Des questions ?

De nombreuses questions nous ont déjà été posées par mail ou échange privé sur notre quotidien de voyage, les meilleurs moments, nos difficultés. Nous vous proposons de faire un article spécial, posez-nous vos questions, nous vous répondrons à notre prochaine connexion réseau (1 semaine environ).

Les questions peuvent bien sur être adressées à l’un ou plusieurs d’entre nous… A bientôt !

Traversée de déserts

Nous partons de La Paz, frais et pimpants après avoir rechargé les batteries et laissé passer quelques fièvres au lit.

Comme nous l’avions fait pour l’arrivée sur La Paz, nous choisissons de sortir de cette grande ville en bus pour éviter le trafic d’une double voie sans intérêt. Nous atterrissons donc 200 km plus loin à Oruro, ville particulièrement connue pour l’excentricité de son carnaval et l’originalité de ses masques inspirés des différentes traditions folkloriques de Bolivie.

A Oruro, nous enfourchons nos montures pour 7 jours de voyage non-stop. Nous décidons de passer par l’ouest du lac Poopo, région qui ne voit passer que très peu d’étrangers car même les cyclovoyageurs privilégient la voie par l’est. Dès la sortie de la ville, les paysages sont surprenants. Nous longeons un lac en partie asséché, où nous apercevons de loin des colonies de flamants roses. Très rapidement, nous pénétrons dans un paysage désertique : la végétation s’appauvrit, la sable apparaît, l’air est sec, les journées sont très chaudes et les nuits plus fraîches.

Pendant cette semaine de voyage, nous serons pourtant surpris par la variété des paysages. Des plateaux arides où subsistent encore quelques cultures, nous passons aux plateaux de sable recouverts de grandes flaques de sels blancs. Nous longeons des plaines entières de terre craquelée par l’effet de la sécheresse. Ici, rien ne pousse.

Un peu plus loin, nous voyons apparaître les premiers élevages de lamas, parfois accompagnés de moutons. Ce bétail dispose de territoires à perte de vue pour glaner quelques brins dans la végétation rase. La route est une intruse dans ce paysage, les animaux la traversent sans se soucier des quelques voitures qui y passent quotidiennement. Tout devient magique lorsqu’apparaissent les premières vigognes. Les filles sont à l’affût. Ce sont aussi des camélidés, comme les lamas et les alpagas, mais leur profil les fait plutôt ressembler à de fines biches à long cou. Les vigognes, espèce protégée, sont beaucoup plus sauvages que les lamas ; elles sont difficiles à approcher et restent à l’écart de la route, ce qui rend la quête encore plus trépidante au cours du chemin. Ces animaux vivent en petit groupe : un mâle, ses femelles et leurs petits. Nous observons que le mâle reste à l’écart du groupe, à l’affût du danger. A notre passage, il relève la tête et nous toise pendant que les autres membres du groupe continuent de brouter. Si nous nous approchons, il pousse un cri strident (qui ressemble un peu à celui de l’âne) et tous se sauvent en courant.

Plus nous descendons vers le sud, plus la sécheresse est marquée. Pendant des kilomètres, le paysage est constitué de dunes de sable, qui parfois empiètent sur la route. Nous espérons apercevoir le lac Poopo, notamment pour nous recharger en eau. Mais depuis 2014, le lac a presque disparu, par l’effet combiné d’une surexploitation agricole et minière et du manque de pluie vraisemblablement causé par le réchauffement climatique.

Les villages sont rares sur la route et simplement composés de quelques maisons en adobe. Les « tiendas » sont difficilement repérables sans demander des indications aux habitants. Et quand nous les trouvons, il n’est pas forcément possible d’y trouver de l’eau. Une fois, Marc revient avec du Coca et de la bière, seuls liquides que le monsieur veut bien lui vendre ! D’autres fois, nous faisons appel à la générosité des habitants pour remplir notre outre d’eau. Nous nous faisons un peu surprendre par la difficulté à nous ravitailler dans la région, ce qui était plutôt facile jusqu’à présent. Nous rationnons nos réserves.

La rudesse de cet environnement contraste avec l’accueil qui nous est fait. Presque à tous les villages où nous nous arrêtons pour déjeuner le midi, à l’ombre des uniques arbres plantés sur la place centrale, les villageois viennent nous voir, nous serrent la main, nous demandent où nous allons et ne manquent pas de glisser quelques compliments sur la jolie Diane. Ils s’inquiètent pour nous, nous demandent si nous avons bien dormi, si les enfants ne sont pas trop fatigués par ce voyage (on ne laisse pas répondre les ados !).

A Avaroa, nous franchissons le pas de demander à un directeur d’école élémentaire de participer à une matinée de cours avec les enfants pour pouvoir échanger sur les pratiques éducatives et l’environnement scolaire de nos pays respectifs. Les enfants de l’école sont surexcités, ils posent énormément de questions sur la France, qu’ils ne connaissent pas. Nous constatons que les enseignants ont fort à faire pour mettre au travail des enfants dont le niveau est très hétérogène et l’assiduité parfois limitée.

Un des moments marquants de ce petit périple sera aussi la nuit passée au fond d’un cratère de météorite. L’effet sera triplement magique : le soir où nous bivouaquons, nous sommes recouverts en 10 minutes par un nuage brumeux chargé de sable ; au cours de la nuit nous essuierons notre premier orage bien bruyant et mouillé ; et le lendemain nous apprendrons qu’il ne s’agit pas d’un cratère de météorite comme indiqué partout, mais d’un cratère de volcan. En un seul coup, nous marquons un paquet de premières fois !

Au bout de 7 jours, nous arrivons un peu fatigués au village de Salinas, capitale de la quinoa. Nous y restons deux nuits dans une auberge très accueillante pour pouvoir récupérer et refaire nos réserves alimentaires. Diane copine avec la petite fille de nos hôtes, et nous passons plusieurs heures à discuter avec l’énergique papa Enzo, qui a beaucoup de choses à partager avec nous sur son pays.

Nous prenons ensuite la route pour le fameux salar d’Uyuni, l’un des moments les plus attendus de ce voyage. Pour entrer dans le salar, il faut contourner le volcan Tunupa, qui selon la légende Aymara serait à l’origine de la création de cette grande étendue blanche. Selon cette légende, le volcan serait une déesse trompée par son amant alors qu’elle allaitait son enfant. Abandonnée, trahie, ses larmes se seraient mêlées à son lait et se seraient déversées dans la plaine à ses pieds, la recouvrant d’une épaisse couche laiteuse et salée…

Nous contournons donc le volcan dans sa robe de sable clair, de terre nuancée d’ocre et de rouge et de graminés jaune d’or. Journée courte, mais un peu difficile. Nous devons pousser sur plusieurs kilomètres nos montures chargées qui s’enfoncent dans le sable.

Ce jour-là, Diane repère des empreintes de pas sur le sable, qui ne ressemblent à rien de connu : trois gros doigts en palmier. Nous relevons la tête, et Pauline aperçoit au loin des nandous, ces gros oiseaux cousins de l’autruche. Enzo nous avait raconté la veille que ces oiseaux sauvages étaient très méfiants et protecteurs de leurs œufs. Si on s’en approche un peu trop, l’oiseau accourt rapidement avec ses grandes pattes, mais au lieu de piquer l’intru avec son bec comme on pourrait s’y attendre, il lui donne un violent coup de patte qui peut facilement mettre à terre un homme costaud !

Nous arrivons dans le petit village de Jirira, à l’entrée du Salar. Nous y restons une journée de plus : pendant que les enfants font travailler leurs neurones sur leur devoirs scolaires, Marc entreprend l’ascension du volcan. Parti au lever du jour, il revient vainqueur en milieu de journée, fier d’avoir franchi les 5000 m pour la première fois de sa vie.

Le lendemain nous partons pour la fameuse traversée du désert de sel. Nous nous levons à 4h30 pour profiter des températures fraîches et éviter le vent de face qui forcit en journée. Trompés par la technologie, nous prenons une mauvaise piste et sommes obligés de faire demi-tour. Beaucoup d’énervement pour cette entrée en matière. Nous arrivons finalement en fin de matinée sur l’île d’Incahuasi, très justement appelé l’île au cactus : perdue à près de 50 km du bord du salar, cette île d’un demi-kilomètre de diamètre est entièrement recouverte de cactus – en fleurs au moment où nous y sommes – qui parfois atteignent plus de 8 mètres de haut. Quelques kilomètres avant l’arrivée, nous sommes rejoints sur la route par Gaëlle et Tom, un couple belge parti de Colombie. Nous déjeunons ensemble et passons un très bon moment en leur compagnie. Nous les laissons reprendre la route pendant que nous passons la nuit sur l’île, protégés dans une salle des fortes rafales de vent.

Le lendemain, une grosse journée nous attend : près de 80 km pour sortir du salar. La piste est mauvaise. Le passage quotidien de dizaines de 4/4 de touristes accentuent les irrégularités du sol de sel dur, nous donnant l’impression de rouler sur de la tôle ondulée. Sur certains passages, la couche de sel est moins épaisse et nous devons slalomer entre les trous sur la piste. Un peu stressant : il peut y avoir jusqu’à 100 m de saumure sous la croûte de sel ! Malgré tout, nous avons conscience de cette chance de traverser ce paysage unique en son genre. A perte de vue, nous voyons du sel, du sel, du sel. Parfois, nous ne savons plus si nous roulons sur du sel, de la neige, de la glace, tellement l’impression est trompeuse. Nous jouons avec les effets de perspective pour les traditionnelles photos du salar. Au bout de 80 kilomètres de ligne droite, nous arrivons au village de Colchani, bien fatigués. Pendant la pause déjeuner, François insiste pour que l’on poursuive jusqu’à Uyuni, une vingtaine de kilomètres plus loin, afin de marquer un nouveau record… Nous repartons et le faisons : 100 km en une journée !

Nous arrivons à la Casa de Ciclista d’Uyuni, ouverte il y a juste un mois, où nous retrouvons Gaëlle et Tom pour une délicieuse soirée apéro-bière, 100 km ça se fête ! Puis au programme : nettoyage des vélos ensalés, du linge, des héros du jour etc.

Pour les enfants, cette traversée des déserts a été parfois un peu rude. Les grands l’ont trouvé un peu monotone. Pour les parents, il s’agit au contraire de l’un de leurs passages préférés de ce voyage, plongés dans l’immensité de ces paysages arides. La plupart du temps, les routes étaient plates et étonnamment bien entretenues pour une région aussi peu fréquentée. L’origine du président y est peut-être pour quelque chose…

Pour la suite, nous nous offrons quelques jours de voyage en backpack vers l’est de la Bolivie. Mais ça, ce sera pour un prochain article !

Le Titicaca par la face nord !

Carte

Après quelques jours de repos bénéfiques dans la vilaine ville de Juliaca (non vraiment c’est poussiéreux et tout moche, et ça contraste avec ses centres commerciaux ultra-modernes), nous partons en direction de : THE lake. Celui que tout le monde rêve de voir à cause de Tao et de sa bande. On nous a prévenu que c’était peut être moins mirifique en vrai que dans notre imagination, mais en attendant, on doit pédaler 10 km dans la poussière et le long de routes bordées d’ordures pour s’extraire de Juliaca. Ensuite les choses s’arrangent, la circulation diminue et les paysages se font plus agréables. Nous avons décidé de faire un arrêt dans la péninsule de Llachon, l’endroit est paisible et les îles Uros que nous pouvons visiter depuis ce village sont moins touristiques que celles depuis Puno. Ça sera quand même un peu commercial, mais qu’il est étonnant de se retrouver sur une île de roseaux. A tel point que Diane ne verra pas la fin de l’île et passera au travers, trempée jusqu’au nombril et affublée d’une charmante odeur d’herbes en décomposition. Sur le moment, l’humeur n’était pas à la prise de photos ; c’est dommage, c’était quand même bien drôle.

Les enfants profitent de la plage de sable fin (l’eau est un peu froide à 4000 m) et une petite balade nous permettra d’admirer l’ile d’Amantani, de l’autre côté de la péninsule. Au départ de Llachon, ce sont 40 km de piste, dont une bonne partie longeant la côte et sans trafic, un vrai régal. La piste rougeoyante est à flanc de falaise, les eaux sont turquoises et la vue porte loin ; les paysages sont splendides. Mais cette partie du lac est peu fréquentée par les touristes et nous aurons parfois du mal à trouver où dormir. Il faut dire que la chaleur de l’accueil dans les villes du nord et l’est du lac semble inversement proportionnelle à la beauté des paysages et il nous faudra parfois nous rabattre sur des lieux désaffectés ou des paroisses, les auberges n’étant pas forcément enthousiastes pour accueillir des gringos. A Huancané, c’est le curé qui nous ouvrira très gentiment un dortoir alors que nous avions fait choux-blanc dans les 6 hospedajes de la ville.

Pas d’agressivité cependant, mais la situation pèse un peu sur le moral. Si bien que devant une grande montée où l’énergie vient à manquer, nous tentons notre premier camion-stop. Ca ne marche pas du 1er coup bien sûr, mais alors que l’espoir se réduit et que le froid se fait sentir, un camionneur s’arrête enfin et nous fait franchir 400 m de dénivelé à toute allure, les vélos, François, Diane et Marc bien rangés à l’arrière du manège. Le soir même, un gentil coup de fil d’Agnès et Laurent Bru nous regonfle à bloc pour ce passage un peu délicat.

Dans la petite ville de Conima, où nous célébrons nos 10 000 m de dénivelé, nous tentons le plan des Bru chez le boulanger, mais c’est le WE de la fête des morts et toutes les familles se rassemblent à cette occasion, il n’y a plus trop de place dans les maisons. La tradition autour de cette fête est encore très forte, et même si l’on ne déterre plus grand-père pour lui proposer à boire et à manger (si si !), toute la famille passe la journée au cimetière avec des poupées ou des photos pour évoquer les aïeux et une montagne de nourriture à partager.

Nous trouverons de la place en toquant à la grille d’une église adventiste. Ça tombe bien, Herman et son épouse veulent lancer une structure d’accueil pour les gens de passage. Ils nous indiquent que nous sommes comme leurs premiers hôtes et que notre venue les aura motivé dans leur démarche. Ils nous gâtent le lendemain matin avec un copieux petit déjeuner péruvien : c’est végétarien, ça vient du jardin, c’est bio et ils sont très sympa. Une belle rencontre pour notre dernier jour au Pérou ! Prudence sur les routes en partant de chez eux : comme nos amis nous l’ont expliqué, ces fêtes sont malheureusement un peu arrosées et nous nous méfions des conducteurs.

Le passage de frontière se fait sans encombre. Il y a quelques années c’était encore un parcours de vitesse pour les cyclistes de la face nord du lac qui devaient en faire le tour en moins de 5 jours pour valider leur billet de sortie côté bolivien. Avec le poste frontière à Tilali, c’est beaucoup plus simple, il « suffit » de faire Tilali-Puerto Accosta dans la journée. Mais quelle portion ! C’est une véritable falaise que nous escaladons avec nos vélos sur le dos, sans compter le vent qui nous pousse vers le vide et le froid qui nous mord les doigts (oui, je sais, j’en rajoute ; la vérité terrain est sur les photos :-). Nous passerons la frontière dans une ville-fantôme un peu glauque digne d’un Western spaghetti et arriverons 10 km plus loin au poste frontière bolivien en temps, en heure et avant la pluie pour valider notre sortie péruvienne et notre entrée bolivienne. Nous fêterons ça dans un hospedaje un peu cher, bien cracra et sans douche. Mais youhou, on est en Bolivie !

Avant l’arrivée dans les grandes villes, nous nous offrons une nuit en bivouac, face au lac. Le vent souffle très fort et le froid est vif, mais Nadège et Diane braveront les éléments pour transformer du mauvais pain en délicieux pain perdu. Un film sous la tente ballottée par le vent et le doux bruit du tonnerre qui grondera (au loin) toute la nuit pour nous bercer. Nous finirons par une grande journée de vélo (65+km / 500+m / gros vent) pour rallier la casa de ciclistas d’Achacachi, curieusement installée… dans une piscine « municipale » !

La suite de la route jusqu’à La Paz ne présente pas d’intérêt et est même plutôt dangereuse avec une 2×2 voies sans bas-côté constant. Nous sortons le Joker minibus pour faire la route jusqu’à El Alto et arriver dans un appartement « luxueux » (dixit la tribu, maintenant burinée par l’âpreté de ces contrées montagnardes) loué pour une semaine de repos, de visite et de bricolage. Nous empruntons l’impressionnant téléphérique pour nous rendre à La Paz : la nouvelle ligne inaugurée il y a 3 mois est vertigineuse. Elle permet aux habitants de gagner 30 à 40′ dans chaque sens. Musée du folklore, activation de cartes SIM, restaurant français, magasin de vélo ; on fait nos touristes, on recharge toutes les batteries et ça fait du bien !

Prochaine étape : départ vers le sud et exploration du fameux désert « de d’Uyuni »* !

* d’après Diane 🙂

Par Marc

Départ pour le sud du Pérou

De retour à Cuzco, nous filons directement chez le marchand de vélos juste en face de l’auberge, pour changer les pneus de Pauline trop fragiles. Malheureusement il faut commander les chambres à air, ce qui nous oblige à rester un jour de plus que prévu. Nous en profitons pour effectuer deux copieuses séances de travail scolaire, qui font franchir à François son chapitre sur le théorème de Thalès et finir à Pauline sa leçon d’histoire.

Nous retrouvons aussi à l’auberge Daniel et Huguette, arrivés la veille, ainsi qu’un jeune couple de français qui se sont donnés six mois de pause professionnelle pour voyager en backpack, un couple de suisses qui ont déjà bien vadrouillé à vélo à travers le monde depuis deux ans et un couple de japonais venant de franchir l’ascension des Andes depuis Lima. Nous leur disons à tous au-revoir et à bientôt, car il est probable qu’ils nous rattrapent sur la route…

Et puis nous décollons vers ce qui représente pour nous le début de la véritable aventure.

La sortie de Cuzco est bien plus facile en allant vers le sud, la route descend jusqu’aux premiers villages à la sortie de la ville. Même en partant un jour de semaine, nous évitons les passages trop chargés en circulation grâce à la parfaite maîtrise du GPS de Marc qui mène le peloton.

C’est ensuite que ça se corse. Nous sommes arrivés directement en avion à Cuzco pour éviter d’avoir à effectuer l’ascension des Andes, qui semblait hors de portée de nos capacités physiques. Mais la montagne ne se laisse pas facilement berner et nous impose un test d’entrée. Avant d’arriver sur l’altiplano, nous devons ainsi franchir un col à 4300m, ce qui représente plus de 2500m de dénivelés cumulés depuis Cuzco.

Pour pimenter un peu notre voyage, la saison des pluies s’est invitée à la fête un peu plus tôt que prévu, nous obligeant à nous arrêter régulièrement pour trouver un abri, ou à accélérer en espérant passer à côté des fronts pluvieux. Ne connaissant pas bien la montagne, nous avons du mal à anticiper le mouvement des nuages, les vents au sol n’étant pas les mêmes qu’en altitude. Parfois les épais nuages noirs restent accrochés aux sommets qui nous entourent, parfois ils les dépassent et déchargent leur colère dans la vallée. Nous demandons régulièrement aux villageois des conseils pour savoir s’il faut s’arrêter ou continuer. Une fois, nous nous arrêtons en hâte dans un restaurant touristique ayant poussé au milieu de nulle part. Nous y sommes accueillis par un flot de touristes français descendant de bus, qui nous interrogent, nous prennent en photos, nous souhaitent bon courage. Une autre fois, nous nous abritons in extremis dans une église adventiste, interrompant le groupe de lecture. Quelques minutes plus tard, la foudre tombe dans la cour où sont garés nos vélos. Nous profitons de cette rencontre impromptue pour discuter avec les femmes rassemblées, d’agriculture, d’éducation scolaire.

Dans tous les villages que nous traversons, l’école est de loin le plus beau bâtiment. Bien entretenu, joliment peint, souvent très coloré. Même dans les villages où l’on sent un niveau de vie plus que modeste, avec leurs maisons en adobe sans vitre malgré les températures en dessous de 10°C toute l’année, l’école reste le bâtiment le mieux aménagé. Le pays semble investir beaucoup dans l’éducation, même si nous entendons que la situation reste assez inégalitaire selon les régions. « Honneur, discipline, abnégation » sont des mots que nous retrouvons souvent en devise. Dans une école de campagne, nous lisons sur un panneau « Tous les enfants, filles et garçons, ont le droit à l’éducation scolaire ». De quoi relativiser sur notre rapport à l’école en France. Nous croisons tous les jours des enfants en uniforme qui nous saluent. Parfois c’est toute la cour de récréation qui interrompt ses jeux et se dirige en courant vers les grilles en nous criant des « Ola ! » que nous pouvons encore entendre quelques centaines de mètres plus loin.

De manière générale, nous sommes flattés par les expressions de salutation qui accompagnent notre parcours. Les travailleurs dans leurs champs relèvent la tête pour nous saluer, les marchandes le long de la rue rigolent entre elles avec des rires d’enfant à notre passage. Chez nous, les enfants prennent eux aussi l’habitude de saluer : « Ola, buenos dias, buenas tardes, buenas ». Ces petits moments de gaieté nous distraient et nous offrent des répits dans la montée.

Nous nous étions fixés des objectifs assez raisonnables pour effectuer l’ascension du col. Les grands en redemandent souvent plus ce qui nous permet de gagner chaque jour 10 ou 20 km sur ce qui était prévu. Nous nous couchons sans difficulté le soir, à 20h30 toute la famille est endormie !

Nous arrivons modestement au col le 5e jour après avoir poussé les vélos sur une bonne partie des derniers kilomètres, le vent de face. Ce ne sont pas tant les jambes qui sont en difficulté, la pente est rarement à plus de 6%, mais le souffle est trop court pour forcer sur de longues distances. Nous immortalisons le moment par une photo devant le panneau marquant le point culminant et nous préparons à savourer notre descente.

Cette descente sera de loin le moment le plus difficile de ces derniers jours, qui vaudra même quelques larmes chez toutes les filles : des chiens particulièrement agressifs, un vent de face violent et cinglant qui nous oblige à pédaler même dans les fortes descentes, la pluie qui vient fouetter nos visages et glacer nos os malgré toutes les couches de vêtements. La température est descendue à 5°, et nous n’avons pas trouvé de quoi manger depuis le petit déjeuner. Les parents avaient fait miroiter aux enfants une belle descente après le col, nous avons eu l’impression de nous la faire voler. La colère ressentie est proportionnelle aux attentes que nous avions : « il n’est pas censé pleuvoir à cette saison, le vent n’est pas censé souffler dans ce sens, nous ne sommes pas censés monter mais descendre vers ce fichu village ! ». Les Andes nous donnent notre première leçon de lâcher-prise : ne rien attendre et recevoir ce qui vient (clin d’oeil à Nathalie V.). Nous arrivons glacés au village de Santa Rosa, où nous cherchons une auberge pour nous mettre à l’abri. Nous y retrouvons Wu, cycliste Taïwanais rencontré sur la route, avec qui nous allons savourer une soupe bien chaude. La douche annoncée « caliente » étant en réalité froide, nous nous glissons tous dans nos duvets sans passer par la case nettoyage et nous endormons sur les deux derniers épisodes des Cités d’Or.

Le lendemain matin, un peu reposés, nous nous offrons un petit déjeuner sur l’altiplano que nous n’avions pas pris le temps d’observer la veille. Le changement de décor est étonnant. Nous avons quitté la vallée encaissée dans les montagnes aux sommets enneigés. Nous admirons maintenant des champs de steppes à perte de vue, recouvertes de stipes « ichu ». La gamme des jaunes se déroule devant nos yeux, subtilement mise en relief par l’ombre des nuages qui se déplacent rapidement. Nous suivons maintenant de longues (même très longues) lignes droites relativement plates. Dans la vallée l’agriculture était particulièrement diversifiée, avec ses multiples champs à taille familiale cultivés à la main ou à la charrue. Sur l’altiplano, les champs augmentent de taille et nous voyons apparaître les premiers tracteurs.

Au bout de 8 jours de pédalage, nous décidons de nous arrêter dans l’affreuse ville de Juliaca que nous avions prévu d’éviter au départ, pour recharger les batteries, changer l’axe de roue arrière de Marc qui a cassé lors d’une fausse manip avec le Follow-me, laver le linge… et reprendre le travail scolaire ! Nous débarquons à la Casa de Ciclistas de Juliaca, concept qui fonctionne très bien en Amérique du Sud. Ce sont des maisons mises à disposition des cyclotouristes, contre participation volontaire, où se retrouvent des baroudeurs pour une nuit, deux nuits, une semaine, un mois pour certains… La famille que nous sommes prenant de la place, Giovanni nous accueille carrément chez lui et nous met à disposition sa cuisine et son garage pour dormir. Nous passons une formidable soirée avec Giovanni et ses hôtes, autour d’un Pisco Sour, d’un grand plat de crêpes que nous avons cuisiné, et de chants d’inspiration quechua accompagnés à la guitare par des membres de passage de la Rainbow family. Pauline osera prendre la parole au milieu de ce joyeux groupe pour chanter a capella quelques jolis chants scouts. Autant dire que les parents étaient tout fiers !

Pour l’étape suivante, nous partirons en direction du lac Titicaca, que nous contournerons par le Nord et l’Est pour éviter les zones trop touristiques et profiter des splendides paysages sur l’eau.

 

Par Nadège

Plongée vers la Vallée Sacrée

plan

Nous décidons donc de partir vers la Vallée Sacrée à vélo, pour prendre le temps de profiter des paysages, des sites archéologiques, et commencer à exposer nos organismes à l’effort en altitude.

Les parents ne sont cependant pas bien fiers en sortant les vélos de l’auberge bien confortable où nous n’avons pas fini d’encaisser les dérangements intestinaux causés par la cuisine locale. Cachant nos doutes aux enfants, nous laissons une partie de notre matériel à l’auberge pour voyager plus léger et nous nous engageons pour cette première aventure.

Première difficulté : pour sortir de Cuzco, il faut traverser la ville dans sa circulation chaotique, grimper les flancs de collines environnantes à travers des ruelles n’ayant pas grand-chose à envier aux bidonvilles brésiliens, continuer à grimper à côté des camions et bus dont les pots d’échappement mal réglés dégagent des volutes de fumée noire qui se mélangent à la poussière, dégainer des pistolets à eau pour tenter d’effrayer les chiens excités par notre passage en deux roues, et se motiver en se disant que c’est bientôt fini.

Mais justement là, ce n’est pas fini. Après une belle descente bien reposante, c’est reparti pour une autre côte d’une bonne douzaine de kilomètres que nous faisons… principalement en poussant les vélos ! Heureusement, les paysages environnants sont tellement beaux que nous arrivons parfois à oublier notre souffle court et nos muscles endoloris. François, plus résistant que nous autres, soulage un peu la gent féminine en prenant les sacoches les plus lourdes.

 

Au bout de 7h, nous arrivons dans le village de destination, Chinchero, à la tombée du jour. Nous avons quelques difficultés à trouver une auberge. Heureusement, Daniel et Huguette, arrivés la veille, nous contactent à ce moment-là pour nous accueillir dans l’hostal qu’ils ont trouvé, à tarif négocié. Nous sommes épuisés mais heureux d’avoir franchi cette étape. Les enfants, tout excités par leur exploit, sont intarissables et commentent la journée dans tous ses détails.

Nous nous donnons une journée de repos à Chinchero, ce qui tombe bien car le dimanche, la ville est animée par son célèbre marché artisanal présentant les œuvres textiles réalisées par les femmes indiennes. C’est aussi un jour de pluie et celui des élections municipales, beaucoup d’ateliers sont donc fermés. Nous visitons le site archéologique de la ville, palais de repos de l’empereur Tupac Yupanqui.

Le lendemain, nous savons que la journée de vélo sera plus facile, avec ses 700 m de dénivelé en descente vers la vallée de l’Urubamba. Evidemment c’est sans compter les petits imprévus qui viennent pimenter le voyage : des sentiers de terre soudainement pavés, nous obligeant à faire demi-tour car le follow-me de Diane ne passe pas, une gamelle mémorable de Pauline dans un virage sableux, qui vaut une double crevaison avant-arrière et quelques égratignures, une descente sur une piste bien pentue qui nous appelle à la prudence. Nous profitons cependant des beaux paysages sur la vallée, habillée de ses champs de maïs, de fèves, de pomme de terre. Nous observons les agriculteurs dans leurs champs butter la terre avec une simple binette, désherber à la main, labourer avec des bœufs. Tous ces gestes sont réalisés avec lenteur, malgré l’ampleur du travail. Ces observations nous amènent à réfléchir à notre propre rapport au temps, dans nos vies de citadins pressés. Dans le désordre architectural ambiant, le climat plus doux de la vallée refleurit les jardins de bougainvilliers, d’abutilons, de rosiers…

Nous louons les services de transport de notre auberge pour aller visiter deux sites à proximité mais bien en hauteur. Les salinières de Maras sont exploitées depuis plus de 2000 ans. Elles reposent sur un ruisseau chargé de chlorure de sodium. Le ruisseau est dévié pour remplir de grands bacs à flanc de colline qui sont mis à sécher pendant un mois. Après l’évaporation de l’eau, les bacs de sel sont ratissés par les femmes (à main nue), ensachés par les hommes. Le site est auto-géré par la ville, contrairement aux autres sites du secteur, et 300 familles en vivent encore aujourd’hui. Ensuite nous nous rendons au site de Moray, site archéologique impressionnant formé de terrasses circulaires qui servaient d’expérimentation agricole aux incas. Grâce à une exposition privilégiée, protégée des vents, et à un système d’irrigation régulé, les terrasses creusées dans la terre permettaient d’adapter les espèces tropicales au climat montagnard et de calculer les rendements selon les types de terrains.

Nous pédalons ensuite vers la ville d’Ollantaytambo, dernier port routier avant d’accéder au Machu Picchu. Il y a quelques années, cette petite ville n’était qu’un tout petit village, dont le plan en forme d’épi de blé et les fondations des maisons datent de l’époque inca et de l’installation d’un palais dont on peut aujourd’hui visiter les vestiges sur le flanc de la colline. La ville est aussi traversée par un système de canaux datant de cette époque.

Aujourd’hui les boutiques de tourisme et les restaurants ont envahi les rues. C’est d’ici que partent les bus permettant d’accéder au Machu Picchu lorsqu’on ne souhaite pas prendre le coûteux train des Andes, qui déleste chaque personne de 130$ aller-retour (argent qui ne bénéficie pas totalement aux péruviens, puisque les sociétés Peru Rail et Inca Rail sont vraisemblablement détenus -au moins en partie- par des anglais et des américains, comme leur nom l’indique bien…).

Après un raté de réservation en ligne qui a failli nous coûter la visite du célèbre site, nous nous embarquons dans l’expédition des touristes les moins riches ou les plus masochistes. Nous prenons un van pour 4h de route de montagne au bord de ravins, que l’estomac de Diane n’a pas du tout supportées. Nos voisins d’infortune ne manquent pas de nous donner quelques feuilles de coca à mâcher pour lui faire passer les nausées. Résultat : 10 minutes plus tard, Diane dormait et finissait le voyage sans encombre. Arrivés au terminus, il faut ensuite marcher 2h selon les blogs sur internet, 3h pour nous, le long des rails du susdit train, dans une végétation tropicale des plus dépaysantes : bananiers, strelitzia, passiflores… Rapidement, il se met à pleuvoir assez fort et nous arrivons trempés à Aguas Calientes où nous profitons des thermes d’eau chaude au tarif exorbitant pour les touristes, avant d’aller nous coucher.

Lendemain, réveil à 4h pour entamer l’ascension de la montagne. A la dernière minute, Nadège décide de prendre le bus avec Diane qui a déjà bien donné la veille. Les trois courageux entament donc leur ascension de 700m de dénivelé en gravissant des marches bien raides, et arrivent en haut en 50 minutes ! Chapeau !

Nous arrivons juste à temps pour assister à un spectacle saisissant : le site recouvert d’un brouillard à couper au couteau se découvre progressivement sous nos yeux. Malgré la densité de touristes, malgré ce système de transport abusif et tous les excès de l’exploitation touristique à outrance, il faut reconnaître que le site est impressionnant. Nous sommes touchés par les lieux, plongés au cœur de montagnes inhospitalières mais magnifiques. Accompagnés d’un petit livre que nous avions trouvé dans une librairie à Cuzco, nous passons la matinée à comprendre comment était organisé ce village de 300 à 1000 habitants, regroupé autour d’un palais impérial probablement construit par Pachacutec, leur Napoléon inca.

Nous redescendons le même jour dans la vallée, à pied et en van encore une fois, et nous couchons épuisés par cette longue journée. Le lendemain nous repartons à vélo pour Urubamba, et faisons le choix de ne pas visiter la ville de Pisac, à 40 km, qui est pourtant un site majeur de la vallée sacrée. Nous préférons remonter vers Cusco pour nous préparer à démarrer notre aventure vers le sud (et aussi parce que les ados, ça sature vite des vieilles pierres). De même, nous ne nous sentons pas capables encore d’entreprendre la remontée vers Cuzco, avec ses 1000 m de dénivelés en peu de distance. Nous trouvons donc un bus local, équipé de rack à vélo sur le toit (et oui) et moins de 10 minutes après notre arrivée à la gare routière, nous décollons (en payant finalement 30 sols au lieu des 90 demandés par un autre chauffeur…).

Le Pérou bénéficie d’un patrimoine historique impressionnant, sans même parler des dizaines de petits sites éparpillés dans la région peu exploités et peu connus des circuits touristiques.

Cette plongée culturelle nous a bien questionné. Les incas bénéficiaient d’une main d’œuvre facile, car tous les résidents avaient un devoir de participation aux constructions collectives. Pour autant, comment est-il possible de dépenser autant d’énergie à extraire, tailler, soulever, déplacer parfois sur des kilomètres ces énormes blocs à la base de leurs fondations ?  Ils ne se doutaient certainement pas de l’héritage qu’ils laisseraient aux générations futures, résistant au temps, aux tremblements de terre et aux perches à selfie…

Quant à nous, ce petit périple au coeur de la Vallée Sacrée a été un bon entraînement. Loin d’être simple pourtant. Dans ces montagnes majestueuses, nous nous sentons ramenés à notre simple condition, qu’il faut accepter. Le temps est notre allié.

 

Par Nadège

Notre arrivée à Cuzco

Le départ de Brooklyn est un peu stressant mais tout finit par tenir dans 2 taxis pour l’aéroport. Quelques mauvaises surprises, arrivés au terminal : on n’a pas le droit d’enturbanner nos bagages (ce sont de grands sacs souples pour tenir toutes les sacoches vélo et il nous faut vraiment les protéger) et la compagnie nous réclame un gros supplément pour les vélos normalement compris dans les billets (le courtier finira par nous rembourser, ouf).

Nous sommes contents d’arriver au Pérou. Marc et les deux grands sont hyper motivés par l’apprentissage de l’espagnol. Ils bûchent sur une appli en ligne, et répètent à longueur de journée « La niña come pan » ou « El gato bebe leche » qui se transforme parfois en « La niña come el gato ». Bref, encore un peu de travail 😉

Après 24h de voyage, nous voilà à Cuzco, ville perchée dans la cordillère des Andes à 3600 m d’altitude. Nous nous sentons suffisamment en forme pour remonter les vélos devant l’aéroport. Les 6 km à parcourir pour rejoindre notre auberge nous paraissent accessibles dans cette circulation dominicale. Il nous faudra cependant presque une heure à ahaner comme des lamas pour y parvenir ; l’altitude se fait sentir à la moindre bosse.

C’est à moitié morts mais très heureux que nous parvenons à l’auberge, l’Estrillita. Simple, fonctionnelle, mais surtout un véritable repaire de baroudeurs en tous genres, qu’ils soient à pied, à vélo ou en moto ; un lieu formidable pour partager des informations sur le voyage et la région. A notre arrivée, nous rencontrerons des personnes de tout bord, d’Australie, d’Espagne, du Portugal, d’Allemagne, d’Indonésie, ainsi que Huguette et Daniel, un couple de français arrivés le même jour. Des rencontres bien motivantes !

 

Et puis là, plouf !

Quelques heures après notre arrivée, presque toute la famille est clouée au lit par le mal de l’altitude (appelé « sorroche » ici) avec maux de tête, nausées et essoufflements. Bien que nous ne soyons pas formatés pour cela, nous décidons de sortir notre atout majeur pour ce voyage : le temps. Nous restons une bonne semaine sur Cuzco pour habituer notre corps à l’altitude et nos estomacs au folklore local.

Nous profitons de cette semaine pour visiter la ville et comprendre son histoire. Cuzco, qui veut dire en Queshua « Nombril du monde » a été la capitale de l’empire inca (et non pas la capitale du massage et de la manucure comme veulent le faire croire toutes les jeunes dames qui nous interpellent à chaque coin de rue.) Le fondateur de l’empire inca Pachacutec lui a volontairement donné la forme d’un puma, animal sacré pour les incas, tapi au coeur des montagnes qui l’entourent. Déclarée Patrimoine Culturel de l’Humanité par l’UNESCO, cette ville est en effet d’une richesse archéologique étonnante, ville-témoin de l’époque pré-colombienne et de la colonisation espagnole. Les différents éléments architecturaux sont visibles simplement en se baladant dans les rues. Les fondations incas, assez bien préservées, sont reconnaissables à leurs murs épais constitués de blocs de pierre admirablement taillés et parfaitement jointifs malgré leurs formes polygonales variées. Un bon nombre de bâtiments actuels reposent sur ces fondations, plus ou moins visibles. Les travaux de rénovation mettent régulièrement à jour de nouveaux sites de cette époque. La présence espagnole est aussi bien sûr très visible, avec ses églises, ses couvents, ses balcons de bois sculptés, ses cours intérieures, qui pour la plupart recouvrent pour tout ou partie les fondations incas… La violence de la colonisation espagnole interpelle les enfants, ce qui fait l’objet de discussions sur la domination économique et politique qu’ont mis en place les pays européens dans le monde en utilisant l’évangélisation comme moyen de domination sociale (et ce qui illustre assez bien le premier chapitre d’histoire de Pauline).
Ce mélange de genre dans l’architecture se reflète aussi dans l’animation quotidienne de ses rues. Sur la Place des Armes, place centrale qui représente le coeur du puma, se côtoient naturellement des indiens en habits traditionnels, des employés en tailleur, des touristes… En écrivant cet article, nous nous rendons compte que par retenue, nous n’avons pas pris beaucoup de photos de cette atmosphère éclectique…

Nous avons donc profité de ce moment de faiblesse passagère pour visiter quelques musées, nous balader, et compléter nos connaissances en re-visionnant avec les enfants « Les mystérieuses cités d’or »… 😉

 

La semaine que nous passons à Cuzco est aussi celle qui précède les élections municipales et régionales. La ville est en effervescence, les maisons sont recouvertes de panneaux, de peintures de logos pour soutenir tel ou tel candidat. Nous assistons aux défilés des candidats et à la distribution de boîtes d’allumettes ou de calendriers, fanfare à l’appui. Slogan commun : la lutte contre la corruption. Le propriétaire d’une petite auberge nous fait part de son désarroi face au système politique péruvien. Tous les présidents des 20 dernières années sont soit en fuite, soit en prison, soit soupçonnés de corruption. Il nous confie que les votes ne se font pas selon les programmes des candidats, puisque personne n’y croit plus, mais sur celui qui leur paraît être le moins malhonnête, en acceptant fatalement qu’il y ait une part de détournement des fonds publics. Une autre fois, lorsque nous demandons si les habitants se font payer pour dresser ces grandes affiches sur leur maison, on nous répond que non, mais qu’ils pourront demander une faveur au candidat vainqueur si c’est lui qu’ils ont soutenu… Est-ce que c’est là que commencent les petits arrangements entre amis ? Encore une fois, ces observations font l’objet de discussions intéressantes avec les enfants.

 

Pendant cette semaine de repos et de visite, nous nous renseignons sur les différents moyens d’aller visiter les autres sites de la Vallée Sacrée, dont le célèbre Machu Picchu. Alpagués à tous les coins de rue par les agents de tourisme qui proposent des « tours » tous plus incroyables et économiques les uns que les autres, nous réalisons que nous ne souhaitons pas les visiter sur un mode express, comme le font la plupart des personnes qui n’ont pas forcément le temps que nous avons. Nous commençons à envisager de descendre la vallée en vélo pour profiter encore plus de la région et de ses magnifiques paysages. Nous doutons cependant de nos capacités, bien entamées par le sorroche et les perturbations intestinales. Finalement nous franchirons le pas, et enfourcherons nos montures pour une journée de reprise, de loin la plus difficile du voyage pour l’instant, avec ses 7h de grimpette pour sortir de Cuzco… Mais ça, c’est une autre histoire !

 

Par Nadège

To-uriste or not to be

Trajet

Pour cet article, on va faire court, parce que cette fois il n’y a rien d’original : nous avons enfilé notre casquette de touriste et consommé le bilan carbone d’une demi-vie.

Nous avons quitté la péninsule acadienne en train pour rejoindre Toronto où nous avons rencontré Nathalie, Erik et leurs enfants, qui nous ont hébergés pendant quelques jours. Nous avons particulièrement apprécié les échanges que nous avons pu avoir avec eux et le regard de ce couple européen sur la vie canadienne (Merci Nicolas et Inès d’avoir permis cette belle rencontre !). Nos vélos sont restés sagement stockés dans leur abri jardin pendant que nous roulions vers le Michigan pour retrouver nos amis toulousains Florian, Amandine et leur concentré d’énergie Léonie, expatriés depuis quelques années.

 

 

Pas nécessaire de se répandre ici en détails, mais nous avons passé avec eux de sublimes vacances. Les températures étaient estivales au bord de l’eau du lac Michigan, dont l’eau est douce (non salée), cristalline et chaude. Nous avons donc bien profité : baignades, paddle, canoë, visite d’une épave au fond de l’eau, balade en one-wheel qui a valu une entorse au poignet et de nombreuses brûlures…

 

 

Nous sommes ensuite retournés au Canada (Hello again, douane), pour retrouver nos vélos que nous avons chargés dans un camping-car. Et oui, « dans » le camping car, puisque notre réservation de rack à l’arrière du véhicule n’est pas passée… Marc et François maîtrisent maintenant les puzzles en 3D ! Nous sommes alors partis pour un road trip qui nous a mené vers :

– les chutes du Niagara où nous avons ressorti les vélos pour une très jolie balade d’une cinquantaine de km entre Niagara-on-the-lake et les chutes.

– la campagne de l’état de New-York, avec ses maisons américaines bornées de un deux drapeaux chacune.

– Boston, où nous avons découvert l’histoire du berceau de l’Amérique indépendante. Nous en avons profité pour visiter la future université des enfants, Harvard, afin qu’ils choisissent la maison à laquelle ils voudront appartenir (celle de Barack Obama, de Nathalie Portman, de JFK, de Mark Zuckeberg…)

– Nous sommes ensuite descendus vers New-York où nous avons séjourné quelques jours dans le quartier de Brooklyn et passé quelques soirées en compagnie de Florian qui nous y a rejoint, pour le travail bien sûr 😉 Et alors là, les grands classiques : statue de la Liberté, Mémorial du 11 septembre, World Trade Center, rooftop, Central Park, Time Square, shopping avec les ados… Les enfants nous ont supplié de visiter le musée d’art contemporain, le MoMA, mais nous avons refusé de manière catégorique, cela faisait trop de culture d’un coup (« non mais tu rêves maman » 😉 )

Nous avons aussi rendu visite à Frédérique, Michel et leur deux enfants, qui vivent sur New York depuis plusieurs années. Frédérique et Nadège ont été colocataires en résidence universitaire à Compiègne il y a pas mal de temps maintenant, il n’y a pas si longtemps que cela. Rencontre trop courte mais bien sympa !

 

 

 

Programme assez chargé donc pendant ces trois dernières semaines. Pour autant, nous sommes assez mitigés sur la dernière section du voyage. Nous avons conscience de la chance que nous avons eue de pouvoir visiter tous ces lieux symboliques. Mais nous réalisons en même temps que le vélo est un formidable moyen de découvrir du pays en douceur. Circuler en bicyclette nous permet de poser un regard sur notre environnement au rythme de notre capacité attentionnelle, alors qu’en véhicule les informations s’impriment avec fracas sur notre rétine, sans parler des sons et des odeurs… De même, après avoir voyagé lentement dans les paysages québécois, il nous est un peu difficile d’apprécier l’agitation d’une ville comme New-York, avec ses ruelles étouffées par des building, sa pollution, son métro kafkaïen, l’agressivité de cette foule et des serveurs blasés du tourisme de masse.

Nous ne sommes donc pas mécontents de reprendre l’avion et de nous envoler samedi vers de nouveaux horizons… Pérou, nous voilà !

 

Par Nadège

Bye bye Canada, see you soon ?

Nous arrivons déjà au terme de notre séjour canadien, qui est passé si vite !

Partis de Montréal, nous sommes montés jusque Trois-Rivières, en longeant l’Ile aux Castors, le lac Saint Pierre, Yamachiche, Trois-Rivières et Brise-Culotte. Nous avons traversé à Québec et longé le Bas Saint-Laurent, en passant par La Pocatière, Kamouraska, Trois-Rivières, Trois-Pistoles, la Baie du Ha!-Ha! et Rimouski. Nous sommes passés par des dizaines de petits villages portant le nom d’un Saint : Saint-Denis, Saint-Germain, Saint-André, Saint-Patrice, Saint-Fabien, Sainte-Luce, Sainte Flavie, … Nous avons grimpé les Appalaches, longé la rivière Matapédia et rejoint la rivière Restigouche qui marque la frontière nord entre le Quebec et le Nouveau Brunswick. Nous avons longé la Baie des Chaleurs, traversé le Nepisiguit et roulé jusqu’à la Péninsule Acadienne, où nous avons appris comment vivaient les premiers colons français, en bon contact avec les indiens Mi’kmaq (Paragraphe à lire à haute voix les jours de déprime, effet vacances garanti 😉 ).

C’est pour nous une grand satisfaction d’avoir réussi à franchir ces 1000 premiers km : même pas mal (ou presque). Nous nous doutons bien que la marche est petite par rapport à ce qui nous attend dans les Andes. Des campings tout du long (avec piscine s’il vous plait), des douches chaudes, des routes plutôt confortables, de quoi manger en abondance, de l’eau potable partout ou presque, et puis des dénivelés très acceptables à une altitude en rase-motte.

Pour autant, nous ne déprécions pas cette première étape, qui nous a permis de décoller en douceur. Nous nous sommes adaptés physiquement sans trop souffrir. Nous avons mis en place une routine familiale et logistique qui n’était pas des plus évidentes au départ. Nous avons vu fondre des résistances, capté des regards complices et entendu des fous-rires qui étaient dernièrement retenus captifs par les heures passées chacun dans sa chambre, les yeux rivés sur des écrans.

Et puis surtout nous nous sommes régalés à traverser ce tout petit bout de Canada ! Cette traversée du Québec vers l’Acadie française, berceau du Canada qui n’a pourtant « que » 400 ans, nous a ravi à la fois dans la variété de ses paysages au bord de l’eau, de ses couchers de soleil, dans l’accueil chaleureux que nous avons reçu tout du long. Tout semble si tranquille ici !

Cette facilité à nous loger dans des campings a pourtant eu ses limites. Les rencontres avec les autochtones ont été beaucoup moins nombreuses sur la deuxième partie du trajet, et nous restons un peu sur notre faim, avec l’impression d’avoir une vision un peu trop lisse du pays, sans l’avoir perçu dans sa complexité. En bon français naturellement sceptiques, nous nous posons de nombreuses questions sur la vie politique, économique, sociale du pays… Nous n’avons rencontré aucune forme d’agressivité en 40 jours de voyage. Certes nous sommes une famille de voyageurs sous un format atypique, et sympathiques c’est certain 😉 , mais nous sommes peu habitués à cette paix ambiante. La région connaît le plein emploi, les maisons et jardins sont particulièrement bien entretenus laissant supposer un niveau de vie confortable. Sur au moins la moitié des jardins se dressent fièrement un drapeau, que ce soit celui du Québec, du Canada ou de l’Acadie, ce qui nous laisse admiratifs. Nous avons du mal à imaginer une telle fierté régionale ou nationale en France, à part bien sûr pendant la Coupe du Monde ou dans les jardins de propriétaires rapidement taxés de voir la vie en bleu marine. Tabarnac Canada, où tu-caches-tu le poil à gratter ?

Un agréable petit séjour à Toronto chez Nathalie et Erik, famille franco-danoise installée au Canada depuis une dizaine d’années, nous permettra de répondre en partie à ces questions.

Pas le choix, il nous faudra revenir… surtout que nous n’avons pas vu l’hiver, ses -30° et ses 5 mois de neige !

En attendant, un petit sondage familial pour repérer ce qui a été apprécié -ou moins- pendant ce séjour :

  • Diane : J’ai aimé la poutine, le village des acadiens, la maison confortable avec des lits, des canapés, une cuisine et une piscine à Clifton. Je n’ai pas du tout aimé les moustiques dans les campings.
  • Pauline : J’ai détesté les moustiques. J’ai bien aimé les cochonneries sucrées (boisson, barres chocolatées) que Papa a achetées pour goûter, même si ça n’était pas très équilibré. Heureusement, nous nous sommes rattrapés sur les pédales ! J’ai beaucoup aimé les couchers de soleil sur l’eau et tous les encouragements que nous avons reçus des québécois. J’ai été très touchée de l’attention que l’on nous a porté, comme la fois où un Monsieur s’est arrêté en voiture pour nous offrir une bouteille de Coca de sa glacière.
  • François : J’ai aimé goûter de nouveaux « breuvages » (vert ou orange électrique, sous les yeux horrifiés de maman qui passe son temps à regarder les étiquettes des ingrédients) et tester des plats inconnus dans les restos. J’ai été impressionné par la taille des maisons. J’ai souvent rigolé en entendant l’accent et les expressions québecoises. Malgré beaucoup de persévérance à essayer d’impressionner les moustiques, ça n’a pas marché, je n’ai pas aimé qu’ils me choisissent pour cible préférée.
  • Les parents : Il y aurait pas mal à dire, mais cela transparaît probablement déjà au travers des différents articles rédigés. Pour Marc, les paysages, les routes en général bien aménagées pour les vélos et la navigation facile dans plans de ville tracés au cordeau, la gentillesse des Québécois et Néo-Brunswickois. Pour Nadège, le village des acadiens a été un véritable coup de coeur, qui entre en résonance avec ses penchants néo-écolo-bobo. Observer les pratiques agricoles pleine de bon sens et de mesure qui ont pu faire vivre des familles de 12 en complète autonomie -ou presque- c’est plus qu’il n’en faut pour attiser les rêveries de Madame, déjà portée à réfléchir sur la sobriété heureuse par cette aventure à vélo. Et comme en vélo, on a le temps de rêver, Madame médite la petite phrase de Nadine « Chez nous, on dit qu’un vrai québécois doit être débrouillard, au minimum il doit savoir faire un feu, pêcher et chasser »… Pour la chasse on repassera, mais pour le feu et la pêche … 😉

 

Par Nadège

 

De Matapédia à Bathurst

La petite carte pour suivre un peu :

Trajet Matapédia-Bathurst

Evidemment, ça fait tout petit sur la carte, mais on a quand même mis 5 jours pour relier les 2 villes. Nous rencontrerons au passage de sympathiques cyclistes. Bien plus rapides que nous, mais plus expérimentés (ils terminent une traversée complète du Canada d’Ouest en Est) et aussi moins chargés. Nous essuierons le soir même notre premier échec pour entrer dans un camping : nous ne savions pas que certains sont exclusivement réservés aux caravanes. Après le passage d’un pont un peu dangereux, il nous faut prolonger pour arriver dans un camping au milieu d’un parc dans une jolie forêt.

Plus trop de warshowers par ici et les dernières cartouches n’ont pas fonctionné. C’est un peu dommage d’enchaîner les campings, ça ne permet pas les mêmes rencontres. Mais la nature et les paysages sont charmants. Nous réitérons une grosse journée à plus de 60 km et 500 m de dénivelé. Le vent nous ralentit beaucoup et l’arrivée à 17h ne permet pas dégager du temps pour faire autre chose que le nécessaire. Les moustiques ne nous laissent toutefois pas trop sortir, il nous faut éviter de rester statiques pour admirer les couchers de soleil. Même au bord de la mer et avec un grand vent ils sont quand même bien présents et voraces. Ca sera d’ailleurs le cas dans plusieurs campings le long de cette côte. Ca rend tout le monde un peu tendu et ça limite les activités. Pourtant les québécois l’assurent : « Y’a pas de mouches icite ! »

 

 

C’est au cours de cette semaine que nous passerons nos 1000 km depuis le départ (et 4600 m de dénivelé). Nous immortalisons le compteur, assez fiers de nous. Il faut avoir roulé avec des vélos aussi chargés pour apprécier.

DSC03243-800

 

Nous terminons ce séjour canadien par quelques jours bien mérités dans une maison sur la péninsule acadienne, objectif culturel de notre traversée. L’Acadie correspond à la région nord-américaine où se sont installés les premiers colons français. C’est sur cette péninsule que sont revenus les acadiens initialement débarqués en Nouvelle-Ecosse, après avoir fui les déportations organisées par les anglais, appelées ici le Grand Dérangement. Les britanniques les accusaient d’avoir voulu rester neutres dans le conflit de territoire qui opposait la France et l’Angleterre. Déportés dans les colonies anglaises, des Antilles à la Louisiane, certains sont revenus dans ces conditions difficiles et ont élu domicile au Nouveau Bruswick au cours du siècle suivant. Nous avons visité un village qui retrace la vie des acadiens avec un sens de la précision et de la figuration impressionnant. Chacune des maisons a été déplacée planche par planche et pierre par pierre d’un village de la région. Un figurant y vit toute la journée comme son ancien propriétaire, en nous décrivant avec moult détails son mode de vie, l’histoire de sa famille etc… Les salariés sont tellement impliqués que certains passent une partie de leur temps libre à éplucher les archives des églises et des villages pour en savoir davantage sur le personnage qu’il joue. Les potagers à côté des maisons sont semés chaque année et remplissent les assiettes des figurants qui cuisinent de réelles recettes d’époque au feu de bois, ou au poêle pour les maisons plus récentes. Les bergeries, porcheries et poulaillers sont occupés par des animaux qui fournissent oeufs, lait (et viande ?).  Nous devions y passer 1 ou 2h, nous y avons passé la journée !

 

 

Nous avons aussi profité de cette petite pause pour nous reposer et rattraper un peu les devoirs avant d’embarquer tout notre fatras en train vers Toronto. De là nous prendrons un bus pour passer la frontière américaine vers le Michigan, où nous retrouverons Florian et Amandine qui nous accueilleront quelques jours.

 

 

 

Par Marc

De Rivière-du-Loup à Matapédia

Ça c’est un gros morceau, je vais tenter de ne pas être trop long. C’est le problème quand on ne publie pas souvent, les photos et les événements s’accumulent. Mais avec la logistique du démontage-rangement/installation-montage qui mange au moins 3h par jour, un peu de classe et puis du vélo quand on a le temps, c’est difficile de s’installer pour récupérer toutes les photos, les trier et écrire un bout de texte. Un rythme d’une mise à jour par semaine parait faisable, mais il ne faudra pas compter sur une fréquence plus élevée, on a une vie nous aussi ! 🙂

On va coller un bout de carte dans chaque article, pour faciliter la compréhension du trajet. Montréal en bas à gauche, Bathurst en haut à droite et la section concernée dans l’article, en bleu :

Trajet Rivière-du-Loup Matapédia

Ouais, enfin 16h de vélo, ça se discute… Lien trajet

Avant de quitter Rivière-du-Loup, indispensable d’aller voir les baleines ; qui sont plutôt du côté de Tadoussac. Une belle traversée, presque-pas-trop-froide et beaucoup d’observations de rorqual communs, de phoques et quelques dauphins filant devant la proue et visibles en transparence. Les baleines chamboulent le programme de la journée, mais le lendemain, c’est relâche dans un petit coin de paradis où nous resterons 2 nuits en cabane pour laisser passer un front pluvieux. Un chaton blanc habitant les lieux rendra les filles gagas et les parents chèvres.

Les gens sont sympas ici ; l’employée à l’accueil du camping nous prête sa voiture pour aller faire des courses. Ça nous permet de changer le carburant du réchaud qui a gélifié avec la baisse de température (c’est la Canada hein !) et nous assure de manger chaud.

La route que nous suivons est très fréquentée par les camions sur certaines portions ; pas possible de libérer Diane qui reste accrochée aux basques de son père la plupart du temps. Le parc du Bic avant Rimouski nous offre une belle pause nature et nous nous essayons pour la 1ère fois au géocaching. Très amusant, pour les jeunes et les moins jeunes aussi. A ne faire que quand on a du temps, il y a tellement de balises cachées qu’on avance plus si on cherche toutes celles qui sont sur le trajet. Nous nous arrêtons dans une anse du parc dans laquelle une colonie de phoques à élu domicile. Explications d’un guide et observation à la lunette et aux jumelles.

Nous avons moins de succès avec les hôtes warmshowers et en manquons plusieurs de peu. C’est un peu dommage parce que ça change du camping et permet de découvrir le pays autrement. Mais les rencontres sur la route sont multiples, à vélo ou à nos différents arrêts, nous sommes souvent abordés pour savoir le trajet que nous faisons et toujours encouragés dans notre périple.

Lors du passage par Rimouski nous profitons du parc Beauséjour qui est très agréable. A Pointe-au-Père, nous visiterons un ancien sous-marin réformé. Visite très intéressante : il y a peu de musées sous-marins et celui-ci est très bien fait. Nos derniers kilomètres parcourus sur les berges du Saint-Laurent seront très agréable avec un bon vent dans le dos. C’est à la hauteur de Mont-Joli que nous avons décidé d’obliquer vers l’intérieur des terres pour traverser la vallée de la Matapédia. C’est aussi là que les choses se corsent avec quelques belles côtes à grimper. Diane en fera d’ailleurs quelques unes toute seule. Nous cracherons nos poumons de non-fumeurs à plusieurs reprises, les Andes n’ont qu’à bien se tenir, nous arrivons !

Peu enthousiastes à l’idée d’une nuit en camping sauvage en forêt, tout le monde est motivé pour pédaler et ce qui aurait dû nous prendre 2 jours est avalé en une journée : 550 m de dénivelé sur 60+ km. On est assez fier de nous et pour fêter ça, nous passerons une confortable nuit en chalet.

Le 27 août, nous marquons l’anniversaire de Pauline avec une très courte journée de pédalage et un gâteau d’anniversaire improvisé face au lac Matapédia et des shamallow grillés sur la berge.

La vallée de la Matapédia est très belle et nous sentons un changement dans l’acceptation du voyage alors qu’il pouvait y avoir encore récemment quelque opposition. Ils sont même favorables à l’idée de refaire un tour du monde plus tard dans leur vie d’adulte. Il faut dire que nous sommes partout bien accueillis et complimentés. A l’image de ces gens en voiture qui s’arrêtent devant nous alors que nous repartions après une baignade dans la rivière Matapédia et nous offrent des boissons fraîches avant de repartir aussi vite qu’ils étaient arrivés.



Par Marc

De Trois-Rivière à Rivière-du-Loup

Nous poursuivons notre route vers le Nouveau-Brunswick en traversant modestement -mais sûrement- la belle région du Québec. Ci-dessous la carte contenant notre trajet au Canada, l’article couvre la section en bleu :

Trajet Trois-Rivière Rivière-du-Loup

Les douleurs aux mains, poignets et popotins sont bientôt terminées et nos cuisses commencent à prendre du volume… Les portions de routes plates s’espacent depuis notre arrivée sur la ville de Québec. Plus nous approchons de Rivière-du-Loup, plus les vallons se resserrent même s’ils restent abordables à nos jambes non entraînées. Nous savons d’avance que la route vers Rimouski augmentera un peu encore en difficulté pour nous préparer progressivement à la traversée des Appalaches du Nord qui nous mènera vers l’océan. Nous éprouvons de la satisfaction en prenant conscience de notre progression et en nous observant grimper des côtes que nous aurions peiné à monter quelques jours avant, chargés de nos 15 à 30 kg de bagage chacun… Nous avons crié de joie le jour où nous avons dépassé les 70 km avec un petit 300m de dénivelé, poussés par un enthousiasme collectif (et un petit vent dans le dos, il faut l’avouer).

 

Nous avons  la chance d’avoir un temps magnifique pour notre début de voyage. A part une soirée bien arrosée (de pluie), nous pédalons sous le soleil et exposons fièrement dans les campings notre bronzage à la mode « cycliste » (seuls les fins connaisseurs apprécieront les zébrures marquées au beau milieu des cuisses)…

La région que nous traversons est particulièrement belle. Après avoir longé le fleuve Saint-Laurent, nous poursuivons sur la rive sud de la baie. Nous campons le plus souvent au bord de l’eau ; les hautes marées de la nouvelle lune verdissent les joncs, les bas-côtés des routes sont couverts de roseaux, de graminées, de tanaisies jaunes et d’épilobes dont le bout des épis est encore paré de fleurs d’un rose vif, formant de grands massifs sauvages colorés. Tout au long de la route, nous admirons les maisons de bois de formes et de couleurs variées. Leurs porches abritent souvent un ou plusieurs fauteuils sur lesquels flânent leurs habitants qui nous saluent parfois. Cette tranquillité apparente nous laisse penser que le mode de vie ici est plus respectueux des rythmes de chacun. Il s’agit probablement d’une impression hâtive, qui ne concerne pas forcément les personnes encore en activité. D’ailleurs nous nous étonnons de ne croiser que peu très peu d’enfants tout au long de notre route. Le taux de natalité est bien plus bas qu’en France, ce qui peut expliquer que l’on complimente régulièrement notre « belle famille » de trois enfants.

 

 

Nous apprécions l’accueil chaleureux qui nous est fait tout au long de notre passage. Grâce au réseau Warmshower, nous avons eu la chance de rencontrer Pierre et Claudette qui nous ont reçus comme des rois pendant 2 jours. Ils sont tous les deux de grands amateurs de cyclotourisme, reviennent d’ailleurs d’un voyage en France et planifient le suivant en Europe du Sud… Pierre nous a fait bénéficier de son expérience et de ses conseils avisés sur le matériel et nous a emmené visiter Quebec et les chutes de Montmorency au nord de la ville et ce, en voiture ! (comme des rois, je vous le disais). Nous avons aussi rencontré Etienne, Noah, Justine et Torben, Raynald et Ginette, et de nombreuses personnes qui nous interpellent à l’arrêt ou en vélo pour s’intéresser à notre périple. A plusieurs reprises, nous avons été touchés des messages adressés aux enfants, à l’image d’Oliviero, designer en voyage d’inspiration, qui s’est adressé à eux avec force conviction en les invitant à apprécier la chance que représente ce voyage.

 

Dans cet environnement, le moral est donc au beau fixe. Nous râlons encore facilement pour des détails et nous nous promettons de faire mieux. La logistique du camp est encore très longue, il nous faut bien 2h-2h30 pour tout ranger le matin et partir. Nous nous étonnons aussi de ne pas avoir de temps « libre ». Le soleil se couchant relativement tôt (vers 20h), nous avons du mal à rester éveillé après 21h. La journée file à toute vitesse, et pour peu que nous ayons calé un peu de devoirs dans la journée, le reste est consacré à rouler, faire les courses alimentaires et à la logistique. D’où ces nouvelles un peu tardives !

Suite donc au prochain épisode…

Par Nadège

Quel départ !

Ça y est, nous sommes lancés !

L’empaquetage des vélos nous a pris une bonne grosse demi-journée avec l’aide du papa de Marc. Le filmage final et l’embarquement de l’ensemble à l’aéroport de Toulouse a été grandement facilitée par la venue surprise de Greg et Mathieu, et je ne sais toujours pas comment nous ferons sans eux la prochaine fois !

 

Notre arrivée sur Montréal s’est déroulée sans encombre, nous avons réussi à rentrer tout notre fatras dans deux taxis qui nous ont débarqués comme prévu à l’adresse que nous avions réservée, chez Danielle et Jacques. Nous avons logé dans leur maison au coeur du quartier bien typique de la Vieille Patrie, dont les duplex et triplex sont accessibles à la fois de la rue par des escaliers de métal ou de bois, et par les arrière- cours qui se rejoignent toutes sur une ruelle piétonne. Samedi, nous nous lançons dans l’exploration de la ville aux cent clochers en arpentant les rues des différents quartiers du centre (en surface et en sous-terrain). Dimanche, la fatigue de ces dernières semaines nous tombe dessus et il nous faut nous motiver pour sortir de notre léthargie et profiter de cette belle ville. Pour motiver les plus récalcitrants (que nous ne citerons pas), nous marchandons avec les enfants un musée contre une patinoire (oui oui en été, nous sommes au Québec !)…

 

Lundi 6 août, séance de remontage de vélo le matin. 2h : beaucoup plus rapide qu’au démontage bien sûr. Difficile de tirer plus de cette journée où la chaleur étouffante de Montréal n’a fait qu’accentuer notre fatigue décidément bien tenace. Nous décidons quand même d’aller manger les fameux Bagels de Saint-Viateur pour tester nos montures, et sommes surpris par un orage. Nous rentrons tout trempés mais joyeux !

 

Ci-dessous la carte contenant notre trajet au Canada, l’article couvre la section en bleu :

Trajet Montréal Trois-Rivières

Mardi 7 août, grand départ ! La météo ne s’annonçant pas des plus favorables, nous attendons que la pluie se calme avant de partir en fin de matinée. Finalement, le temps se découvre progressivement et c’est sous un soleil radieux que nous sortons de la grande ville. L’île de Montréal s’étend sur près de 50 km du nord au sud. Nous traversons des environnements variés. Des quartiers de rues perpendiculaires aux multiples Stops (François nous fait justement remarquer que leurs panneaux « Stops » sont plus français que les nôtres, ils disent « Arrêt »), nous passons aux quartiers résidentiels aux jardins tout proprets, tout jolis. Avant de quitter l’île, nous rejoignons une ancienne route longeant le fleuve Saint-Laurent où les verges d’or se mêlent aux roseaux, nous plongeant déjà dans la campagne montréalaise. Les enfants étant particulièrement motivés, nous chevauchons sans difficulté plus de 50 km, un léger vent dans le dos et sur des pistes à plat tout du long. Camping-piscine pour se féliciter et coucher tôt.

 

Mercredi 8 août : 38 km. Nous nous engageons de nouveau sur le Chemin du Roy qui mène à Quebec. Nous nous arrêtons faire quelques courses dans un magasin de bricolage, et nous en profitons pour demander à la dame de la caisse où nous pouvons trouver un magasin d’alimentation sur la route. Une dame dans la file nous conseille de nous arrêter une quinzaine de kilomètres plus loin sur la route pour savourer une des meilleures poutines de la région. Même Céline Dion s’y arrête quand elle passe dans le coin… Alors si Céline Dion s’y arrête… nous aussi ! Et puis cette dame, Nadine, nous rejoint sur le parking du magasin, et nous parle d’un de ses amis qui possède un grand et beau domaine à quelques kilomètres de notre route, où nous pourrions passer la nuit. Nous nous laissons porter par cette rencontre improbable, et nous acceptons avec plaisir cette invitation. Le retour de la pluie accompagne nos derniers kilomètres jusque chez Martin, et nous profitons d’être déjà bien trempés pour aller faire un saut dans la rivière qui serpente son domaine. Moment famille très agréable. Martin, Nadine et ses enfants nous rejoignent, les bras chargés de victuailles et nous offrent une soirée des plus formidables autour du feu. Maïs au beurre, barbecue, couic-couic (le fameux fromage recouvrant la poutine), tarte au bleuet… Nous passons une savoureuse soirée de découverte du pays, clôturée par un feu d’artifice lancé rien que pour nous ! Quel sens de l’accueil ! Nous sommes touchés par tant de générosité, comme un présage des belles rencontres qui nous attendent au cours de ce voyage.

 

Jeudi 9 août : 42 km. La pluie ne s’arrête qu’en fin de nuit. La tente des enfants ne semble pas imperméable. Nous allons devoir contacter la marque MSR pour comprendre ce qui se passe. Pendant que les toiles sèchent, nous attaquons une autre séance de devoirs. Départ en milieu de matinée, après une dernière part de tarte aux bleuets. Il fait chaud et la grande route que nous suivons n’est pas très agréable ; les poids-lourds nous doublent régulièrement et nous poussent à la vigilance sur l’étroite bande cyclable. Les enfants sont néanmoins motivés par la perspective d’un plongeon dans la piscine du camping que nous avons réservé. Nous arrivons en milieu d’après-midi et nous en profitons pour charger les photos et rédiger ces quelques lignes.

 

Demain, direction Trois-Rivières où nous serons accueillis par un hôte Warmshower !

Par Nadège

Le poids, notre meilleur ennemi

Tout au long de ces préparatifs nous avons été particulièrement vigilants à ne sélectionner que des articles solides, indispensables et … légers ! De quoi tourner à l’obsession parfois.

Nous partons avec 17 sacoches Ortlieb : 2 avant et 2 arrière pour nous quatre (Diane ne porte pas) + 1 rackpack à poser sur le porte-bagage arrière de François, histoire de bien charger notre mulechampion.

A cela s’ajoute 5 sacoches de guidon et 2 petites sacoches de cadre.

On pèse rarement les sacoches seules, mais leur poids est loin d’être anodin car elles sont fabriquées dans de la bâche un peu épaisse et imperméable : avant d’avoir commencé à embarquer quoi que ce soit, nous aurons déjà… 16 kg de sacoches sur les vélos ! Ça représente 20% des bagages eux-même, puisque nous emportons un total de 59 kg de matériel dans ces sacoches. On trouvera peut être un moment pour détailler le contenu, mais c’est peut être mieux de le faire après un éventuel ajustement, quand on sera un peu aguerris sur nos vélos.

Les 5 vélos sont assez lourds, on a choisi du solide, au détriment du poids.  Pour se faire peur, voici le poids des vélos avec dans l’ordre de taille et en kg : 23,6 / 17,5 / 16,2 / 15,2 / 11,5, pour un total de 84,0 kg.
Nous embarquons également 10 gourdes. C’est Diane qui en porte le plus avec un bidon de cadre et 2 sur sa roue avant. Ça c’est pas trop lourd quand c’est vide : 0,4 kg au total. Evidemment, ce n’est pas la même histoire quand les gourdes et les 2 outres de 10L sont remplies !

Ce qui nous fait un poids à vide, sans matos, sans eau et sans les trucs qui pédalent de 100 kg. Avec le matériel, on passe à 160 kg. En ajoutant la bouffe et l’eau, ça peut aller jusqu’à 200 kg max et si on rajoute les 250 k de viande molle pour les 5 Bidochons (mais ça va baisser ça…), on ne devrait jamais être au-delà de 450 kg !

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Par Marc

C’est parti pour un tour ?

A l’approche de la date fatidique, la pression monte un peu. Nous sommes allés voir les Indestructibles hier en famille, histoire de se rassurer un peu :  il devrait nous arriver un peu moins de trucs dangereux pendant ce TDM…

Nous sommes à la fois impatients et pour certains anxieux, chacun à son niveau. Les sentiments sont d’ailleurs souvent mélangés, un peu tristes de quitter la maison, le quartier, la famille, les amis (et le chat) ; impatients de découvrir ce qui nous attend et de s’émerveiller sur les routes du monde. Nous nous réjouissons des belles rencontres et des découvertes que nous allons faire mais nous redoutons les difficultés physiques, les pépins techniques, les chutes et bobos divers…

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Les derniers jours ont été éprouvants. Nous avons vécu au rythme des « to-do lists » à n’en plus finir avec la fin du vidage de la maison (merci Laëtitia et Evaëlle !), son ménage (merci Mathieu pour l’équipe de nuit !), les résiliations en tout genre, les transferts d’adresse et l’ensemble des petits détails à ne pas oublier sous peine d’être bien embêtés plus tard.  Une bonne partie de ces points sont cochés, le chat est casé (merci à Sophie, Vincent et Emilie), la maison est vendue, le stockage des affaires est terminé (merci Odile, Bernard, Greg & Méli), les vélos sont encartonnés et les sacoches emballées dans des grands sacs.  Bref, nous sommes prêts à partir et près de partir.