Thaïlande : c’est parti !

Après notre vadrouille japonaise, nous débarquons une nouvelle fois à Bangkok pour démarrer notre périple thaïlandais. Encore une fois, nous nous sentons écrasés par les températures qui frôlent les 40° et dont le ressenti est encore alourdi par une humidité collante. Quelques minutes à l’extérieur suffisent pour nous sentir dégouliner de partout. Nous avons besoin de beaucoup de motivation pour sortir de notre chambre climatisée et partir à l’assaut de la visite de la ville.

Heureusement de la motivation nous en avons, car notre calendrier de voyage colle avec celui de la famille Caudrillier (les Vélove) qui vient aussi de débarquer à Bangkok après plusieurs mois de découverte de l’Asie du sud-est à vélo. Partis en mai dernier, ils préparent leurs cartons pour rentrer à Madrid d’où ils partiront pour une dernière étape à vélo vers le Lot où ils résident. En attendant, ces quelques jours en commun à l’autre bout de la planète nous permettent de partager des moments fort sympathiques. Diane ira passer une journée complète en leur compagnie pour explorer un site original conçu pour les enfants, Kidzania : toute la journée, ils passeront d’atelier en atelier pour découvrir différents métiers, cabinet de vétérinaire, hôpital, et s’essaieront même au métier de magicien… Diane est intarissable le soir en rentrant et nous commente sa journée dans les moindres détails jusqu’à ce que le sommeil finisse par l’emporter, épuisée ! Le lendemain, nous partons avec Lalie et Esteban à travers les petites rues de Bangkok. Tout au long du chemin, les dames adressent aux parents des signes de félicitations pour avoir si bien travaillé à construire cette famille de 5 enfants, nous nous en amusons ! Au programme de la journée, visite d’un temple, pause lecture-plaisir à la bibliothèque de l’Alliance Française et petit plongeon en piscine. La famille Caudrillier doit ensuite repartir pour poursuivre son aventure en Europe pendant que nous reprenons la nôtre dans ce pays dans lequel nous nous sentons particulièrement… dépaysés.

Nous décidons de prendre le train pour sortir de l’agglomération de Bangkok, qui s’étend sur des dizaines de kilomètres et qui nous paraît difficile d’accès voire même dangereuse pour les cyclistes que nous sommes. Après 4h de train au cours desquelles nous recevons et échangeons fruits et biscuits avec les dames voisines, nous arrivons à Phetchaburi, à une centaine de kilomètres au sud de Bangkok. Nous arrivons de nuit, et sommes touchés par l’élan d’aide qui nous est apportée pour déplacer notre matériel, le charger dans des tuk-tuk et nous conduire jusqu’à notre auberge. De là, nous remontons les vélos et partons … enfin !

Nous descendons vers le sud dans la partie la plus étroite du pays. Nous suivons le golfe de Thaïlande à l’Est et longeons la frontière birmane à l’Ouest. La route est pratiquement tout le temps impeccable et entretenue, les bas côtés sont suffisamment larges pour nous protéger du trafic, même sur les grands axes. Quand nous le pouvons, nous prenons les petites routes parallèles et passons à travers des paysages formidables : rizières, forêts de cocotiers, de bananiers, d’hévéas… De notre regard glissant, nous observons la vie des habitants. Le long de la route, nous croisons des femmes préparant à manger sur des stands protégés du soleil (les thaïlandais cuisinent peu chez eux, mais achètent dans la rue des plats bon marché). Le linge est suspendu sur des cintres devant les maisons. Les maisons elles-mêmes sont colorées, en bois, souvent sur pilotis. Devant elles, se baladent un joyeux fouillis de fils électriques. Dans les jardins, nous entendons les coqs au plumage coloré et regardons avec amusement les poules -fines et hautes sur patte- baladant leurs poussins entre les bananiers et papayers. Les enfants n’ont pas école en ce moment, nous les voyons jouer devant les maisons. Nous croisons aussi les habitants à proximité de grands bassins oxygénés par des roues à aubes pour l’élevage de crevettes, ou près de longues planches recouvertes de tissus servant à sécher les poissons. Nous passons régulièrement à côté de villages de pêcheurs ; les ports rassemblant des bateaux de bois aux couleurs vives forment de magnifiques tableaux pour nos yeux d’étrangers.

Nous partons aux premières lueurs du jour, un peu avant 6h pour profiter de la relative fraîcheur du matin. Nous nous arrêtons en fin de matinée pour nous mettre à l’abri de la chaleur cuisante, ce qui finalement dégage pas mal de temps pour nous reposer, profiter et rattraper le retard pris sur le travail scolaire. Le repas du déjeuner signant l’arrêt du pédalage est presque chaque jour une fête, et nous avons du mal à nous forcer à commander autre chose qu’un Pad Thaï dont nous raffolons, en prenant soin de préciser « May Phet », pour limiter (mais pas complètement supprimer !) les surprises épicées.

Plus nous descendons vers le sud, plus nous comprenons pourquoi la Thaïlande est appelée le « pays du sourire ». Nous nous souviendrons en particulier d’une journée surréaliste où nous recevrons des signes amicaux tout au long de notre route, depuis les « Hallo ! » des enfants jusqu’aux sourires édentés des personnes âgées. Le matin déjà en partant, alors que nous sommes poursuivis par un chien agressif, un deuxième chien le rattrape et le soumet entre ses pattes jusqu’à ce que nous soyons tous passés. Cette scène insolite alimentera nos discussions pendant plusieurs kilomètres… Plus tard dans la matinée, après avoir été encouragés et félicités par de nombreux cyclos thaïlandais en entraînement sur la route, une équipe de cyclistes féminine nous interpelle à un stand de fruits et demande à nous prendre en photo, François a son petit succès ! Un peu plus tard encore, nous faisons un arrêt dans une ferme familiale de production de noix de coco pour répondre à leurs salutations amicales, et nous sommes surpris de recevoir en cadeau ananas et noix de coco avec des exclamations de joie et une chaleur humaine qui surpassent de loin les difficultés à communiquer dans nos langues étrangères. Encore un moment d’une grande intensité qui donne à réfléchir… Accueillerions-nous si chaleureusement l’étranger de passage ?

Évidemment, tout n’est pas toujours aussi facile. Les chiens sont particulièrement hargneux et nous causent régulièrement de belles frayeurs… Et puis, si nous acceptons progressivement la chape de chaleur qui nous écrase, nous vivons aussi quelques moments mettant nos nerfs à l’épreuve. Nous nous souviendrons en particulier de cette nuit où, accueillis généreusement par des moines dans un temple, nous avons du mal à trouver le sommeil à cause de chiens hurlant à la mort à quelques mètres du temple, recevant en écho les cris d’une meute un peu plus loin et ceux d’oiseaux bien décidés à s’opposer à la trêve nocturne. Enfermés dans nos moustiquaires, nous avons à lutter contre la chaleur, une armée de moustiques, un bataillon de fourmis et… une invasion de puces ! La tente des enfants, restée stockée à Bangkok pendant notre vadrouille nippone aura trouvé des conditions de température et d’humidité idéales pour en faire un lieu de culture à puces, attrapées on-ne-sait-où ! Une épreuve qui laissera des marques sur la peau des enfants pendant plusieurs jours !

Après plus de 400 km, nous arrivons donc dans la ville de Chumphon. En ce dimanche des Rameaux, si les chrétiens se préparent à entrer en Semaine Sainte pour célébrer la résurrection du Christ, les thaïlandais eux célèbrent leur Nouvel An, le Songkran. Trois jours de fêtes sont organisés dans tout le pays sous le signe de l’eau, car ces journées d’avril sont aussi les plus sèches de l’année. D’ailleurs ici, il n’a pas plu depuis mi-janvier, phénomène assez rare semble-t-il et nous comprenons que tout le monde a les mots de « changement climatique » à la bouche… Pendant trois jours donc, le pays vit sous le signe de l’eau purificatrice, ce qui donne lieu à de gigantesques batailles d’eau dans les rues. Pas de photos malheureusement quand Marc est pris dans l’une d’elle, car il valait mieux protéger les appareils à ce moment-là !

Ce dimanche soir, nous avons prévu de prendre le bateau de nuit pour Koh Tao, île du golfe de la Thaïlande connue par les amateurs de plongée pour ses fonds marins grouillant de vie. Malheureusement, le bateau reste au port en ce jour férié et nous devons trouver une autre solution. La solution, c’est le jeune et dynamique prêtre de la paroisse chez qui nous nous sommes arrêtés, qui nous l’apportera. En quelques coups de fil, il arrive à nous dégoter les tickets du prochain bateau et organise un transport auprès de ses paroissiens. En un tournemain, un pick-up est chargé avec tout notre matériel pour nous conduire à une trentaine de kilomètres vers un autre embarcadère, que nous n’aurions pas pu rejoindre en si peu de temps sous le soleil cuisant de la mi-journée. Hasard de rencontre et moment de générosité dont nous nous souviendrons, encore !

Au programme pour la suite donc : quelques jours sur les îles de Koh Tao et de Koh Samui, et baptêmes de plongée pour quasi-tous !

 

Par Nadège

Spot publicitaire

Ce dimanche 14 avril, M6 diffuse une émission de Zone Interdite sur les familles voyageant à l’autre bout du monde. L’équipe a suivi 3 familles, dont une en vélo : les VeLove Family. N’hésitez pas à aller y jeter un coup d’oeil, en espérant que le reportage aura capté l’essence du voyage à vélo et saura transmettre l’enthousiasme indéfectible de cette belle famille !

Christophe et Valérie sont partis en mai dernier du Lot avec leurs trois enfants : Lalie 10 ans, Esteban, 8 ans et Naïa 2 ans. Ils ont roulé dans les Andes, en Amérique Centrale et en Asie du Sud-Est et sont rentrés en Europe il y a quelques jours. Encore un petit mois de pédalage pour rejoindre le Lot depuis Madrid. Au compteur, plus de 10 000 km, rien que ça !

Nous les avions croisé avant de partir, lors d’un festival de cyclovoyageurs (La roue tourne à Roques sur Garonne, tant qu’à faire de la pub) par l’intermédiaire d’amis communs. Le hasard de nos itinéraires nous a permis de nous recroiser pendant quelques jours à Bangkok, article à venir (bon d’accord on a pas mal de retard dans le flux). En attendant, vous pouvez aussi aller voir leur blog, alimenté tous les jours et qui décrit avec beaucoup de simplicité et de justesse la formidable aventure humaine qu’ils ont vécue autour du monde… A bon entendeur !

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Petite virée japonaise

Il y a un peu plus d’un an, lorsque nous préparions notre itinéraire de tour du monde, le Japon s’est naturellement invité dans la liste. Les enfants voulaient découvrir ce pays que Nadège affectionne tant (stage étudiant de 6 mois il y a … quelques années) et qui a été la destination du voyage de noce de leurs parents. Et puis ils voulaient manger du sushi. Les parents ont eu beau leur répéter que les sushis ne sont qu’un des nombreux plats de la gastronomie nippone, il n’en démordaient pas.

C’est donc parti pour le Japon.

Pour réduire les distances à parcourir dans ce pays montagneux, nous prévoyons de ne visiter que deux régions, qui regorgent de temples, châteaux, musées et marchés (Osaka-Kyoto-Nara et Hiroshima). Et pour éviter d’avoir à subir un n-ième transfert des vélos en avion, nous décidons d’en louer sur place selon les besoins. Le Japon est un pays où le vélo est très présent dans les villes, généralement bien accessibles.

Notre vol depuis Sydney nous dépose d’abord à Bangkok où nous passons deux jours assez rudes, écrasés par la chaleur étouffante. Nous débarquons avec tout notre fatras chez Bob, warmshower qui a gentiment accepté de nous laisser stocker les vélos chez lui pendant notre vadrouille japonaise. Bob est écossais et enseignant dans une école privée de Bangkok où il vit avec sa famille depuis une dizaine d’années. Sa générosité étant sans limite, il nous donne un jeu de clé pour que l’on se sente libre de venir chez lui fouiller dans nos affaires quand on veut et nous propose de rester dormir chez lui le premier soir devant le refus du taxi thaïlandais à embarquer une famille de 5 dans sa voiture pour 4. Merci Bob !

Après un trajet assez long et une nuit presque blanche, c’est avec beaucoup d’excitation que nous débarquons sur le territoire japonais. Nous y sommes surpris par le froid de cette fin d’hiver. Les températures frôlent les valeurs négatives, et nous passons les premiers jours à marcher vite pour ne pas grelotter. Et puis surtout nous avions calé le calendrier de notre voyage pour pouvoir assister à la remarquable floraison des cerisiers, mais à notre arrivée, les bourgeons sont encore bien décidés à rester au chaud …

Qu’à cela ne tienne, il y a bien d’autres choses à apprécier au Japon ! Logés dans un 12 m² pendant une dizaine de jours à Kyoto (si, si), nous nous étonnons de notre capacité à supporter cette promiscuité sans dispute ni tension. Cela aurait été impensable au début du voyage ! Chacun prend sa place, chacun range ses affaires ou celle des autres pour dégager un maximum d’espace commun (parents lecteurs, c’est pas un argument pour faire un voyage au long cours ça ?). En revanche, si les enfants sont bien motivés pour découvrir la gastronomie japonaise et les multiples versions des boissons gazeuses dans les distributeurs installés tous les 50 m dans les rues, ils le sont moins pour visiter temples et musées ! Les parents décident de prendre un peu de temps seuls ou en amoureux pendant que les larves enfants font leurs devoirs profitent de cette parenthèse sédentaire.

A coup de treuil et d’arguments salés-sucrés, nous arrivons cependant à les sortir de leur grotte pour découvrir un petit bout d’histoire de ce pays singulier.

 

Diaporama spécial « Alimentation » parce que nous y avons porté beaucoup d’attention !

Nous louons ensuite une voiture pour Hiroshima, puisque l’intrépide Marc ne voit aucune difficulté à rouler à gauche sans savoir lire les panneaux. C’est surtout la solution la plus économique, les voyages en train ou même en bus dépassant les montants autorisés de notre budget. A Hiroshima, nous louons pour quelques jours une maison traditionnelle construite il y a 70 ans. Et 70 ans dans cette ville, ça a beaucoup de sens… Nous visitons le Musée du Mémorial pour la Paix et le parc attenant où sont dressées différentes statues dont le Monument de la Paix des enfants. Sur la rive d’en face, nous poursuivons la visite jusqu’au Dôme de Genbaku, l’un des rares bâtiments proche de l’hypocentre à ne pas s’être totalement effondré durant l’explosion. C’est aussi le seul bâtiment à ne pas avoir été rasé après-guerre… pour le souvenir. Visite instructive mais aussi émouvante ; nous sommes touchés par les témoignages et par les photos qui parlent d’elles-mêmes. Nous essayons de comprendre comment l’homme peut en arriver là et comment l’histoire peut essayer de lui donner raison… En repartant, ce n’est pas tant le message des japonais associé à la visite qui nous marque : « plus jamais ça ». Mais c’est plutôt la prise de conscience que la paix que nous vivons est si fragile… Cet état de paix que nous ignorons, par habitude…  Nous en sommes pourtant les garants. Cette visite nous rappelle la double nécessité de l’apprécier et de contribuer -à notre hauteur- à ne pas la ternir.

Nous descendons le lendemain à une trentaine de kilomètres au sud pour rejoindre en traversier une île sacrée pour les japonais. Sur cette île se trouve un sanctuaire shinto (même si le bouddhisme n’est jamais loin) composé de nombreux bâtiments construits il y a près de 1500 ans. C’est aussi là que l’on peut voir l’emblématique « Porte sur l’eau ». Pour la famille c’est un moment émouvant car c’est ici que nous avons pris le fameux cliché annonçant à la famille qu’une crevette s’était nichée au fond du ventre de Nadège… il y a plus de 15 ans. La crevette a bien grandi, tout comme la famille !

Nous repartons donc pour Bangkok pour retrouver nos montures et prendre du même coup 30 à 40 degrés sur la tête.

Le Japon est un pays fascinant. Fascinant, parce que la complexité des codes sociaux en font un véritable jeu de piste, basé sur des règles de respect des règles et du groupe. Fascinant aussi parce que les japonais sont plutôt d’une approche réservée mais sont souvent généreux, comme ce monsieur qui a passé un bon quart d’heure à nous guider vers notre arrêt de bus. Voyant nos mines perplexes dans la rue, penchées sur les téléphones sans connexion internet ni géolocalisation (oui, on est bien à l’air de l’homo sapiens 2.0, le sapiens en moins), il s’est spontanément arrêté pour nous offrir son aide, sans prononcer un mot d’anglais. Ou comme cette dame qui s’est assis à côté de nous sur un banc dans une rue commerciale. Après avoir un peu échangé sur notre journée, elle offre des bonbons aux enfants et des chaufferettes à glisser sous les vêtements pour avoir moins froid.

Le Japon est aussi fascinant pour sa capacité à faire entrer la nature dans son cadre de vie et c’est probablement ce qui avait tant touché Nadège lors de ses précédentes visites. Le quotidien peut être facilement éclairé par la vision de scènes éphémères, comme des tableaux savamment composés : quelques pots de fleurs printanières disposés avec soin dans une ruelle, la lumière orangée d’un coucher de soleil sur un toit dont la courbe appelle à la rêverie, le jardin simple mais bien entretenu d’un temple entre deux immeubles, la branche d’un pin élégamment taillée au-dessus d’une palissade… Jeu de courbe, de couleur, de lumière, de surface… L’ensemble de l’environnement peut devenir prétexte à saisir les choses profondes dans des petits détails. Avec une maîtrise inégalée du sens de l’esthétique et du fonctionnel, le pays offre au promeneur de multiples plaisirs pour les sens… qui est peut-être à mettre en lien avec son histoire chargée d’hédonisme.

Et c’est là que nous sentons notre regard évoluer depuis notre dernière visite il y a 15 ans. Nous sommes frappés par cette société d’abondance qui contraste tant avec la culture minimaliste composant sa deuxième facette. Que de magasins de broutilles, que de réclames dans les rues, que de stands alimentaires au packaging savamment étudié ! Dans des galeries en sous-sol, dans les rues, dans les étages, les villes sont chargées de commerces et d’acheteurs pressés. Et malheureusement, cette culture du consommable s’associe à une omniprésence du plastique. Impossible d’emporter à manger sans emballage sur-emballé. Les sacs plastiques sont encore largement distribués dans les magasins. Lorsque Marc en refuse un à la caisse, le jeune homme lui répond : « Mais c’est gratuit ! ». La France n’était pas en reste il y a quelques années, mais c’est d’une autre ampleur ici et nous ne pouvons pas nous empêcher d’être surpris. Dans le même temps, nous notons un changement en nous baladant dans les rues de Kyoto. Alors qu’il y a 15 ans, les kimonos et yukatas étaient portés par les dames un peu âgées (et les geishas à touristes ; nous n’en avons pas vu une seule cette fois-ci), ils sont aujourd’hui principalement portés par de jeunes adultes de 20 à 30 ans, hommes et femmes. Il semblerait que pour certains, il s’agisse d’un moyen de lutter contre les tendances de la mode qui impose d’acheter compulsivement de nouveaux vêtements à chaque saison. Le yukata est moins « démodable » et peut même être confectionné à la maison…

Les enfants sont eux dérangés par la manière dont certains animaux sont traités. Dans le parc de Nara, qui pourtant regorge de touristes nippons et étrangers enthousiastes, les centaines de cerfs en liberté sont gavés de gaufres achetées par les badauds aux vendeurs ambulants. Ils sont écornés, et les traces de sang sur les moignons indiquent que la coupe atteint souvent la matrice, probablement douloureuse. Dans le parc aquatique de Kyoto, un spectacle de clowns surexcités avec des dauphins rappellent nos plus tristes et pathétiques cirques.

Si l’on rajoute à cela la pornographie à tous les étages, y compris à hauteur d’enfants dans les superettes… Notre regard d’adultes et de parents s’ouvre davantage sur la  complexité de ce pays tenaillé par ses contradictions, entre minimalisme et abondance, entre tradition et modernisme, entre maîtrise de soi et une certaine violence sous-jacente, entre plaisir immédiat et le poids de ses conséquences… Un pays qui ne laisse pas indifférent et qui nous amène à réfléchir à nos propres contradictions.

Malgré ce regard un peu plus nuancé, nous restons toujours aussi fascinés par ce pays. Cela restera l’un des très beaux moments de notre voyage. François et Diane parlent d’ailleurs d’y revenir, « pour leurs études et sans les parents ! ». Affaire à suivre !

 

Par Nadège

 

Australie : histoire de paons et de Gremlins

Pour Nadège, la courte nuit précédant notre départ en Australie est peuplée de serpents et d’araignées velues s’introduisant dans notre tente et se nichant dans nos chaussures (véridique !). Les pires craintes refont surface. Notre vol n’est malheureusement pas retardé. Nous arrivons à bon port à Sydney, toujours un peu incertains de notre trajet à vélo pour les deux semaines de notre séjour.

Deux semaines, c’est particulièrement court pour démarrer une aventure à vélo. Nous ne perdons pas de temps et à notre sortie de l’aéroport de Sydney, nous remontons nos montures et cherchons la voie cyclable permettant de passer au-dessus de l’autoroute. Évidemment, nous ne passons pas inaperçus, et un employé de l’aéroport en cravate vient vers nous et nous donne toutes les indications pour sortir du labyrinthe. Il nous aide à soulever les vélos chargés pour passer quelques obstacles et nous donne des conseils avant de repartir : « Faites attention sur la route, les conducteurs australiens ne sont pas forcément très sympathiques avec les cyclos... ».

Pour notre première nuit australienne, nous sommes accueillis par Judy, qui a été la famille hôte d’Aurélie (la marraine de Diane) quand elle était étudiante. Nous enchaînons donc 25 km vers le nord de Sydney dans une circulation difficile, empruntons le fameux « pont du port », goûtons aux premiers reliefs de la ville en nous arrêtant régulièrement pour nous abriter de la pluie.

Après une nuit réparatrice, nous reprenons notre route. Ayant déjà fait 25 km vers le nord, nous décidons de poursuivre notre route dans cette direction en longeant la côte et ses mythiques plages de surfeurs. Nous sommes régulièrement arrêtés par des passants qui nous demandent d’où l’on vient et où l’on va. Comme nous n’avons pas trop idée de notre destination finale, nous leur répondons « vers le nord », suscitant des regards admiratifs et des exclamations amusées : « ouah, you must be adventurous ! » ou « Crazy French people! ». Évidemment, c’en est assez pour réveiller le paon qui sommeille en nous, nous sentons la singularité de ce type de voyage ! Heureusement les côtes courtes mais sévères sont là pour mater l’animal et nous rappeler notre fragile condition. La côte Est du pays est sérieusement bosselée même en longeant la côte, et le redémarrage à vélo est un peu douloureux après un mois en Nouvelle-Zélande de vacances pour nos muscles. Nous sommes parfois obligés de descendre et de pousser nos lourdes montures. Le front pluvieux a du mal à passer, et nous devons nous abriter dans les abribus pour laisser passer les averses les plus fortes.

L’Australie est bien plus chère que ce que nous pensions, même en dormant en camping. Pour la première fois du voyage depuis le Canada, nous faisons jouer le réseau Warmshower et nous ne le regretterons pas ! Nous faisons de formidables rencontres, souvent de couples dont les enfants sont partis. Nous passons de très chouettes soirées avec eux, nous discutons beaucoup, prenons un verre, jouons aux cartes… Non seulement nous sommes accueillis à chaque fois comme des rois (ah le luxe du matelas quand on voyage à vélo !), mais nous avons en plus l’impression de partager des moments plein de sincérité, d’intérêt mutuel. Des rencontres qui vont au cœur. Nous arrivons d’abord chez Deb et Rod. Rod tient un commerce de locations de vélos, il jette un coup d’oeil à nos machines et s’empresse d’apporter quelques réparations et ajustements sur les montures quelques peu délaissées et rapidement remontées à l’aéroport. Nous passons une longue soirée à discuter du pays, des espèces d’oiseaux que nous allons probablement croiser, du cas aborigène, du sentiment d’appartenance à une culture etc… Marg et Rob eux sont médecin et comptable. Ils sont très actifs et sportifs. Marc passe aussi avec eux une longue soirée de discussion pendant que Nadège et les enfants récupèrent dans les bras de Morphée. Chez Dianne et Wyanne, nous dînons sur la terrasse avec une vue imprenable sur un golfe. Au coucher du soleil, les enfants vont marcher dans le petit bosquet d’eucalyptus qui jouxte leur jardin et c’est encore une fois les yeux de lynx de notre Diane qui aperçoivent un koala perché dans l’un d’entre eux à quelques mètres de nous. Nous avons de la chance apparemment, car il est rare aujourd’hui d’apercevoir des koalas en milieu naturel. Nous rencontrerons bon nombre de personnes par la suite qui nous avoueront n’en avoir jamais vu hormis dans des zoos. Dianne et Wayne sont des hôtes formidables, cyclo confirmés. Le lendemain matin, ils nous accompagnent jusqu’au ferry à une dizaine de kilomètres et attendent le départ du bateau pour repartir. Nous les reverrons quelques jours plus tard sur la route : prétextant vouloir faire une rando vélo sur un sentier du bush que nous venons d’emprunter, ils nous rapportent les sacs à viande oubliés dans un coin dans leur salon. Nous espérons sincèrement tous les recroiser en France ou ailleurs !

Sur le chemin, nous serons aussi accueillis à Palm Beach par Rowan, chez qui nous allons frapper en espérant pouvoir bénéficier d’un coin de jardin pour planter les tentes. Nous devons prendre un ferry le lendemain et il n’y a aucun camping ou hôtel bon marché dans ce coin huppé du nord de Sydney, célèbre pour la sérié télévisée qui y a été tournée pendant des années. Coïncidence ou pas, Rowan est content d’ouvrir sa porte à une famille française alors que sa fille est elle-même installée à Paris avec ses petits-enfants, et que sa femme est en visite là-bas. Encore une chouette rencontre qui nous confirme le sens de l’hospitalité australien !

D’ailleurs nous sommes étonnés du nombre de personnes australiennes ayant déjà visité la France. Toutes en gardent de bons souvenirs et souhaitent y retourner un jour. Il y a probablement un biais d’échantillonnage dans notre observation, mais quand même… Alors que nous nous arrêtons dans un magasin de vélo pour changer le câble de vitesse de François, Al, le réparateur, prend le temps de discuter avec nous et de nous montrer quelques photos sur son téléphone portable. En fond d’écran, la vitrine du fleuriste de Quincampoix, commune normande qui a vu grandir le célèbre Jacques Anquetil. Dans son répertoire de photos, le PMU, la place du village, la boulangerie… Au bout de 7 mois de voyage hors-frontière, nous ressentons naturellement un peu de nostalgie à la vision de ces lieux bien français. Nous avons hâte de rouler chez nous ! Al nous offre la réparation (il y a passé presque une heure en changeant d’autres câbles au passage) et nous propose de venir dormir chez lui le soir même. Invitation que nous refusons avec beaucoup de regret car nous ne nous sentons pas de finir la journée en franchissant les vilaines côtes qui nous séparent de son domicile…

Chaque jour ou presque, nous profitons des magnifiques plages de la côte. Tant que possible, nous privilégions les endroits surveillés. Les courants sont puissants, les rouleaux suffisamment formés pour écraser Marc et François qui s’en amusent, et les requins finalement pas très loin…

Un peu plus au nord, nous devons passer par une réserve protégée, dont le sentier est à peine marqué sur Maps.me. L’autre voie nous obligerait à faire un détour de 80 km et à passer sur l’autoroute, un jour de week-end chargé de voitures prenant la direction des plages. Nous ne sommes pourtant pas certains de circuler facilement sur ce sentier au plein cœur du bush australien. Les informations que nous récoltons sont contradictoires. Nous prenons quand même le risque. Arrivés à proximité la veille, nous rencontrons deux jeunes gaillards d’une trentaine d’années, bière à la main, rangers aux pieds, barbecue prêt à envoyer de la bidoche, accent à couper au couteau. Pendant qu’ils nous remplissent généreusement notre outre à eau pour recharger les stocks, nous les interrogeons sur le fameux sentier :

Ouais, je connais bien ce sentier, j’y allais souvent quand j’étais petit, mais il a été fermé en 2005, il n’est pas entretenu depuis…

Ah bon ?

Surtout, faites attention aux serpents. Si vous en croisez, laisser les passer, ils ne vous attaqueront pas si vous les laisser tranquilles.

OK.

Si vous vous faites morde par nos fourmis géantes, faites chauffer de l’eau, et appliquez sur la morsure le plus chaud que vous pouvez supporter, ça vous soulagera…

OK.

Les dingos… Normalement ça devrait aller, mais bon… je ne laisserais pas des enfants tout seuls, dit-il en jetant un œil à Diane…

OK.

Vous savez, ça va être les 20 km les plus longs de votre vie !

Ah bon ?

Le lendemain matin, nous partons en formation serrée : « Les enfants, on ne vous le cache pas, ça peut être difficile et dangereux, on reste groupé« . A peine deux heures plus tard, nous avons franchi les 20 km de sentier largement praticable dans un paysage sec et broussailleux. Nous avons croisé deux goannas, longs lézards qui pullulent dans la région, et sommes presque déçus de ne pas avoir fait d’autres rencontres. « Crocodile Dundee, c’est rien qu’une Géraldine à côté de nous« , claironne le paon qui a repris du service.

Nous poursuivons notre route vers le nord. Certaines portions sont inconfortables. Les bas-côtés sont étroits, quand il y en a. Les voitures circulent vite et ne prennent pas toujours la peine de s’écarter. Nous ne pouvons pas décrocher Diane du vélo de Marc, c’est trop dangereux. Nous observons que l’australien est en fait… un Gremlin. Particulièrement sympathique et chaleureux quand nous les croisons dans la rue, toujours prêt à nous renseigner, quitte à passer des coups de fils pour nous aider. Mais quand on le plonge dans une voiture et qu’on lui donne du kilomètre à manger, il se transforme en une bête peu aimable au klaxon facile, n’accordant aucune priorité aux voyageurs fragiles que nous sommes. A plusieurs reprises, nous avons des frayeurs et pestons contre une voiture passée bien trop près de nous. De manière générale, les pistes cyclables sont peu fréquentes et les infrastructures pas forcément recommandées pour des voyageurs qui se déplacent autrement qu’en voiture. A l’image du train que nous devons prendre pour rentrer à Sydney, qui ne dispose que de 5 places de vélos, à condition que ceux-ci soient emballés dans un carton ! Branle-bas de combat pour démonter les vélos et tout faire rentrer en 30′ dans les cartons que l’agent de gare arrive à nous dénicher. Avec deux trains par jour sur un axe économique pourtant important de la région, nous ne voulons pas manquer le nôtre. Arrivés à la gare de Sydney, re-déballage, remontage des vélos que nous devrons de nouveau démonter deux jours plus tard pour prendre l’avion. Un peu trop de bricolage à notre goût, mais nous devenons des pros !

Ce train nous le prenons à Taree, un peu plus au sud que ce que nous avions projeté de faire au cours du trajet. Pourquoi ? Parce qu’en partant d’une pause déjeuner, une voiture s’arrête devant nous sur le bas-côté. C’est Billy, Warshower que nous avions contacté quelques jours plus tôt à notre passage du côté de Newcastle. Très gêné de ne pas avoir eu le temps de nous répondre, il nous propose de venir dormir dans la maison qu’il loue près de la plage pour ses ouvriers et lui le temps d’un chantier. L’activité étant un peu basse, la maison est quasi-vide. Nous nous interrogeons… Ce n’est pas du tout sur la route et cela veut dire que nous interrompons notre trajet un peu plus tôt que prévu… mais pourquoi pas ? C’est la magie du voyage ! Encore une belle soirée passée en compagnie d’une personnalité attachante…

Après plus de 400 km de route, nous voici donc de retour à Sydney. Nous prenons le temps de visiter les quelques lieux phares de la ville avant de nous embarquer pour la dernière partie de notre voyage : l’Asie… Nous en avons l’eau à la bouche !

Petit bonus animalier :

Par Nadège

Nouvelle-Zélande : easy !

Notre décollage de New-York nous avait laissé un arrière-goût amer lors de notre précédent embarquement avec les vélos. Nous avions trouvé l’épisode désagréable. Nous sommes un peu tendus cette fois-ci et résignés à ce qui nous attend. Nous prenons le temps de tout ranger et de tout nettoyer d’autant plus que nous savons les douanes néo-zélandaises particulièrement vigilantes en matière de bio-sécurité. Les bagages des passagers sont très régulièrement fouillés pour éviter la contamination de leurs îles par des espèces végétales ou bactériennes étrangères. Finalement tout se déroulera avec une simplicité presque suspecte : nous ne payons pas de supplément pour les vélos alors que nous partons avec la même compagnie que la fois précédente, nous n’avons pas de retard pour notre premier avion, nous passons nos 12h30 de vol au-dessus du Pacifique sans trop de fatigue et nous récupérons tout notre matériel à bon port à Auckland. La dame de la douane est bien sympathique et nous remercie pour l’état de propreté de nos vélos, car c’est à elle de nettoyer le matériel quand il n’est pas suffisemment propre et c’est un exercice qu’elle n’apprécie pas trop… Entrée en Nouvelle-Zélande : checked.

Cette fluidité du voyage, nous aurons l’impression de la vivre pendant tout le mois qui suivra. D’abord parce que nous avons décidé d’abandonner lâchement nos vélos pour un transport motorisé. Nous avions vraiment envie de visiter le territoire, et les paysages bosselés associés à un risque important de pluie à cette période réduisait considérablement la portée de ce que nous pouvions voir sur les deux grandes îles.  Dans un accès de conscience, nous demandons s’il est possible de changer la voiture réservée à la hâte sur internet (voir post précédent) par un véhicule nous permettant d’embarquer les vélos. « Pas de problème, je vois voir s’il y a un véhicule disponible« , nous répond l’aimable jeune homme au comptoir. Nous nous mettons alors en quête d’un porte-vélo qui nous permette d’accrocher nos cinq montures. Nous nous arrêtons chez un concessionnaire de voiture et la dame de l’accueil, après avoir passé quelques coups de fils, nous dirige vers un magasin de sport qui nous a mis de côté une barre arrière pour un prix raisonnable. Trop simple… Nouvelle-Zélande, nous allons t’aimer !

Pour ne pas avoir à en chercher d’autres au retour, nous laissons nos cartons de vélo chez les Dagonneau, famille française résidant à Auckland depuis quelques années, que nous rencontrons par l’intermédiaire de la famille Bru. Puis nous partons pour 3 bonnes semaines de vadrouille à travers l’île du Nord. Nous commençons par la presqu’île de Caramandel, où nous allons crapahuter à quatre-pattes dans l’eau d’une grotte obscure pour nous émerveiller devant des plafonds magnifiquement étoilés de vers luisants. Nous allons randonner, nous baigner dans l’océan, dans les rivières, dévaler des dunes de sable géantes. Nous allons visiter d’impressionnants sites géothermiques du côté de Rotorua : geysers fumants, boues de pétrole, sources chaudes, bassins sulfurés…

Nous révisons notre classique en vidéo et descendons jusqu’à Hobbiton où nous lâchons quelques (en fait beaucoup !) de dollars pour en savoir plus sur l’envers du décor du film mythique « Le Seigneur des Anneaux ».

Nous nous arrêtons quelques jours à proximité du lac Taupo et des superbes volcans Tongariro, Ruapehu et Ngauruhoe. Nous logeons chez Zita, Jérôme et leurs deux filles, famille française aussi installée en Nouvelle-Zélande depuis presque 20 ans. Jérôme est conservateur au DOC (Department of Conservation), agence gouvernementale en charge de la protection de la nature. Il travaille en particulier sur la protection du kiwi, l’oiseau emblématique du pays sérieusement menacé sur l’ensemble du territoire. Nous passons un très agréable séjour en leur compagnie. Les enfants s’entendent à merveille, leur maison et leur jardin ressemblent à un petit coin de paradis, nous en apprenons beaucoup sur le pays lors des agréables soirées passées avec eux.

Le dernier jour, Zita propose de passer la journée avec les enfants (pour faire des tartes aux fruits du jardin) pendant que les parents font le fameux « Tongariro Alpine crossing », l’un des « plus beaux treks du monde sur une journée ». Pour des raisons tordues de logistique, nous décidons de démarrer le trek chacun à un bout, Nadège dans le mouvement de la foule, Marc à contre-sens. Nous nous retrouvons le midi pour déjeuner en amoureux au bord des lacs Emeraude, et nous poursuivons la route chacun de notre côté, retrouvant pour quelques heures une douce solitude après ces 180 derniers jours et plus passés ensemble. Le trek traverse de grandes plaines désertiques, serpente sur un terrain volcanique encore actif, passe près de crevasses ouvertes comme des cicatrices dans les formations rocheuses, longe des sources brûlantes et des éperons fumants puis descend de l’autre côté dans la vallée pour terminer dans la forêt (ça c’est dans le sens habituel). Mais 1100m de dénivelé, c’était un peu gentillet, Marc décide de s’en rajouter 600 et d’aller faire une pointe en courant au sommet du mont Ngauruhoe, volcan mythique du Seigneur des Anneaux (le mont Doom pour les amateurs), où il renonce finalement à plonger son alliance dans le cratère… 😉 Le trek mérite bien sa réputation. Les paysages sont à couper le souffle, les photos parlent d’elles-mêmes.

 

Petit coup de mou après 6 mois de voyage en itinérance. C’est un peu dur de repartir après cette pause de quelques jours où nous n’avons pas eu besoin de planter les tentes, de préparer notre popote du soir au réchaud, de nous doucher à l’eau froide, de préparer la suite du voyage chaque jour…

Nous continuons notre descente de l’île du Nord et arrivons du côté de l’agréable capitale Wellington. La facilité à nous déplacer nous permet d’écumer les musées, nous faisons le plein d’informations sur le pays, sur les sciences, sur un peu tout et n’importe quoi. Nous nous régalons, car le pays regorge de sites gratuits ou à bas prix.

A Wellington, nous apprenons que le ferry pour passer sur l’île du Sud est complet pour plusieurs jours.  En même temps, nous sentons que nous ne voulons pas nous imposer 2000 km de voiture supplémentaires pour suivre le parcours des touristes pressés par le temps, voulant rentabiliser -à juste titre- leur voyage à l’autre bout du monde en remplissant leurs journées et leurs souvenirs d’images spectaculaires de glaciers, de montagnes et de landes à perte de vue. Revenant d’Amérique du Sud, nous avons déjà eu cette chance d’en avoir pris plein les yeux. Le voyage à vélo nous a donné le goût de la lenteur, et nous préférons passer le temps qu’il nous reste à nous balader sur l’île du Nord pour la sentir un peu mieux encore, car nous l’apprécions… Nous remontons du côté de Napier et enchaînons quelques randonnées à vélo au milieu des vignobles et des vergers de pommiers. Nous passons par Taupo et longeons en voiture la rivière Waikato quasiment jusqu’à Auckland. De retour là-bas, Marc en profite pour aller visiter le labo d’un de ses collaborateurs de travail récemment installé. Nous passons notre dernière soirée néo-zélandaise en compagnie des Dagonneau, qui nous reçoivent comme des rois. Décollage le lendemain matin pour l’Australie !

Ce séjour en Nouvelle-Zélande sera probablement l’un des passages préférés de notre tour du monde, pour toute la famille. Bon il est vrai que nous nous serions bien passés des sandflies que nous avons cherché à fuir quasiment tous les jours (petits moucherons dont les piqûres démangent terriblement). Mais dans l’ensemble, nous avons apprécié la douceur du pays, la simplicité à y vivre en tant que visiteurs, la qualité et la propreté des infrastructures, la grande variété des sites d’intérêt, leur mise en valeur et leur entretien. Au delà de cette vision touristique, nous avons aussi été intrigués par l’effort visible du peuple néo-zélandais à vouloir construire une culture commune, dont ils se sentent fiers. Nous sommes restés trop peu de temps pour être exposés au verso de l’histoire, mais nous avons été surpris de la manière dont les cultures maorie et occidentale s’entremêlent, donnant à l’ensemble une cohérence convaincante. Et si nous comprenons que le tableau n’est pas parfait, nous trouvons remarquable cette capacité à vouloir « tendre vers le mieux ». Un peu à l’image du système éducatif, assez éloigné du nôtre, qui a pour mission première de donner aux enfants confiance en eux. Pas de notes, pas de devoirs, pas d’évaluation nationale, peu de matières imposées (anglais et maths en gros). C’est à l’enfant de cultiver sa curiosité en choisissant des activités selon ses centres d’intérêt. Les enfants travaillent par période (souvent mensuelle) sur un projet choisi. L’évaluation individualisée met plus l’accent sur la réflexion que l’enfant a montré au cours du travail que sur le contenu final, à grand renfort de « wonderful » et « amazing », qui peuvent paraître exagérés mais qui participent sûrement au fait que la grande majorité des enfants adorent aller à l’école ici. Les enfants ne sont d’ailleurs pas nécessairement classés par groupe d’âge mais par niveau d’apprentissage. Les écoles et les enseignants ont une grande liberté sur les contenus des enseignements, adaptables au profil culturel des enfants. Cela peut évidemment paraître un peu léger avec notre vision de français, et en effet, le niveau théorique semble inférieur à celui que l’on connaît en France, au moins en maths dans les établissements publics. Il est probable que ce système ne convienne pas non plus à tous les enfants, qui parfois ont besoin d’être un peu encadrés voire poussés… Cela pose aussi bien d’autres questions en terme d’égalité à l’échelle du territoire, d’évaluation etc… Toutes ces problématiques que nous connaissons bien chez nous. Et pourtant, cela mène à réfléchir… Pour caricaturer, qu’est ce qui est le plus important, être bien dans ses baskets ou avoir une tête bien remplie ? Nous ne nous risquerons pas à donner de réponse à l’emporte-pièce. Aucun système n’est parfait, et en tant qu’enseignants par intérim cette année, nous comprenons que le métier est loin d’être facile ! Les enfants n’ont jamais été aussi contents de retrouver leur école et leurs « vrais » enseignants l’année prochaine !

 

Par  Nadège

 

 

 

 

L’amérique du sud, c’est…

Dans nos souvenirs, l’Amérique du Sud ce sera :

  • L’ingéniosité inca et des peuples indigènes, encore visible en visitant le riche patrimoine péruvien, ses cités, ses musées…
  • Le « dulce de leche » tartiné au petit-déjeuner ou dans les gâteaux et pâtisseries (confiture de lait)
  • Les déserts de sable et de sel, ou l’impression d’être plongé dans l’immensité de paysages arides majestueux…
  • Le contraste de la sécheresse des déserts en Bolivie et de l’humidité en Patagonie
  • Les petits pains ronds « amasado », de plus en plus moelleux à mesure de notre descente vers le sud
  • Les jupes et les vêtements colorées des femmes : du rouge, du vert, du bleu, du jaune. Les jupes sont épaisses, doublées, gonflées, tournoyantes quand elles dansent…
  • Les chapeaux de ces messieurs-dames : des ronds, des plats, des bérets, avec ou sans bandeaux de tissu, avec ou sans pompons… Chaque forme de chapeau marque l’appartenance de la personne à un groupe social ou à une ethnie.
  • Les couvertures épaisses et lourdes qui s’accumulaient sur nos lits dans les auberges. Tellement lourdes que nous ne pouvions parfois plus bouger !
  • Les klaxons de voiture de moins en moins bruyants à mesure que nous descendions vers le sud : un coup pour nous prévenir, deux ou trois coups pour nous encourager !
  • Les petites touffes de graminés qui tapissent l’altiplano (et qui nous piquent le popotin lors des pauses-vidanges…)
  • Les feuilles de coca mangées seules ou infusées en maté, qui nous ont (peut-être) soulagé au début de notre voyage. Les bouches édentées dont les gencives et les lèvres sont noircies par la consommation de ces feuilles, notamment chez les personnes âgées rencontrées en chemin
  • Le sourire des boliviens et leurs yeux pétillants de bonne humeur
  • Les chiens de différentes tailles, couleurs, âges, états de propreté… qui ont parfois sérieusement fait monter notre niveau d’adrénaline lorsqu’ils déboulaient de nulle part en aboyant sauvagement et en poursuivant nos montures
  • La pauvreté parfois très visible des personnes rencontrées, le contraste important de niveau de vie dans un même pays
  • Le choclo (maïs) à toutes les sauces et de toutes les couleurs, du jaune, du blanc, du rouge, du violet…
  • Les maisons en adobe sur l’altiplano
  • Les douches électriques aux branchements parfois hasardeux
  • Les familles travaillant dans les champs avec de petits outils, des charrues tirées par des boeufs, ou à la main. Toutes les générations sont à l’oeuvre, même les personnes âgées. Sur l’altiplano, la culture et l’élevage sont souvent réalisés à l’échelle familiale, de manière respectueuse de la terre. Pachamama, la « Terre Mère » est encore une divinité importante dans la culture andine, à qui l’on rend hommage très souvent. Nous n’avons pas vu beaucoup de tracteur ni entendu parler d’engrais ou d’insecticide… Le modèle agricole est différent au Chili.
  • Les pistes de sable redoutées, qui nous contraignaient à pousser nos lourds vélos
  • Les almuerzos, surtout au Pérou, repas complets très bon marché composés d’une soupe, d’un plat et parfois d’une boisson.
  • Les « tiendas », petites épiceries plus ou moins achalandées, dans lesquelles nous étions quasiment sûrs de trouver du soda, des crackers, des pâtes et du thon en boîte (mais pas forcément des fruits ou des produits frais)
  • Les lamas, alpagas, vigognes, guanacos, vautours et tous ces animaux que nous ne croiserons pas souvent ailleurs…
  • Les rivières de Patagonie près desquelles nous avons fait de longues pauses, munis de notre canne. La malice des poissons qui nous faisaient l’affront de sauter à quelques mètres de l’appât…
  •  Le ciel étoilé et dégagé de l’hémisphère sud : la voie lactée bien marquée, Orion, la Croix du sud…
  • Les sandwiches quotidiens pain-thon-mayo(-avocat)(-banane)
  • La poussière des pistes qui brunissait nos vêtements et nos gants de toilette
  • Les chats et chatons que Diane dénichait à chaque arrêt, avec 1 ou 2 yeux, avec 3 ou 4 pattes, avec ou sans puces…
  • Les fanfares des écoles et associations pour s’entraîner ou pour célébrer on-ne-sait-pas-toujours-bien-quoi…
  • Les rires des vendeuses de rue entre elles à notre passage au Pérou et en Bolivie
  • L’attendrissement des adultes pour les jeunes enfants qui se font chouchouter. Au delà de 10 ans la magie s’estompe, dommage pour Pauline et François !
  • Les carrés de chocolat « Sublime » qui ont coloré nos pauses et nous ont donné de l’énergie !
  • La gestion malheureusement approximative des déchets et des évacuations des eaux usées dans beaucoup d’endroits
  • La grande… flexibilité des gens rencontrés dans pas mal de situations au Pérou et en Bolivie : il n’y a pas de problème, que des solutions !

 

Par tous

En descendant la Patagonie

carte carretera

En vert, c’est le vélo, en bleu, le bateau et en noir, c’est du bus, en deux fois.

Lors de notre vadrouille familiale, nos vélos nous ont attendus bien sagement à la maison des volontaires de la ferme où nous avions wwoofé avant Noël, à 30 km du début de la carretera australe. En repassant les chercher, nous rencontrons Paul, jeune étudiant français en césure qui vient d’arriver pour un mois de wwoofing, après l’avoir expérimenté en Equateur et avant de partir pour l’Argentine.

Le lendemain matin, nous devons ré-enfourcher nos montures, mais nous partons d’un pas hésitant : la pluie est revenue. Nous roulons néanmoins jusqu’au prochain port à une quinzaine de kilomètres pour prendre le premier ferry de la route australe. En effet, la route australe est interrompue trois fois dans son mode routier et relayée par des traversées en ferry, qu’il faut réserver au préalable. La carretera australe, appelée jusqu’à peu le « sentier Général Pinochet » a été l’une des grandes réalisations initiées sous le régime militaire pour relier les différentes régions de Patagonie, jusque là très isolées. Plus de 10 000 soldats participèrent à la construction, en traçant la voie à travers les forêts vierges, les montagnes et les roches glaciaires. Terminée en 2000, elle s’étend sur plus de 1200 km de Puerto Montt au nord à Villa O’Higgins au sud, faisant le bonheur des cyclovoyageurs qui la parcourent à travers des paysages fantastiques.

La route étroite n’est pas goudronnée sur la totalité de son parcours. De grandes sections sont encore en « ripio », une piste de graviers plus ou moins tassés par le passage des voitures. C’est aussi le cas des routes latérales quand il y en a, comme celle que nous prenons à la sortie du premier traversier. Cette route longe la côte en passant par de jolis villages de pêcheurs. Nous l’empruntons et profitons d’une demi-journée d’un temps radieux qui nous permet d’apprécier la subtilité du jeu de lumière sur l’eau. Nous avons une pensée pour notre oncle Olivier qui pourrait probablement y passer des heures avec son appareil photo ! Nous apercevons des otaries et des dauphins au large. Encore une fois c’est Diane qui les repère en premier. Nous en rigolons d’ailleurs entre nous, comme cette fois où nous faisons une pause sur une plage de sable noir : « Diane, tu nous appelles un de tes copains ? Un pélican ou une otarie ce serait pas mal, mais si c’est un dauphin, c’est mieux… » Une minute plus tard, Diane s’écrit : « Là, un dauphin ! ». Nous apercevons en effet l’aileron d’un dauphin en train de chasser tout près de la plage, il y restera une bonne demi-heure à faire des allers-retours devant nous !

Le lendemain malheureusement le temps se gâte sérieusement. Nous commençons à prendre l’eau malgré nos vêtements imperméables. Nadège supporte difficilement ce moment où l’eau commence à pénétrer les différentes couches de vêtements, se mêlant à la transpiration prisonnière, surtout quand nous ne savons pas s’il sera possible de se sécher le soir ! Très énervée -bien que prévenue, elle aurait bien essoré à ce moment-là ses vêtements trempés sur la tête de toutes les personnes qui ont osé lui dire que la Patagonie est une destination de rêve pour les cyclos ! 😉

Le ripio est meuble et glissant. Ses roues sont les plus fines de tous nos vélos, un peu trop pour le sol instable. Après avoir rattrapé son vélo plusieurs fois, ça se termine en belle gamelle : quelques hématomes, 3 côtes fêlées et vive le casque ! Nous poursuivons notre chemin jusqu’à la prochaine cabaña où nous nous réfugions pour laisser passer des torrents de pluie. Nous repartons le lendemain pendant une accalmie mais devons nous arrêter encore. Le moral des troupes commence à baisser. Nous avions prévu de rouler jusqu’à Coyhaique afin d’accéder à l’aéroport à proximité pour notre retour sur Santiago. Nous avons peu roulé et ce contretemps remet en cause la suite du parcours…

Nous rejoignons quand même la ville d’Hornopiren où nous réservons un passage sur le deuxième traversier. Avant de partir, nous faisons la rencontre d’un sympathique couple franco-autrichien, David et Andrea. Coïncidence du voyage, ils ont effectué une partie de la traversée du Sud Lipez avec nos copains de route belges Gaëlle et Tom ! Nous effectuons la magnifique traversée en ferry en leur compagnie, 5h de navigation en deux fois sur un fjord somptueux, encaissé au coeur de montagnes enneigées.

A l’arrivée nous débarquons dans le parc Pumalin, réserve naturelle fondée par le couple américain Kris et Douglas Tompkins (fondateurs des marques The North Face et Esprit) pour protéger la richesse écologique des lieux. D’une superficie de plus de 300 000 hectares, il s’agit du plus grand parc privé au monde. Nous pénétrons en effet dans un environnement étonnant : une forêt tempérée humide dite « valdivienne » particulièrement dense, abritant de hauts arbres comme les cyprès Fitzroy, arbres millénaires, les « lengas » et les « coihue », mais aussi une végétation plus basse touffue, parmi lesquels les « nalcas », cousine de la rhubarbe dont les feuilles géantes donnent incontestablement un air tropical au tableau, et de grandes fougères dont la coloration en un joli dégradé orange et rouge apporte une touche de couleur dans ce camaïeu de vert. A la sortie du ferry, nous visitons avec David et Andréa le sentier des cyprès millénaires et roulons jusqu’au camping. Nous les laissons repartir le lendemain matin pour aller tester notre canne à pêche (chou blanc !) et repartons en fin de matinée. Nous sommes rapidement rattrapés par la pluie, qui une fois encore nous trempe des pieds à la tête. Nous faisons une trentaine de kilomètres jusqu’à des cabañas où nous arrivons, transis de froid, claquant des dents. La première est bien trop chère, nous devons refuser… Dur moment, mais les enfants supportent la situation avec beaucoup de courage. En discutant avec un commerçant, il nous conseille d’aller voir la maison d’en face. Ouf, nous sommes sauvés et abrités pour la nuit !

Le lendemain, le beau temps est revenu. Nous entreprenons l’ascension du volcan Chaiten qui a explosé en 2008, recouvrant de cendres la ville du même nom. Diane est en forme, elle gravit les pentes très raides avec une vigueur que nous ne lui connaissions pas, et arrive avec son grand frère au sommet pour contempler les 300 m de hauteur de roches sorties du sol après l’explosion.

Arrivés dans la ville de Chaiten, nous faisons la connaissance de notre première famille de cyclovoyageurs ! Charly et Ed sont anglais, ils ont démissionné de leurs postes d’enseignant très prenants et ont pris 1 an pour voyager avec leur deux enfants. Nous passons une très bonne soirée en leur compagnie : les enfants jouent ensemble et les parents se retrouvent sur de nombreux points, impressions, ressentis, projections… Un peu plus tard dans la soirée, débarquent un papa argentin et sa fille de 10 ans sur un vélo-cargo hors-norme équipé de panneaux solaires. Deux familles le même jour alors que nous n’en avions pas croisé jusqu’à présent ! Nous apprenons que nous manquons de peu une autre famille de français, arrivés sur la ville en même temps que nous…

A Chaiten, deux options se posent : soit nous prenons un ferry pour remonter jusqu’à Puerto Montt, et notre voyage patagonien s’arrête là avec la frustration de n’avoir qu’effleuré la région, soit nous essayons de trouver un moyen de transport pour nous descendre un peu plus au sud afin de terminer notre trajet en vélo jusqu’à Coyhaique. Nous optons pour la 2ème solution. Il n’est pourtant pas simple de trouver des transports sur la carretera. Il n’y a pas de taxis, assez peu de camions avec la voie maritime souvent privilégiée, les bus sont rares et espacés dans la semaine, les voitures font de courts trajets locaux. Nous voilà donc partis à faire du stop à deux reprises, dont une fois sous la pluie : il fallait voir la brochette de chats mouillés le long de la route, abrités sous une bâche que nous enlevions à chaque véhicule en approche ! Peu de touches face à notre attirail, et c’est finalement dans un bus que nous entasserons l’ensemble de notre équipage en démontant pédales et guidons avec un temps record !

Nous demandons au chauffeur de nous déposer au premier village où la route est de nouveau asphaltée. S’en suivent quelques journées particulièrement agréables. Le beau temps est revenu et nous découvrons ce secteur de la Patagonie plus dégagé qu’au nord, avec ses montagnes joliment dessinées sur l’horizon, ses sommets parfois poudrés de neige ou enveloppés de nuages cotonneux, avec ses falaises que la forêt conquiert dans la verticalité, avec ses lacs frétillants de poissons qui révèlent un art bien rôdé pour éviter nos appâts… Nous passons de longues pauses déjeuner près de rivières, nous nous trempons, nous pêchons (toujours bredouille !), nous prenons le temps de profiter de ces derniers jours en Patagonie. Le soir, nous trouvons de très beaux sites pour planter la tente. Une nuit où la pluie menace, nous négocions de dormir avec nos matelas dans une salle prévue pour recevoir des groupes lors des fêtes de « l’asado » (agneau à la broche). Le propriétaire Juan-Luis possède 2700 hectares de domaine qui avaient été donnés à son père au moment de la vague de « colonisation » des territoires du sud au siècle dernier. L’état chilien donnait alors de larges territoires à qui voulait s’installer sur ces contrées vierges de toute occupation, même par les communautés indigènes. En l’absence de route, il lui fallait alors 15 jours à cheval pour rejoindre la ville de Coyhaique…

Sur le chemin, nous croisons de nombreux cyclovoyageurs, de toutes nationalités. Rares sont ceux qui s’arrêtent, les signes de « bonjour » sont parfois arrachés de justesse. Nous regrettons un peu ces rencontres que nous faisions en Bolivie et au Pérou, comme autant de petits cadeaux dans nos journées de pédalage. Nous ne comprenons pas très bien pourquoi cette règle tacite de l’arrêt et de l’échange de conseils disparaît sur la carretera… Trop de monde probablement, trop d’arrêts donc, recherche de vitesse et performance, souhait de s’isoler au milieu de cette nature presque vierge ?

Nous rejoignons finalement Coyhaique pour nous poser quelques jours. Nous partons à la chasse aux cartons de vélo pour prendre l’avion ; nous nettoyons méticuleusement notre matériel pour passer les douanes néo-zélandaises intraitables paraît-il lorsqu’il s’agit de limiter la contamination de leurs îles par des espèces invasives…

Notre séjour au Chili touche donc à sa fin. Notre séjour en Amérique Latine aussi. Nous repartons cependant un peu frustrés de ce passage au Chili (les parents surtout), avec cette impression d’avoir survolé le pays, de ne pas avoir fait beaucoup de rencontres de chiliens avec lesquels les échanges se sont principalement limités à des transactions, avec ce regret de ne pas en avoir saisi la complexité. Complexité qui ressemble à la nôtre probablement… Le Chili est un pays de contraste : de ses déserts au Nord à ses glaciers au Sud, de ses villes ultra-modernes à la défense des traditions Mapuche, dans ses inégalités sociales profondes, de ceux qui défendent les années Pinochet pour le développement économique du pays (« le miracle chilien » ) à ceux qui y voient surtout les atteintes aux droits de l’homme, d’un sens de l’accueil touchant aux réponses sèches qui nous ont parfois été faites, à la limite du mépris… Il nous faudrait probablement encore beaucoup de temps pour en comprendre davantage sur ce pays…

Nous ne pouvons qu’encourager les enfants à revenir quand ils seront grands et pourquoi pas à parcourir la Carretera australe dans sa totalité… quand elle sera entièrement asphaltée ! 😉

Bonus : quelques églises en bois :

Et quelques photos de la végétation locale :

 

Par Nadège

Salades et pain de Pâques à Noël

Nous vous souhaitons à tous une très belle année 2019, riche de rencontres et de moments de partage, en famille et dans tous les environnements de votre vie… Une année d’apaisement, une année pour l’essentiel…

Pour ne pas déroger à la tradition, voici la carte de voeux ! ;-)

Pour ne pas déroger à la tradition, voici la carte de voeux ! 😉

Silence radio depuis plusieurs semaines, car nous étions soit bien occupés, soit complètement déconnectés de la sphère numérique… Dans le dernier article, nous quittons la capitale Santiago pour rejoindre en bus le sud du pays.

Arrivés à Puerto Varas, au nord de la Patagonie, Pauline est ravie : une végétation dense habille les montagnes et collines environnantes. La sécheresse de l’altiplano commençait à lui peser. Nous encourageons son goût pour le vert par une semaine de Wwoofing chez Mattias en descendant cinquante kilomètres vers le sud sur la mythique Carretera Australe.

Nous sommes accueillis par Sergio, qui s’occupe toute l’année des « volontarios » en organisant leur travail sur la ferme. Comme nous arrivons un vendredi en début d’après-midi et que les wwooofers ne travaillent pas le week-end, nous commençons… par nous reposer de notre travail non-accompli. Nous posons nos bagages dans une maison que nous partageons avec Patricio, ami de la famille, qui nous parle de son pays et des coutumes de la région. Le domaine est immense, en grande partie recouvert de forêts que les enfants complices passent la semaine à explorer, repérant les clairières, suivant les chemins tracés par les chèvres, traversant le ruisseau en tous sens, espionnant les maisons plantées çà et là sur la propriété. Au cours de leurs pérégrinations, ils découvrent en haut d’une colline un point de vue magnifique sur la région environnante : nous apercevons la côte, le golfe, les sommets enneigés et les magnifiques forêts qui les entourent. Au cours de cette semaine, nous désherbons les champs de haricots verts, les serres, plantons des salades, tuteurons les pieds de tomate. A 8h chaque jour, nous avons rendez-vous avec Sergio pour traire les chèvres, que nous rentrons le soir en séparant les petits de leurs mères. L’après-midi est consacré aux devoirs et aux balades en famille.

Nous en apprenons un peu plus sur cette région, qui peu à peu se désenclave grâce à l’aménagement progressif de la carretera australe. Les personnes de la région vivent de l’élevage, du maraîchage mais surtout de la pêche artisanale rendue difficile par l’élevage intensif du saumon. Le Chili est en effet le deuxième exportateur de saumon après la Norvège, mais les conditions d’élevage peinent à être réglementées. En 40 ans, l’industrie intensive a considérablement modifié l’écosystème marin du littoral par l’évacuation des déchets dans la mer, l’utilisation d’antibiotiques et de produits chimiques, causant la prolifération d’algues toxiques et vidant les eaux des espèces endémiques. Cet été, 700 000 saumons se sont échappés de leurs bassins d’élevage dans le golfe, inquiétant fortement les associations qui craignent que cette espèce carnivore ne continuent à affaiblir l’écosystème local… L’industrie du saumon est aussi une industrie fragile pour les emplois. 50 000 à 70 000 personnes travaillent en Patagonie dans le secteur, mais chaque crise sanitaire met au chômage des milliers de personnes… Bref, on nous conseille d’éviter autant que possible de consommer du saumon chilien, d’autant que les côtes recèlent d’une grande variété de recettes à base de poissons et de fruits de mers…

Dans cette ferme, nous passons une délicieuse semaine, malheureusement ponctué par un incident stressant. Alors que Nadège partait en bus pour aller retirer de l’argent dans la ville de Puerto Montt à 30 km, elle se fait voler le portefeuille de Marc, avec assez peu d’espèces mais deux cartes bleues et quelques papiers d’identité ! Rrrr… Cette ville est un repère de voleurs affutés comme nous l’apprendrons par la suite. Le vol a probablement eu lieu dans le bus, alors que Nadège avait les mains posées sur le sac à dos, recouvert en partie par son manteau. Son livre kindle étant un peu trop prenant, elle ne s’est pas aperçue que le vilain bonhomme debout dans l’allée ouvrait la fermeture éclair du sac à dos, simulant d’être dérangé derrière lui par un probable complice. Nous apprendrons en discutant avec d’autres voyageurs que cette technique a fait d’autres victimes… Appels en France pour faire opposition sur les cartes, déposition chez les carabiñeros, beaucoup d’énervement et de tension au cours de cet épisode malvenu. Finalement un hôtel de la ville nous appellera quelques jours plus tard en indiquant avoir trouvé l’objet perdu, seulement délesté de ses pesos. Les cartes n’ont probablement pas été utilisées. L’histoire pourrait vite être catégorisée et rangée dans le lot des petits incidents « pas-de-bol », mais nous apprendrons quinze jours plus tard que nous avons par ce fait perdu la location du camping-car en Nouvelle-Zélande (et la caution avec), que nous avions justement pris le soin de réserver 8 mois avant pour éviter les prix indécents de la pleine saison ! La carte de Marc avait servi à payer la caution et nous nous étions tacitement engagés à payer le restant 35 jours avant la prise de véhicule, comme stipulé en tout petit en bas de la page internet noyée d’images et d’informations inutiles. Bref. Nous oublions donc le camping-car, et nous nous reportons de toute urgence vers une plateforme de location de voiture en pompant la connexion Wi-Fi d’un providentiel magasin de vêtements sur notre chemin. Finalement cette solution sera probablement moins coûteuse, nous apprenons à relativiser. Et puis, ça nous apprendra à délaisser le vélo pour un temps ! 😉

Après cette semaine de Wwoofing, nous remontons sur Puerto Varas, jolie ville dont les maisons de bois bordant le lac Llanquihue confèrent un petit air de Suisse ou d’Allemagne. Nous y attendons en trépignant la famille de Marc venue nous rejoindre pour les fêtes. Notre groupe de 19 ne passe pas inaperçu au cours des dix jours qui suivent. Les enfants cousinent et sont heureux de se libérer de la présence parentale pendant cette trêve de Noël. Les parents sont aussi en vacances et apprécient de se laisser porter par le circuit organisé par la maman de Marc. Nous visitons la région patagonienne en allant nous balader sur le volcan Osorno, du côté des chutes de Pétrohué et du fjord Reloncavi. Nous prenons un bateau pour découvrir une partie de l’île Chiloé et ses maisons colorées. Nous descendons sur Puerto Natales au sud de la Patagonie et aux portes de la Terre de Feu, pour aller visiter le magnifique parc Torres del Paine. C’est là que nous devons laisser repartir le groupe. Il paraîtrait qu’il y en a qui ont des obligations professionnelles et autres engagements incontournables dans leur vie en France…;-)

Les adieux sont difficiles. Après avoir passé 10 jours auprès de nos proches dans un confort devenu inhabituel, dans la facilité d’un circuit organisé où nous n’avons pas eu de décision à prendre autre que « Huevos fritos o revueltos* » pour le petit déj… c’est un peu dur de revenir à nos conditions de voyage plus spartiates, surtout pour les enfants.

Pour les réconforter et rendre la transition moins brutale, nous faisons une entorse au budget et leur préparons une surprise : une randonnée à cheval dans le parc. C’est une première pour les garçons, mais tout le monde apprécie l’expérience. Lors de ces 3h de rando en petit groupe, nous avons des points de vue magnifiques sur le parc, les lagunes, les pics de granit enneigés, les falaises qui nous surplombent. Nous circulons dans des paysages féériques dignes d’un film fantastique, le long de chemins encadrés par des arbres rabougris et desséchés par le vent, dont le bois grisé est par endroit blanchi par un lichen tombant sur nos têtes en de longs filaments… Nous en apprenons à cet occasion un peu plus sur la place importante du cheval dans la culture patagonienne. D’ailleurs par la suite, nous croiserons régulièrement des éleveurs rentrer leurs troupeaux de moutons et de vaches non pas à pied avec des chiens mais à cheval, et le troupeau n’a qu’à bien se tenir ! Efficacité remarquable…

Nous repartons ensuite pour Punta Arenas où un vol nous attend afin de retrouver nos vélos sagement rangés à l’abri près de la carretera australe. Nous ne sommes pas tout à fait d’accord sur la manière d’organiser la suite du voyage pendant les 15-20 jours qui nous restent en Patagonie avant de partir pour la Nouvelle-Zélande. Malheureusement, le climat décidera pour nous… Suite au prochain article.

Petit bonus animalier :

* Oeufs sur le plat ou brouillés ?

Par Nadège

Téléportations, Sud Lipez et farniente

Après la traversée du désert d’Uyuni, nous décidons de nous offrir un petit intermède culturel en nous téléportant à Potosi puis Sucre. Ces deux villes nous permettront de voir un autre aspect de la Bolivie qui présente des facettes différentes entre l’altiplano, la selva intermédiaire et la sierra envahie de jungle impénétrable. Nous partons en bus accompagnés de nos copains belges Gaëlle et Tom rencontrés sur le Salar. Nous arrivons pile pour l’inventaire du musée de la monnaie, fermé, et ça sera pareil à Sucre où nous tombons sur trois jours de rénovation du musée principal. Les parents sont déçus, les enfants sont ravis, mais nous trouvons quand même quelques musées à leur mettre sous les yeux.

Potosi est une ancienne cité minière. Au moment de la ruée vers l’argent, elle était la bourgade la plus peuplée d’Amérique, plus grande que Paris à la même époque. Son sous-sol a alimenté l’Europe en argent pendant des dizaines d’années avant d’être épuisé. C’est de là que vient la fameuse expression : « valoir un Potosi », que personne ne connait… Actuellement, de l’étain continue à être extrait dans des conditions précaires. Les mines se visitent et l’on peut croiser dans des galeries étouffantes des mineurs cacochymes s’époumonnant au travail : nous avons fait l’impasse. Sucre est une ville plus moderne, une des plus jolies de Bolivie, très espagnole avec ses balcons de bois sculpté et ses grandes façades blanches. Après deux mois sur l’altiplano commercialement désertique, nous reprenons un peu nos marques. Paradoxalement, nous voyons aussi réapparaître la mendicité dans les rues, de nombreuses personnes âgées sont assises sur les trottoirs avec un chapeau ou quelques grains de choclo (maïs) à vendre.

Nous nous égarerons dans un parc d’empreintes de dinosaures enclavé dans une cimenterie (!). La paroi presque à la verticale contient la plus importante collection d’empreintes de dinosaures au monde. Certaines forment des chemins qui traversent la paroi (les dinosaures pouvaient monter aux murs) en se croisant avec d’autres. Elles pourraient avoir disparues d’ici quelques années si elles ne sont pas rapidement protégées des intempéries ; classement du site en cours.