Descente vers Singapour : dernière ligne (presque) droite

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A l’approche de la capitale Kuala Lumpur, nous ne faisons pas les fiers. La circulation est particulièrement dense, les bas-côtés des routes souvent inexistants et il nous faut composer entre les voitures nous doublant par la droite et l’évitement de trous et d’obstacles sur la chaussée. Tant que nous le pouvons, nous essayons de passer par des quartiers résidentiels mais nous sommes inévitablement ramenés vers les grands axes qu’il est parfois nécessaire de traverser en mode sprinter : « Après la rouge, on y va…. Attention… Maintenant ! ». Une fois, nous nous retrouvons bloqués sur la voie de droite d’une nationale (la voie la plus rapide puisqu’on roule à gauche en Malaisie) contre le terre-plein d’un mètre de hauteur, attendant mètre après mètre de pouvoir prendre la sortie… qui a en fait disparu, ainsi que la suivante. Une grosse frayeur qui nous rajoute quelques kilomètres dans cette jungle urbaine, et qui nous fait rechercher rapidement un endroit pour la pause déjeuner afin de nous remettre de nos émotions.

Nous trouvons donc un food-court chinois, nombreux dans le pays et bon marché. Les restaurants malais sont fermés en cette période de ramadan, et nous nous rabattons sur la cuisine chinoise qui a aussi l’avantage d’épargner nos papilles des épices trop pimentées. Nous nous installons sur les classiques chaises rouges entourant une table ronde, et allons remplir nos assiettes de riz à l’un des buffets de plats. Au moment de payer, un monsieur arrive et règle notre note. Nous n’avons même pas le temps de réagir qu’il est déjà reparti. Au moment du dessert, nous voulons goûter un plat local (le rojak : salade de fruit et concombre recouvert d’une sauce caramélisée à la crevette fermentée… 😉 ). Cette fois c’est la serveuse qui nous l’offre, en précisant qu’elle nous souhaite la bienvenue en Malaisie ! Nous repartons tout guillerets de cette pause généreuse et sommes prêts à affronter les derniers kilomètres qui nous séparent de notre destination finale.

Nous allons passez le week-end chez la famille Buisson, famille française d’expatriés que nous rencontrons par l’intermédiaire des parents de Marc. Et nous passons un week-end délicieux ! Dorlottés, régalés, cocoonés dans une ambiance qui sent bon la terre natale, nous partageons de beaux moments de discussion sur la vie des français à l’étranger, sur les voyages, la famille… Karine et Patrice proposeront même aux parents de s’offrir un dîner en amoureux pendant qu’ils restent avec les enfants pour une soirée crêpes ! Nous avons beaucoup de mal à repartir le lundi matin…

Nous enfourchons de nouveau nos vélos pour notre dernière étape à l’étranger en direction de Singapour au bout de la péninsule malaisienne. « Une étape de trop », diront les enfants, et nous ne sommes pas loin de leur donner raison, tant cette section a été semée d’obstacles ! Les frayeurs causées par notre arrivée sur la capitale nous ont échaudés, et nous souhaitons éviter autant que possible les grands axes. Mais dans cette partie du pays, il faut choisir entre les nationales et autoroutes ou les petites pistes que l’on est pas sûr de pouvoir suivre jusqu’au bout. Une fois, ce qui est censé être une route sur nos cartes est en fait un sentier de moins en moins praticable même à vélo. Il faut descendre pour contourner les grandes et profondes flaques d’eau, rouler dans des herbes hautes et éviter les branches de végétation débordant sur le chemin. Au bout de plusieurs longs kilomètres, la route s’arrête. Elle reprend quelques centaines de mètres plus loin, mais entre deux, une rivière et un fossé nous empêchent de poursuivre. Nous ne souhaitons surtout pas faire marche arrière ! Les moustiques eux sont heureux, ça devait faire plusieurs mois qu’ils n’avaient eu personne à se mettre sous la trompe. Nous voilà donc à écarter un grillage déjà éventré, repousser le rouleau de fil barbelé à lames de rasoir et tracer un chemin à la machette (si si) pour rejoindre la ligne de chemin de fer juste au-dessus. Ligne que nous suivons en nous dépêchant entre deux trains pour enfin atteindre la route à proximité. Voilà un épisode qui a un petit goût d’aventure… et que l’on pourrait ranger dans la boîte des bons souvenirs s’il ne s’était pas reproduit plusieurs fois par la suite à quelques variantes près !

Heureusement comme pour notre arrivée sur KL, ces épisodes un peu éprouvants sont entrecoupés de rencontres touchantes. Par exemple, nous rencontrons par l’intermédiaire du réseau Warmshower Mar, jeune femme malaise d’une trentaine d’années. Comme 7 de ses 12 frères et sœurs encore non mariés, elle vit chez ses parents, chez qui elle accueille régulièrement des cyclotouristes étrangers pour discuter et apprendre de leur culture. Diplômée ingénieur, elle donne des cours particuliers, voyage ponctuellement à travers le monde pour des entreprises et des chercheurs qui lui confient des missions de recherche, et travaille sur son 3e livre. Le premier traitait de la Macédoine, où elle a passé un hiver dans un village de montagne, le deuxième de Singapour, dont sa mère est originaire. Elle prépare son voyage à vélo qui partira de Turquie et traversera l’Albanie, l’Azerbaïdjan et l’Iran… probablement seule. Cette jeune femme humble et d’apparence fragile nous impressionne. Malgré un contexte de vie qui paraît peu favorable, elle semble animée d’un esprit aventurier qui nous fait relativiser notre propre expérience… Une belle rencontre, que nous aurions aimé prolonger.

Pour l’anniversaire de Nadège, nous nous arrêtons à Malacca, ville multiculturelle qui a été occupée successivement par les hollandais, les portugais, les anglais, les japonais et chez qui vivent aujourd’hui les trois communautés malaise, chinoise et indienne… Cela en fait un site architectural assez différent de ce que l’on a pu voir ailleurs en Malaisie, d’ailleurs classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Petite pause bien agréable entre nos journées de pédalage.

Pour l’anniversaire de François, nous nous arrêtons dans la ville à la frontière de Singapour, où nous passons la journée dans un parc aquatique pour fêter les 15 ans du « grand ». Puis nous traversons la frontière (après deux longues heures d’attente dans la file des motos, le soleil à son zénith…) et découvrons la ville-pays qui nous surprend un peu. Alors que nous pensons trouver un espace urbain dense et bétonné, nous longeons de vertes avenues et traversons une jungle bien épaisse sur un sentier VTT pendant une dizaine de kilomètres. Pour ces derniers jours à l’étranger, nous sommes accueillis chez Christophe, collègue de Marc installé ici depuis quelques années. Il accueille aussi pour la semaine Benoît, collègue d’un autre labo toulousain. Transition en douceur vers le retour en France, les discussions alternent entre boulot et expérience à l’étranger. Nous arrivons à dégoter les 5 précieux cartons pour emballer nos vélos (d’autant plus précieux que le gérant nous les fait payer cette fois, mais pas moyen d’en trouver d’autres ailleurs) et nous préparons pour le dernier vol du voyage… entre excitation et nostalgie.

Publié dans: Blog

4 réflexions sur “Descente vers Singapour : dernière ligne (presque) droite

  1. Anonyme dit :

    Super article. Merci pour le voyage 🙂
    On compatit pour les galères routières à vélo…
    Profitez-bien de cette balade de santé en France, avec baguettes et fromages à profusion!
    Au plaisir de vous revoir !

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      • Amiot-Guenette Marie dit :

        Merci pour nous avoir fait vivre votre périple via ce blog.Bravo à vous et à tres bientòt sur Toulouse.
        Cousine, rive gauche de la Garonne

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