, grenier à riz du pays, nous faisons un arrêt pour visiter le musée consacré à cette culture. Un peu plus loin, nous nous arrêtons dans un parc de reptiles, où les enfants auront le courage de toucher et porter de gros pythons sur leurs épaules !

Nous descendons sur la côte ouest du pays jusqu’à l’île de Penang, ancien port commercial britannique dont l’architecture coloniale est encore visible dans la diversité culturelle contemporaine. La ville de Georgetown, comme d’autres que nous visiterons par la suite, s’est développée autour de plusieurs centres névralgiques rassemblant la communauté indienne à Little India, chinoise à Chinatown, et malaise dans d’autres quartiers. L’immeuble populaire où nous logeons pendant cette visite est une bonne illustration de cette mixité ethnique : nos voisins de paliers sont de toutes ces communautés et communiquent entre eux avec un bagage minimal dans chaque langue. La Malaisie est en effet un pays atypique qu’il n’est pas forcément facile de saisir. La communauté majoritaire, malaise, est musulmane. Les postes de fonctionnaires et de représentation d’état leur sont réservés. La communauté chinoise qui représente environ 25% de la population tire les rênes économiques du pays mais leurs droits sont limités. Nous croisons la communauté indienne, qui représente environ 10% de la population et qui paraît en moyenne plus modeste, dans les plantations que nous longeons. Tout au long de la route, se succèdent mosquées, temples bouddhistes chinois, temples hindous et parfois quelques églises chrétiennes.

Un soir peu après notre arrivée en Malaisie, nous dormons chez Yuki et ses deux enfants, de la communauté chinoise. Ses enfants sont scolarisés à l’école chinoise, où ils apprennent à lire et écrire le mandarin. Yuki parle elle-même quelques mots de malais, et comme beaucoup de malaisiens, se débrouille assez bien avec l’anglais, langue résiduelle de la colonisation britannique et aujourd’hui langue commune aux trois communautés. Alors que nous lui demandons maladroitement si elle a encore des liens familiaux avec la Chine, elle nous reprend en insistant sur le fait qu’elle est avant tout malaisienne : « Malaysian, from the Chinese community ». Yuki nous reçoit avec beaucoup de générosité et continuera à prendre des nouvelles pendant la suite de notre trajet malaisien.

Une autre fois, nous dormons chez une famille de la communauté malaise. Sezilin et Mariana ont trois enfants scolarisés aussi à l’école chinoise. Pour leurs parents, il est important que les enfants apprennent le mandarin pour pouvoir se débrouiller plus tard dans le monde des affaires. A notre arrivée, les parents sont absents et la nounou ne parle pas un mot d’anglais ; ce sont les enfants qui traduisent ! A 7 et 8 ans, ils ont déjà une bonne maîtrise de la langue. De plus en plus convaincus de l’importance d’apprendre les langues pour communiquer, Pauline, François et Diane nous affirment avec force conviction que leurs enfants à eux parleront anglais dès le plus jeune âge, qu’ils les forceront s’il le faut, et même s’ils râlent ! No comment… 😉

A Penang, nous passons aussi un excellent moment avec nos deux premiers et uniques cyclos rencontrés en Asie du Sud-Est, Benita et Alain, de Bâle. Nous les avions déjà croisé sur l’île de Koh Tao en Thaïlande… Quelle joie de pouvoir partager l’excitation et les (més-)aventures du cyclotourisme avec des vadrouilleurs connaisseurs !

Nous continuons notre route vers le sud, et rentrons un peu dans les terres pour rejoindre les montagnes de Cameron Highlands. Nous laissons les vélos à Ipoh et prenons le bus pour rejoindre la vallée rendue célèbre pour ses plantations de thé, recouvrant les vallons en une verte couverture quadrillée. Si nous apprécions la visite des plantations, spectaculaire effectivement, nous réalisons à quel point le tourisme de masse défigure les lieux en faisant pousser des blocs de bâtiments comme d’affreux champignons de béton gris. Et toutes les vallées alentour sont recouvertes de serres plantées à flanc de colline, pour faire pousser des fraises, des légumes, et encore des fraises pour les amateurs chinois. Cette urbanisation abusive inquiète les locaux qui ont vu la région se détériorer en quelques années. Déjà les sentiers de la « forêt moussue », réputée pour ses paysages féériques, sont en grande partie fermés pour limiter la dégradation irrémédiable. Une occasion supplémentaire pour discuter avec les enfants de l’impact des activités humaines sur l’environnement…

Environnement qui d’ailleurs se défend comme il le peut ! Un jour que François part dans les taillis soulager sa condition naturelle, nous le voyons sortir en courant, en battant des bras et des jambes jusqu’à nous… Le pauvre en sort paniqué, piqué par des guêpes et surtout assailli par des sangsues qui tombaient des arbres et lui grimpaient sur les pieds (protégés par des tongs, évidemment) ! Sur le moment, l’heure n’était pas à la rigolade, mais tout le monde gardera cette scène cocasse en mémoire ! Finalement, cet événement nous dissuade d’aller jusqu’à la réserve de Taman Negara connue pour ses trecks aventuriers au cœur de la forêt primaire… Paraît-il que les sangsues y sévissent goulûment ! 😦

Nous reprenons donc nos vélos pour descendre vers Kuala Lumpur, la capitale. Sur le chemin, nous traversons des plantations de palmiers à huile. La Malaisie est le premier exportateur d’huile de palme avec l’Indonésie. Le pays a beaucoup investi dans le développement de ces plantations qui occupent une grande surface du territoire, remplaçant les anciennes plantations d’hévéas ou la forêt primaire détruite pour l’occasion. Face à la réticence des pays occidentaux qui commencent à freiner la consommation d’huile de palme dans l’industrie agroalimentaire, la Malaisie fait pression… Une grande partie de l’économie en dépend.

Un peu plus au sud, nous quittons cette zone de monoculture et traversons une région agricole beaucoup plus diversifiée : les bananiers se mêlent aux papayers, les citronniers sont plantés près des manguiers, le manioc longe les canaux d’irrigation, les habitants cultivent sur des petites parcelles du maïs, du riz, du gombo, des concombres, des pastèques… Jolis paysages, nous avalons les kilomètres.

A l’approche de Kuala Lumpur, la circulation se densifie. Nous traversons des kilomètres de zones en construction où des milliers de maisons sortent de terre simultanément. Nous ne sommes pas très à l’aise, les bandes de sécurité sont très étroites sur les routes malaisiennes et les voitures, souvent bien entretenues, circulent vite sur les axes routiers. Nous sommes pressés d’arriver à bon port chez la famille d’expatriés français qui nous accueille pour un long week-end…

A suivre !

 

Par Nadège

Publié dans: Blog

Une réflexion sur “La Malaisie entre rizières et palmiers

  1. Pierre dit :

    Bravo les amis. Nous avons entrepris notre périple de 2 mois. Nous parcourons présentement la Corse du Nord au Sud. Quelle belle Ile où il est impossible de contourner les Cols, et les Cols. et les Cols…. LOL!

    J'aime

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