L’amérique du sud, c’est…

Dans nos souvenirs, l’Amérique du Sud ce sera :

  • L’ingéniosité inca et des peuples indigènes, encore visible en visitant le riche patrimoine péruvien, ses cités, ses musées…
  • Le « dulce de leche » tartiné au petit-déjeuner ou dans les gâteaux et pâtisseries (confiture de lait)
  • Les déserts de sable et de sel, ou l’impression d’être plongé dans l’immensité de paysages arides majestueux…
  • Le contraste de la sécheresse des déserts en Bolivie et de l’humidité en Patagonie
  • Les petits pains ronds « amasado », de plus en plus moelleux à mesure de notre descente vers le sud
  • Les jupes et les vêtements colorées des femmes : du rouge, du vert, du bleu, du jaune. Les jupes sont épaisses, doublées, gonflées, tournoyantes quand elles dansent…
  • Les chapeaux de ces messieurs-dames : des ronds, des plats, des bérets, avec ou sans bandeaux de tissu, avec ou sans pompons… Chaque forme de chapeau marque l’appartenance de la personne à un groupe social ou à une ethnie.
  • Les couvertures épaisses et lourdes qui s’accumulaient sur nos lits dans les auberges. Tellement lourdes que nous ne pouvions parfois plus bouger !
  • Les klaxons de voiture de moins en moins bruyants à mesure que nous descendions vers le sud : un coup pour nous prévenir, deux ou trois coups pour nous encourager !
  • Les petites touffes de graminés qui tapissent l’altiplano (et qui nous piquent le popotin lors des pauses-vidanges…)
  • Les feuilles de coca mangées seules ou infusées en maté, qui nous ont (peut-être) soulagé au début de notre voyage. Les bouches édentées dont les gencives et les lèvres sont noircies par la consommation de ces feuilles, notamment chez les personnes âgées rencontrées en chemin
  • Le sourire des boliviens et leurs yeux pétillants de bonne humeur
  • Les chiens de différentes tailles, couleurs, âges, états de propreté… qui ont parfois sérieusement fait monter notre niveau d’adrénaline lorsqu’ils déboulaient de nulle part en aboyant sauvagement et en poursuivant nos montures
  • La pauvreté parfois très visible des personnes rencontrées, le contraste important de niveau de vie dans un même pays
  • Le choclo (maïs) à toutes les sauces et de toutes les couleurs, du jaune, du blanc, du rouge, du violet…
  • Les maisons en adobe sur l’altiplano
  • Les douches électriques aux branchements parfois hasardeux
  • Les familles travaillant dans les champs avec de petits outils, des charrues tirées par des boeufs, ou à la main. Toutes les générations sont à l’oeuvre, même les personnes âgées. Sur l’altiplano, la culture et l’élevage sont souvent réalisés à l’échelle familiale, de manière respectueuse de la terre. Pachamama, la « Terre Mère » est encore une divinité importante dans la culture andine, à qui l’on rend hommage très souvent. Nous n’avons pas vu beaucoup de tracteur ni entendu parler d’engrais ou d’insecticide… Le modèle agricole est différent au Chili.
  • Les pistes de sable redoutées, qui nous contraignaient à pousser nos lourds vélos
  • Les almuerzos, surtout au Pérou, repas complets très bon marché composés d’une soupe, d’un plat et parfois d’une boisson.
  • Les « tiendas », petites épiceries plus ou moins achalandées, dans lesquelles nous étions quasiment sûrs de trouver du soda, des crackers, des pâtes et du thon en boîte (mais pas forcément des fruits ou des produits frais)
  • Les lamas, alpagas, vigognes, guanacos, vautours et tous ces animaux que nous ne croiserons pas souvent ailleurs…
  • Les rivières de Patagonie près desquelles nous avons fait de longues pauses, munis de notre canne. La malice des poissons qui nous faisaient l’affront de sauter à quelques mètres de l’appât…
  •  Le ciel étoilé et dégagé de l’hémisphère sud : la voie lactée bien marquée, Orion, la Croix du sud…
  • Les sandwiches quotidiens pain-thon-mayo(-avocat)(-banane)
  • La poussière des pistes qui brunissait nos vêtements et nos gants de toilette
  • Les chats et chatons que Diane dénichait à chaque arrêt, avec 1 ou 2 yeux, avec 3 ou 4 pattes, avec ou sans puces…
  • Les fanfares des écoles et associations pour s’entraîner ou pour célébrer on-ne-sait-pas-toujours-bien-quoi…
  • Les rires des vendeuses de rue entre elles à notre passage au Pérou et en Bolivie
  • L’attendrissement des adultes pour les jeunes enfants qui se font chouchouter. Au delà de 10 ans la magie s’estompe, dommage pour Pauline et François !
  • Les carrés de chocolat « Sublime » qui ont coloré nos pauses et nous ont donné de l’énergie !
  • La gestion malheureusement approximative des déchets et des évacuations des eaux usées dans beaucoup d’endroits
  • La grande… flexibilité des gens rencontrés dans pas mal de situations au Pérou et en Bolivie : il n’y a pas de problème, que des solutions !

En descendant la Patagonie

carte carretera

En vert, c’est le vélo, en bleu, le bateau et en noir, c’est du bus, en deux fois.

Lors de notre vadrouille familiale, nos vélos nous ont attendus bien sagement à la maison des volontaires de la ferme où nous avions wwoofé avant Noël, à 30 km du début de la carretera australe. En repassant les chercher, nous rencontrons Paul, jeune étudiant français en césure qui vient d’arriver pour un mois de wwoofing, après l’avoir expérimenté en Equateur et avant de partir pour l’Argentine.

Le lendemain matin, nous devons ré-enfourcher nos montures, mais nous partons d’un pas hésitant : la pluie est revenue. Nous roulons néanmoins jusqu’au prochain port à une quinzaine de kilomètres pour prendre le premier ferry de la route australe. En effet, la route australe est interrompue trois fois dans son mode routier et relayée par des traversées en ferry, qu’il faut réserver au préalable. La carretera australe, appelée jusqu’à peu le « sentier Général Pinochet » a été l’une des grandes réalisations initiées sous le régime militaire pour relier les différentes régions de Patagonie, jusque là très isolées. Plus de 10 000 soldats participèrent à la construction, en traçant la voie à travers les forêts vierges, les montagnes et les roches glaciaires. Terminée en 2000, elle s’étend sur plus de 1200 km de Puerto Montt au nord à Villa O’Higgins au sud, faisant le bonheur des cyclovoyageurs qui la parcourent à travers des paysages fantastiques.

La route étroite n’est pas goudronnée sur la totalité de son parcours. De grandes sections sont encore en « ripio », une piste de graviers plus ou moins tassés par le passage des voitures. C’est aussi le cas des routes latérales quand il y en a, comme celle que nous prenons à la sortie du premier traversier. Cette route longe la côte en passant par de jolis villages de pêcheurs. Nous l’empruntons et profitons d’une demi-journée d’un temps radieux qui nous permet d’apprécier la subtilité du jeu de lumière sur l’eau. Nous avons une pensée pour notre oncle Olivier qui pourrait probablement y passer des heures avec son appareil photo ! Nous apercevons des otaries et des dauphins au large. Encore une fois c’est Diane qui les repère en premier. Nous en rigolons d’ailleurs entre nous, comme cette fois où nous faisons une pause sur une plage de sable noir : « Diane, tu nous appelles un de tes copains ? Un pélican ou une otarie ce serait pas mal, mais si c’est un dauphin, c’est mieux… » Une minute plus tard, Diane s’écrit : « Là, un dauphin ! ». Nous apercevons en effet l’aileron d’un dauphin en train de chasser tout près de la plage, il y restera une bonne demi-heure à faire des allers-retours devant nous !

Le lendemain malheureusement le temps se gâte sérieusement. Nous commençons à prendre l’eau malgré nos vêtements imperméables. Nadège supporte difficilement ce moment où l’eau commence à pénétrer les différentes couches de vêtements, se mêlant à la transpiration prisonnière, surtout quand nous ne savons pas s’il sera possible de se sécher le soir ! Très énervée -bien que prévenue, elle aurait bien essoré à ce moment-là ses vêtements trempés sur la tête de toutes les personnes qui ont osé lui dire que la Patagonie est une destination de rêve pour les cyclos ! 😉

Le ripio est meuble et glissant. Ses roues sont les plus fines de tous nos vélos, un peu trop pour le sol instable. Après avoir rattrapé son vélo plusieurs fois, ça se termine en belle gamelle : quelques hématomes, 3 côtes fêlées et vive le casque ! Nous poursuivons notre chemin jusqu’à la prochaine cabaña où nous nous réfugions pour laisser passer des torrents de pluie. Nous repartons le lendemain pendant une accalmie mais devons nous arrêter encore. Le moral des troupes commence à baisser. Nous avions prévu de rouler jusqu’à Coyhaique afin d’accéder à l’aéroport à proximité pour notre retour sur Santiago. Nous avons peu roulé et ce contretemps remet en cause la suite du parcours…

Nous rejoignons quand même la ville d’Hornopiren où nous réservons un passage sur le deuxième traversier. Avant de partir, nous faisons la rencontre d’un sympathique couple franco-autrichien, David et Andrea. Coïncidence du voyage, ils ont effectué une partie de la traversée du Sud Lipez avec nos copains de route belges Gaëlle et Tom ! Nous effectuons la magnifique traversée en ferry en leur compagnie, 5h de navigation en deux fois sur un fjord somptueux, encaissé au coeur de montagnes enneigées.

A l’arrivée nous débarquons dans le parc Pumalin, réserve naturelle fondée par le couple américain Kris et Douglas Tompkins (fondateurs des marques The North Face et Esprit) pour protéger la richesse écologique des lieux. D’une superficie de plus de 300 000 hectares, il s’agit du plus grand parc privé au monde. Nous pénétrons en effet dans un environnement étonnant : une forêt tempérée humide dite « valdivienne » particulièrement dense, abritant de hauts arbres comme les cyprès Fitzroy, arbres millénaires, les « lengas » et les « coihue », mais aussi une végétation plus basse touffue, parmi lesquels les « nalcas », cousine de la rhubarbe dont les feuilles géantes donnent incontestablement un air tropical au tableau, et de grandes fougères dont la coloration en un joli dégradé orange et rouge apporte une touche de couleur dans ce camaïeu de vert. A la sortie du ferry, nous visitons avec David et Andréa le sentier des cyprès millénaires et roulons jusqu’au camping. Nous les laissons repartir le lendemain matin pour aller tester notre canne à pêche (chou blanc !) et repartons en fin de matinée. Nous sommes rapidement rattrapés par la pluie, qui une fois encore nous trempe des pieds à la tête. Nous faisons une trentaine de kilomètres jusqu’à des cabañas où nous arrivons, transis de froid, claquant des dents. La première est bien trop chère, nous devons refuser… Dur moment, mais les enfants supportent la situation avec beaucoup de courage. En discutant avec un commerçant, il nous conseille d’aller voir la maison d’en face. Ouf, nous sommes sauvés et abrités pour la nuit !

Le lendemain, le beau temps est revenu. Nous entreprenons l’ascension du volcan Chaiten qui a explosé en 2008, recouvrant de cendres la ville du même nom. Diane est en forme, elle gravit les pentes très raides avec une vigueur que nous ne lui connaissions pas, et arrive avec son grand frère au sommet pour contempler les 300 m de hauteur de roches sorties du sol après l’explosion.

Arrivés dans la ville de Chaiten, nous faisons la connaissance de notre première famille de cyclovoyageurs ! Charly et Ed sont anglais, ils ont démissionné de leurs postes d’enseignant très prenants et ont pris 1 an pour voyager avec leur deux enfants. Nous passons une très bonne soirée en leur compagnie : les enfants jouent ensemble et les parents se retrouvent sur de nombreux points, impressions, ressentis, projections… Un peu plus tard dans la soirée, débarquent un papa argentin et sa fille de 10 ans sur un vélo-cargo hors-norme équipé de panneaux solaires. Deux familles le même jour alors que nous n’en avions pas croisé jusqu’à présent ! Nous apprenons que nous manquons de peu une autre famille de français, arrivés sur la ville en même temps que nous…

A Chaiten, deux options se posent : soit nous prenons un ferry pour remonter jusqu’à Puerto Montt, et notre voyage patagonien s’arrête là avec la frustration de n’avoir qu’effleuré la région, soit nous essayons de trouver un moyen de transport pour nous descendre un peu plus au sud afin de terminer notre trajet en vélo jusqu’à Coyhaique. Nous optons pour la 2ème solution. Il n’est pourtant pas simple de trouver des transports sur la carretera. Il n’y a pas de taxis, assez peu de camions avec la voie maritime souvent privilégiée, les bus sont rares et espacés dans la semaine, les voitures font de courts trajets locaux. Nous voilà donc partis à faire du stop à deux reprises, dont une fois sous la pluie : il fallait voir la brochette de chats mouillés le long de la route, abrités sous une bâche que nous enlevions à chaque véhicule en approche ! Peu de touches face à notre attirail, et c’est finalement dans un bus que nous entasserons l’ensemble de notre équipage en démontant pédales et guidons avec un temps record !

Nous demandons au chauffeur de nous déposer au premier village où la route est de nouveau asphaltée. S’en suivent quelques journées particulièrement agréables. Le beau temps est revenu et nous découvrons ce secteur de la Patagonie plus dégagé qu’au nord, avec ses montagnes joliment dessinées sur l’horizon, ses sommets parfois poudrés de neige ou enveloppés de nuages cotonneux, avec ses falaises que la forêt conquiert dans la verticalité, avec ses lacs frétillants de poissons qui révèlent un art bien rôdé pour éviter nos appâts… Nous passons de longues pauses déjeuner près de rivières, nous nous trempons, nous pêchons (toujours bredouille !), nous prenons le temps de profiter de ces derniers jours en Patagonie. Le soir, nous trouvons de très beaux sites pour planter la tente. Une nuit où la pluie menace, nous négocions de dormir avec nos matelas dans une salle prévue pour recevoir des groupes lors des fêtes de « l’asado » (agneau à la broche). Le propriétaire Juan-Luis possède 2700 hectares de domaine qui avaient été donnés à son père au moment de la vague de « colonisation » des territoires du sud au siècle dernier. L’état chilien donnait alors de larges territoires à qui voulait s’installer sur ces contrées vierges de toute occupation, même par les communautés indigènes. En l’absence de route, il lui fallait alors 15 jours à cheval pour rejoindre la ville de Coyhaique…

Sur le chemin, nous croisons de nombreux cyclovoyageurs, de toutes nationalités. Rares sont ceux qui s’arrêtent, les signes de « bonjour » sont parfois arrachés de justesse. Nous regrettons un peu ces rencontres que nous faisions en Bolivie et au Pérou, comme autant de petits cadeaux dans nos journées de pédalage. Nous ne comprenons pas très bien pourquoi cette règle tacite de l’arrêt et de l’échange de conseils disparaît sur la carretera… Trop de monde probablement, trop d’arrêts donc, recherche de vitesse et performance, souhait de s’isoler au milieu de cette nature presque vierge ?

Nous rejoignons finalement Coyhaique pour nous poser quelques jours. Nous partons à la chasse aux cartons de vélo pour prendre l’avion ; nous nettoyons méticuleusement notre matériel pour passer les douanes néo-zélandaises intraitables paraît-il lorsqu’il s’agit de limiter la contamination de leurs îles par des espèces invasives…

Notre séjour au Chili touche donc à sa fin. Notre séjour en Amérique Latine aussi. Nous repartons cependant un peu frustrés de ce passage au Chili (les parents surtout), avec cette impression d’avoir survolé le pays, de ne pas avoir fait beaucoup de rencontres de chiliens avec lesquels les échanges se sont principalement limités à des transactions, avec ce regret de ne pas en avoir saisi la complexité. Complexité qui ressemble à la nôtre probablement… Le Chili est un pays de contraste : de ses déserts au Nord à ses glaciers au Sud, de ses villes ultra-modernes à la défense des traditions Mapuche, dans ses inégalités sociales profondes, de ceux qui défendent les années Pinochet pour le développement économique du pays (« le miracle chilien » ) à ceux qui y voient surtout les atteintes aux droits de l’homme, d’un sens de l’accueil touchant aux réponses sèches qui nous ont parfois été faites, à la limite du mépris… Il nous faudrait probablement encore beaucoup de temps pour en comprendre davantage sur ce pays…

Nous ne pouvons qu’encourager les enfants à revenir quand ils seront grands et pourquoi pas à parcourir la Carretera australe dans sa totalité… quand elle sera entièrement asphaltée ! 😉

Bonus : quelques églises en bois :

Et quelques photos de la végétation locale :

 

Par Nadège

Salades et pain de Pâques à Noël

Nous vous souhaitons à tous une très belle année 2019, riche de rencontres et de moments de partage, en famille et dans tous les environnements de votre vie… Une année d’apaisement, une année pour l’essentiel…

Pour ne pas déroger à la tradition, voici la carte de voeux ! ;-)

Pour ne pas déroger à la tradition, voici la carte de voeux ! 😉

Silence radio depuis plusieurs semaines, car nous étions soit bien occupés, soit complètement déconnectés de la sphère numérique… Dans le dernier article, nous quittons la capitale Santiago pour rejoindre en bus le sud du pays.

Arrivés à Puerto Varas, au nord de la Patagonie, Pauline est ravie : une végétation dense habille les montagnes et collines environnantes. La sécheresse de l’altiplano commençait à lui peser. Nous encourageons son goût pour le vert par une semaine de Wwoofing chez Mattias en descendant cinquante kilomètres vers le sud sur la mythique Carretera Australe.

Nous sommes accueillis par Sergio, qui s’occupe toute l’année des « volontarios » en organisant leur travail sur la ferme. Comme nous arrivons un vendredi en début d’après-midi et que les wwooofers ne travaillent pas le week-end, nous commençons… par nous reposer de notre travail non-accompli. Nous posons nos bagages dans une maison que nous partageons avec Patricio, ami de la famille, qui nous parle de son pays et des coutumes de la région. Le domaine est immense, en grande partie recouvert de forêts que les enfants complices passent la semaine à explorer, repérant les clairières, suivant les chemins tracés par les chèvres, traversant le ruisseau en tous sens, espionnant les maisons plantées çà et là sur la propriété. Au cours de leurs pérégrinations, ils découvrent en haut d’une colline un point de vue magnifique sur la région environnante : nous apercevons la côte, le golfe, les sommets enneigés et les magnifiques forêts qui les entourent. Au cours de cette semaine, nous désherbons les champs de haricots verts, les serres, plantons des salades, tuteurons les pieds de tomate. A 8h chaque jour, nous avons rendez-vous avec Sergio pour traire les chèvres, que nous rentrons le soir en séparant les petits de leurs mères. L’après-midi est consacré aux devoirs et aux balades en famille.

Nous en apprenons un peu plus sur cette région, qui peu à peu se désenclave grâce à l’aménagement progressif de la carretera australe. Les personnes de la région vivent de l’élevage, du maraîchage mais surtout de la pêche artisanale rendue difficile par l’élevage intensif du saumon. Le Chili est en effet le deuxième exportateur de saumon après la Norvège, mais les conditions d’élevage peinent à être réglementées. En 40 ans, l’industrie intensive a considérablement modifié l’écosystème marin du littoral par l’évacuation des déchets dans la mer, l’utilisation d’antibiotiques et de produits chimiques, causant la prolifération d’algues toxiques et vidant les eaux des espèces endémiques. Cet été, 700 000 saumons se sont échappés de leurs bassins d’élevage dans le golfe, inquiétant fortement les associations qui craignent que cette espèce carnivore ne continuent à affaiblir l’écosystème local… L’industrie du saumon est aussi une industrie fragile pour les emplois. 50 000 à 70 000 personnes travaillent en Patagonie dans le secteur, mais chaque crise sanitaire met au chômage des milliers de personnes… Bref, on nous conseille d’éviter autant que possible de consommer du saumon chilien, d’autant que les côtes recèlent d’une grande variété de recettes à base de poissons et de fruits de mers…

Dans cette ferme, nous passons une délicieuse semaine, malheureusement ponctué par un incident stressant. Alors que Nadège partait en bus pour aller retirer de l’argent dans la ville de Puerto Montt à 30 km, elle se fait voler le portefeuille de Marc, avec assez peu d’espèces mais deux cartes bleues et quelques papiers d’identité ! Rrrr… Cette ville est un repère de voleurs affutés comme nous l’apprendrons par la suite. Le vol a probablement eu lieu dans le bus, alors que Nadège avait les mains posées sur le sac à dos, recouvert en partie par son manteau. Son livre kindle étant un peu trop prenant, elle ne s’est pas aperçue que le vilain bonhomme debout dans l’allée ouvrait la fermeture éclair du sac à dos, simulant d’être dérangé derrière lui par un probable complice. Nous apprendrons en discutant avec d’autres voyageurs que cette technique a fait d’autres victimes… Appels en France pour faire opposition sur les cartes, déposition chez les carabiñeros, beaucoup d’énervement et de tension au cours de cet épisode malvenu. Finalement un hôtel de la ville nous appellera quelques jours plus tard en indiquant avoir trouvé l’objet perdu, seulement délesté de ses pesos. Les cartes n’ont probablement pas été utilisées. L’histoire pourrait vite être catégorisée et rangée dans le lot des petits incidents « pas-de-bol », mais nous apprendrons quinze jours plus tard que nous avons par ce fait perdu la location du camping-car en Nouvelle-Zélande (et la caution avec), que nous avions justement pris le soin de réserver 8 mois avant pour éviter les prix indécents de la pleine saison ! La carte de Marc avait servi à payer la caution et nous nous étions tacitement engagés à payer le restant 35 jours avant la prise de véhicule, comme stipulé en tout petit en bas de la page internet noyée d’images et d’informations inutiles. Bref. Nous oublions donc le camping-car, et nous nous reportons de toute urgence vers une plateforme de location de voiture en pompant la connexion Wi-Fi d’un providentiel magasin de vêtements sur notre chemin. Finalement cette solution sera probablement moins coûteuse, nous apprenons à relativiser. Et puis, ça nous apprendra à délaisser le vélo pour un temps ! 😉

Après cette semaine de Wwoofing, nous remontons sur Puerto Varas, jolie ville dont les maisons de bois bordant le lac Llanquihue confèrent un petit air de Suisse ou d’Allemagne. Nous y attendons en trépignant la famille de Marc venue nous rejoindre pour les fêtes. Notre groupe de 19 ne passe pas inaperçu au cours des dix jours qui suivent. Les enfants cousinent et sont heureux de se libérer de la présence parentale pendant cette trêve de Noël. Les parents sont aussi en vacances et apprécient de se laisser porter par le circuit organisé par la maman de Marc. Nous visitons la région patagonienne en allant nous balader sur le volcan Osorno, du côté des chutes de Pétrohué et du fjord Reloncavi. Nous prenons un bateau pour découvrir une partie de l’île Chiloé et ses maisons colorées. Nous descendons sur Puerto Natales au sud de la Patagonie et aux portes de la Terre de Feu, pour aller visiter le magnifique parc Torres del Paine. C’est là que nous devons laisser repartir le groupe. Il paraîtrait qu’il y en a qui ont des obligations professionnelles et autres engagements incontournables dans leur vie en France…;-)

Les adieux sont difficiles. Après avoir passé 10 jours auprès de nos proches dans un confort devenu inhabituel, dans la facilité d’un circuit organisé où nous n’avons pas eu de décision à prendre autre que « Huevos fritos o revueltos* » pour le petit déj… c’est un peu dur de revenir à nos conditions de voyage plus spartiates, surtout pour les enfants.

Pour les réconforter et rendre la transition moins brutale, nous faisons une entorse au budget et leur préparons une surprise : une randonnée à cheval dans le parc. C’est une première pour les garçons, mais tout le monde apprécie l’expérience. Lors de ces 3h de rando en petit groupe, nous avons des points de vue magnifiques sur le parc, les lagunes, les pics de granit enneigés, les falaises qui nous surplombent. Nous circulons dans des paysages féériques dignes d’un film fantastique, le long de chemins encadrés par des arbres rabougris et desséchés par le vent, dont le bois grisé est par endroit blanchi par un lichen tombant sur nos têtes en de longs filaments… Nous en apprenons à cet occasion un peu plus sur la place importante du cheval dans la culture patagonienne. D’ailleurs par la suite, nous croiserons régulièrement des éleveurs rentrer leurs troupeaux de moutons et de vaches non pas à pied avec des chiens mais à cheval, et le troupeau n’a qu’à bien se tenir ! Efficacité remarquable…

Nous repartons ensuite pour Punta Arenas où un vol nous attend afin de retrouver nos vélos sagement rangés à l’abri près de la carretera australe. Nous ne sommes pas tout à fait d’accord sur la manière d’organiser la suite du voyage pendant les 15-20 jours qui nous restent en Patagonie avant de partir pour la Nouvelle-Zélande. Malheureusement, le climat décidera pour nous… Suite au prochain article.

Petit bonus animalier :

* Oeufs sur le plat ou brouillés ?

Par Nadège

Téléportations, Sud Lipez et farniente

Après la traversée du désert d’Uyuni, nous décidons de nous offrir un petit intermède culturel en nous téléportant à Potosi puis Sucre. Ces deux villes nous permettront de voir un autre aspect de la Bolivie qui présente des facettes différentes entre l’altiplano, la selva intermédiaire et la sierra envahie de jungle impénétrable. Nous partons en bus accompagnés de nos copains belges Gaëlle et Tom rencontrés sur le Salar. Nous arrivons pile pour l’inventaire du musée de la monnaie, fermé, et ça sera pareil à Sucre où nous tombons sur trois jours de rénovation du musée principal. Les parents sont déçus, les enfants sont ravis, mais nous trouvons quand même quelques musées à leur mettre sous les yeux.

Potosi est une ancienne cité minière. Au moment de la ruée vers l’argent, elle était la bourgade la plus peuplée d’Amérique, plus grande que Paris à la même époque. Son sous-sol a alimenté l’Europe en argent pendant des dizaines d’années avant d’être épuisé. C’est de là que vient la fameuse expression : « valoir un Potosi », que personne ne connait… Actuellement, de l’étain continue à être extrait dans des conditions précaires. Les mines se visitent et l’on peut croiser dans des galeries étouffantes des mineurs cacochymes s’époumonnant au travail : nous avons fait l’impasse. Sucre est une ville plus moderne, une des plus jolies de Bolivie, très espagnole avec ses balcons de bois sculpté et ses grandes façades blanches. Après deux mois sur l’altiplano commercialement désertique, nous reprenons un peu nos marques. Paradoxalement, nous voyons aussi réapparaître la mendicité dans les rues, de nombreuses personnes âgées sont assises sur les trottoirs avec un chapeau ou quelques grains de choclo (maïs) à vendre.

Nous nous égarerons dans un parc d’empreintes de dinosaures enclavé dans une cimenterie (!). La paroi presque à la verticale contient la plus importante collection d’empreintes de dinosaures au monde. Certaines forment des chemins qui traversent la paroi (les dinosaures pouvaient monter aux murs) en se croisant avec d’autres. Elles pourraient avoir disparues d’ici quelques années si elles ne sont pas rapidement protégées des intempéries ; classement du site en cours.

Après cette pause sans vélo dans les pattes, nous prenons un 4×4 sur lequel nous chargeons les 5 bicyclettes, toutes nos sacoches et un sympathique couple de polonais qui nous invite d’entrée à venir faire du paramoteur chez eux, à la frontière avec la Lituanie. Comme nous sommes en retard, le passage aux différents endroits est un peu rapide, mais les paysages sont vraiment fabuleux. Si nous regrettons d’avancer à toute berzingue sans avoir le temps d’apprécier cet environnement hors du commun, nous nous confortons en nous disant que cela aurait été impossible de le traverser à vélo : trop de vent, trop de sable, trop froid, trop désertique et ce, sur plus de 300 km. Nous dormons dans un refuge près de la Laguna Colorada. Le lendemain matin, nous partons au lever du soleil pour nous arrêter près de geysers et de boues en ébullition : impressionnant ! Vers 8h, on nous indique que nous sommes arrivés à destination, alors que nous étions censés déjeuner et terminer le tour vers 14h. Nous comprenons en discutant avec le couple polonais que nous nous sommes fait rouler dans la farine. Nous avons payé aussi cher qu’eux pour à peine 24h au lieu de trois jours, pourtant en négociant. Pour nous dépanner, le chauffeur propose de nous  fournir un déjeuner. Mais nous comprenons que c’est le sien et nous refusons bien évidemment. Nadège, d’habitude si conciliante, se met en colère et organise un sitting en interdisant à la famille de descendre de la voiture tant qu’une solution de dédommagement n’a pas été trouvée. Sitting perdu d’avance puisque les chauffeurs (censés être des guides, mais nous n’avons pas tiré plus de trois mots du nôtre) sont eux-mêmes sous-traitants de ces agences d’arnaqueurs. Une mauvaise expérience similaire dans le 4×4 d’à côté nous fait comprendre que les chauffeurs eux-mêmes sont parfois victimes de ces agents crapuleux. Nous finissons la matinée dans une eau à 38° face à une lagune sauvage peuplée de flamands roses et Nadège s’étonne de ne pas voir l’eau bouillir autour d’elle…

Si nous n’avons pas voulu traverser cette région du Sud-Lipez à vélo, nous avions quand même envie de nous en garder un bout. Au final, pas vraiment une erreur, mais que ça a été dur ! Le sable, le vent, le froid et l’altitude rendent la progression lente et difficultueuse. Après 13 km en une après-midi, nous passons la nuit à l’abri du vent dans une carrière providentielle sur le bord de la route. Les tentes seront pourtant sérieusement ballottées par les éléments déchaînés (enfin c’est comme ça tous les jours ici). La nuit, les températures descendent vite. Nous arrivons quand même à glaner quelques heures de sommeil, emmitouflés dans nos duvets et habillés de toutes nos couches de vêtement. Le matin, les gourdes sont gelées dans la tente. Pour marquer le coup et finir des bananes trop mûres, c’est là que nous cuisinerons un fameux « cake » à la banane ; un peu sport dans les rafales de sable mais délicieux avec une petite pointe d’oxyde de silicium. Le lendemain, après le passage du col à 4700 m, il nous faudra finalement renoncer ; François supporte mal l’altitude, Pauline a mal au ventre et Diane est en pleurs. La descente dans le sable est compliquée ; en presque 1h nous n’avons fait que 4 km. Un petit coup de stop en 4×4 nous permettra de rejoindre un refuge (un des derniers 4×4 de la journée ; il n’en passe plus l’après-midi). Marc persiste et termine le parcours, seul mais heureux.

Le lendemain, nous rejoignons la frontière chilienne. Les formalités de douane sont un peu longues (ils veulent toutes les caractéristiques des vélos), mais nous passons sans encombre. Suivent 28 km de descente ininterrompue pour passer de 4600 à 2300 m d’altitude. Les températures montent en flèche et nous passons d’un froid saisissant à une douce chaleur ! Le meilleur trajet à vélo pour François, le pire pour Pauline qui goûte fort peu les descentes abruptes ;-). Nous nous posons quelques jours à San Pedro d’Atacama avant de nous décider à embarquer pour Santiago. Au final, ça n’aura pas été si dur de tout enchâsser dans le bus. Un peu de démontage pour le long trajet Calama-Santiago, de grands sourires, des yeux implorants et… un peu de surtaxe-backchich. Mais nous y étions préparés.

Nous découvrons Santiago qui est une ville plutôt agréable malgré sa taille. C’est une capitale très occidentale, temple de la consommation. Nous retrouvons avec un plaisir non-coupable des boulangeries affriolantes et des étals de légumes bien achalandés. Diane et François pourront faire leurs ablutions dans la piscine de l’immeuble. Les enfants trouveront aussi qu’il est impératif de tester un restaurant rassemblant de manière surréaliste pizzas et sushis. Au bout de 3 jours dans notre petit appartement, nous avons la bougeotte et décidons de repartir vers le sud. Extraction des vélos du petit balcon au 12ème et nouvelle odyssée en bus, en démontant un peu plus les vélos mais ça reste raisonnable.

Nous débarquons au petit matin à Puerto Varas, aux portes de la Patagonie chilienne. La ville est très jolie. Nous y retrouverons plus tard la famille de Marc qui fait le trajet pour les fêtes de Noël. En attendant, la pluie commence à tomber et il nous faut avancer pour essayer de ramasser le plus de gouttes possible. Mission accomplie, nous nous arrêtons après 30 km complètement rincés. Nous trouvons à nous réfugier dans une cabaña (une sorte de Bed & Breakfast où nous sommes les premiers clients). Nos hôtes très sympathiques nous permettront de tout faire sécher au dessus du poêle. Le lendemain, après quelques montagnes russes et un chemin plus ou moins vertical, nous nous posons pour une semaine dans un petit coin de paradis où nous allons découvrir le woofing. Photos de chèvres et de salades à venir !

Par Marc et Nadège

Réponses à vos super questions !

Un grand merci pour toutes ces questions. La tribu s’est réunie pour essayer de répondre et voici ce que ça donne après factorisation :

Vie quotidienne :

  • Comment arrivez-vous à gérer le quotidien ? Plutôt pas mal 🙂
    • Toilette : Dans les coins arides, reculés et froid, la douche saute assez systématiquement, y compris chez les parents. Au Canada, c’était douche tous les jours ; dans les déserts boliviens, on a un tenté et réussi un record à 8 jours sans douche (et en pédalant tous les jours). Ca ne veut pas dire qu’on ne se lave pas, mais il y a quand même eu des passages de 2-3 jours sans voir un gant de toilette. Pas d’eau pour le superfétatoire ou bien une température peu compatible. Heureusement, il y a du vent dans ces coins-là !
    • Courses : Un point noir du voyage à vélo. Les courses, c’est pratiquement tous les jours. En Amérique du Sud, c’est assez simple avec une grande densité de  petits magasins, sauf zones désertiques où il faut pas mal anticiper. Le pays le plus compliqué pour l’approvisionnement sera peut être la France (ou l’Australie). En se chargeant comme des baudets, nous avons en gros 2-3 jours d’autonomie en nourriture et 2 jours en eau si l’on ne rencontre pas de cours d’eau pour filtrer.
    • Repas : Au Pérou, c’était bien plus facile qu’au Canada et en Bolivie. Dans tous les villages, nous arrivions à trouver une personne qui cuisinait des « almuerzos » à n’importe quelle heure de la journée. Ce sont des menus complets composés en général d’un bouillon de viande ou de légumes, d’un plat de viande et de riz et parfois d’une boisson (la fameuse chicha morada). Très copieux pour environ 1 à 2 euros par personne. Ailleurs, on a souvent passé plusieurs jours sans produits frais. Les tiendas dans les coins paumés sont principalement approvisionnées en Coca et crackers. Par chance, on a pu dévaliser un camion de maraîcher dans un village perdu de Bolivie. Mais c’est rare. Dans les grandes villes, pas de problème bien sûr pour les fruits et légumes. Au Pérou et en Bolivie, où l’eau n’est pas potable, on s’est beaucoup méfié des crudités dans les restaurants ; ça nous a sûrement évité quelques désagréments.
    • Apprentissage scolaire : Pas toujours facile ! La mise en route a été un peu compliquée ; maintenant c’est une routine qui fonctionne mieux. Mais nous ne faisons plus classe les jours où nous roulons. Trop compliqué pour des raisons pratiques, par manque de temps et parce que fatigués les enfants ne retiennent pas bien. On concentre sur les jours où l’on ne bouge pas. Pour l’instant, on n’est pas trop en retard sur le programme. Nadège veille au grain.

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    • Lavage des vêtements : Parfois 15 jours sans voir de lavanderia. Donc on découvre les joies du lavage à la main dans une bassine ou au lavabo quand c’est nécessaire et possible, et surtout, on optimise pour durer plus longtemps. On n’aurait en gros que 4 jours d’autonomie si on se changeait tous les jours. Bref, c’est toujours un plaisir quand on peut porter des trucs qui sentent à peu près bon 🙂
    • Temps individuel : Il y a toujours des moments où l’on peut être « seul ». « Seul dans sa tête » sur les longues heures à vélo, mais aussi dans les quelques transports en bus ou en avion, le soir dans son duvet ou au lit, quand une partie de la famille part faire des courses, etc. Evidemment, c’est assez loin de la solitude, mais pour l’instant, on s’en accommode et si quelqu’un a besoin d’isolement, c’est toujours possible de s’adapter pendant un moment. Ça n’est pas une demande récurrente ou fréquente. On a aussi parfois des moments 2 à 2 avec les enfants (surtout avec Diane).
    • Fatigue : C’est une belle découverte du voyage à vélo, se sentir reposé, du moins pour les parents ! Plusieurs facteurs : nous faisons de l’exercice physique, et nous nous couchons souvent avec le soleil. Pas d’écrans perturbateurs pour nous tenir éveillé contre nous-mêmes. Le matin, notre réveil se fait naturellement, parfois tôt, et nous nous sentons bien. Qu’est ce que nous aimerions ramener cette habitude en France ! Parfois il y a quelques nuits ratées (matelas dégonflés, froid, bruit…)
    • Santé : Nous sommes en bonne santé ! Heureusement pas de gros bobos pour l’instant.
  • Votre vie et routine quotidienne vous manquent-elles ?
    • Parents : Non point du tout.
    • Enfants : Evidemment !
  • Est ce que l’école manque aux enfants? … et aux parents 😉?
    • Mais ils ont école ! Et à notre plus grande surprise, ils répondent à cette question en disant que les cours leur manquent. Mais pas autant que les copains. Joker pour la seconde partie de la question 🙂
  • Les événements français parviennent ils jusqu’à vous ?
    • Oui et c’est quand même compliqué à comprendre de l’extérieur. Dur de comprendre tant de violence en France quand tout est paisible ici malgré les conditions de vie parfois plus que précaires…
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    ça serait pas mieux d’être tous en gilets verts, non ?

 

  • Est-ce qu’il y a des choses de France qui vous manquent ?
    • Nadège : la pause thé de l’après-midi, les soirées bière avec les amies, les amies, la famille.
    • Marc : pas vraiment 😉
    • François : mes amis, mes amis et mes amis.
    • Pauline : mon lit, mes livres. Je suis aussi nostalgique de la sortie de l’école, ce moment où l’on quitte le collège pour prendre les transports avec les cousins pour rentrer à la maison.
    • Diane : les amis, la famille et… Pelote (le chat) !
  • Pouvez vous nous commenter l’accueil que vous ont réservé vos différentes rencontres selon le pays ? Avez-vous été bien perçu dans votre démarche ? 
    • Les Canadiens ont la palme d’or de l’accueil ! Nous en avons pris une leçon ! Nous avons été très touchés par la gentillesse des boliviens que nous avons rencontrés tout au long de ce mois passé dans leur pays. Très souvent, il venaient nous serrer la main à notre arrivée dans un village et nous demander si nous allions bien et où nous allions. Très souvent aussi, ils nous ont donné des conseils pour le voyage. Dès qu’ils pouvaient aider, ils le faisaient. Au Pérou, nous avons senti une plus grande distance. C’est dans ce pays que nous avons senti le plus grand décalage dans nos vies et préoccupations. Que nous puissions nous permettre de prendre un an sans travailler en famille pour dépenser de l’argent dans d’autres pays, c’est quelque chose qui ne semblait pas faire écho. Que l’on puisse prendre du plaisir pour voyager à vélo encore moins. Mais on ne veut surtout pas faire une généralité, cela dépend évidemment du hasard des rencontres et des régions dans lesquelles on passe. Pour le Chili, c’est trop tôt pour dire.
  • Faites vous des progrès en espagnol ? Vous vous en sortez avec seulement l’anglais ou bien avez vous du vous mettre à l’espagnol ?
    • Pas beaucoup d’anglophones au Pérou et en Bolivie : Globalement oui, des progrès en espagnol, mais on se repose encore beaucoup sur Nadège qui parlait déjà un peu la langue.
    • Marc : la compréhension a beaucoup progressé. L’expression, bof bof.
    • François : Assez bonne progression en anglais et en espagnol.
    • Pauline : Des connaissances théoriques, mais élève un peu en retrait. Des progrès récents cependant grâce à des rencontres de jeunes filles sur le chemin.
  • Mettez vous moins de temps qu’au début à démarrer le matin ?
    • Non ! Grrr… Le tarif, c’est 1h30 mini (avé le p’tit déj).
  • Comment gérez-vous les moustiques et autres insectes piqueur ?
    • Pas vu un seul moustique depuis 2 mois et demi. C’est très agréable ! Parfois infernal au Canada. Enduisage, vêtements longs, mais c’était parfois insuffisant et il fallait se réfugier dans la tente. Pas pressés de retrouver ça en Nouvelle-Zélande et en Malaisie/Thaïlande.

 

Trajet / Matos / Vélos : 

  • Si vous deviez recommencer votre voyage depuis le début aujourd’hui est ce que vous le referiez de la même façon ?
    • A peu de choses près oui. Il y avait des passages un peu alambiqués, mais ça correspondait à des choix pour le trajet que nous ne regrettons pas.
  • Est-ce que vous avez changé l’itinéraire ?
    • Assez peu pour l’instant. On a juste laissé le lac Popoo à notre gauche en Bolivie alors que le côté Est est plus souvent emprunté par les cyclistes. Pour la suite, on a un trajet assez contraint par les billets d’avion et les points de passage/rencontres prévues. Il y a quand même quelques zones de flou à venir, début janvier en Patagonie, et à partir de fin mars en Thaïlande et Malaisie. C’est plutôt sur le calendrier que l’on prend quelques libertés, en décidant de rester plus à un endroit ou d’aller plus vite à d’autres… C’est très agréable d’avoir cette latitude.
  • Ressentez-vous les effets de la haute altitude ?
    • A vrai dire, assez peu. Et pas juste parce qu’on est redescendu à 500 m ;-). Nous avions été bien malades à notre arrivée à Cuzco, mais après 3 jours c’était déjà mieux. L’essoufflement excessif est passé peu à peu mais ne nous a jamais vraiment quitté pour les efforts violents. Le passage à 4600 m d’altitude a été un peu rude quand même. Les effets les plus gênants sont en fait liés à la sécheresse de l’air : lèvres gercées en permanence et narines irritées.
  • Est-ce que vous pensez avoir fait le plus dur ?
    • Le plus dur physiquement, c’est bien possible. Il n’y a plus de pédalage aussi haut prévu dans la suite. Mais il reste à affronter la pluie en Patagonie (et des belles pentes) et la chaleur en Asie du Sud-Est.
  • Pour les hébergements, vos plans de route sont faits à l’avance ou vous agissez au feeling ?
    • On sait à peu près ce qu’on va faire 1-3 jours à l’avance. A part dans les grandes villes, rien n’est réservé à l’avance.
  • L’informatique supporte-t-elle bien le voyage ?
    • 1 chute pour l’appareil photo sur la route en enlevant un gant. 1 chute de plus de 10 mètres pour le portable de François sur un sol en béton. Dans les 2 cas, RAS. Pour l’instant, tout résiste plutôt bien.
  • L’usure du matériel est importante ?
    • Pour l’info, cf supra. Pour les vélos, pas de casse hors rétroviseurs et usure minime. Pour les humains, usure raisonnable 🙂
  • Le poids d’un rayon ?
    • Pas lourd, mais ennuyeux si ça casse en masse. J’ai, je crois au moins 1 rayon de chaque (environ 10 références pour nos 5 vélos !). Pas sûr qu’on en casse un seul !

 

Vie de famille / philosophie :

  • Qu’est-ce qui a le plus changé pour la famille et pour chacun d’entre vous depuis les premières journées au Canada ?
    • Peut-être encore trop tôt pour répondre à cette question. Nous sentons naître quelques tendances, quelques envies, quelques réflexes… Mais rien que l’on puisse écrire de manière figée pour l’instant. Mais ce ce qui est sûr, c’est que nous avons appris à vivre ensemble ! Pas forcément évident d’être 24/7 les uns avec les autres. Ça se passe plutôt bien.
  • Sentez-vous un changement dans les relations parents-enfants dû aux aventures et aux difficultés partagées ?
    • Idem, nous verrons dans le temps…
  • Observez vous des évolutions chez les enfants ? Individuellement ? Entre eux ? Vous ont ils surpris ? En quoi ? À quelle occasion ?
    • C’est assez chouette d’observer une assez grande amélioration de la confiance en soi. Quelques exemples : Diane n’aurait jamais parlé à des inconnus dans une auberge avec un tel aplomb, les gens en sont parfois étonnés. François n’a aucune difficulté à partir à la pêche aux infos, quelle que soit la langue. Pauline a maintenant un sens de l’organisation qui dépasse largement son expérience scoute.
  • Quel bilan tirez-vous pour l’instant de ce voyage ?
    • La découverte à vélo c’est chouette, et c’est bien aussi de s’arrêter de temps en temps. Les parents n’ont aucun doute sur les bienfaits de ce voyage, malgré ceux des enfants.
  • Quel est votre opinion sur le choix du vélo pour ce type de voyage ?
    • Parents : Tout pleins d’avantages que l’on connait. C’est doux, c’est agréable, c’est beau, c’est flexible, c’est rentable, ça coûte juste ce qu’il faut d’effort. Parfois un peu compliqué dans la logistique, mais c’est un mal nécessaire.
  • Est ce que vous conseilleriez à d’autres familles de partir ?
    • Partir, oui, à vélo, c’est selon ! Il faut quand même bien prendre le temps de peser ce que l’on veut faire.
  • Quel est l’état d’esprit chez les enfants ?
    • François : Il patiente encore, le temps que le voyage se termine et qu’on rentre. Beaucoup plus dans le voyage qu’au début quand même.
    • Pauline : Elle est ouverte à la découverte mais son lit douillet lui manque et c’est parfois un peu dur à vélo.
    • Diane : C’est très variable selon les jours, super heureuse d’être là, super envie de rentrer.
  • Qu’est-ce qui vous a le plus interpellé jusqu’à maintenant ?
    • Marc : L’absence d’entretien au Pérou et en Bolivie. Des lieux où tout est déglingué et laissé comme ça. Question de budget mais pas seulement.
    • Nadège : « Il en faut peu pour être heureux… »
    • Les enfants : La pauvreté, le contraste de niveau de vie dans les pays.
  • Ne vous lassez-vous pas du nomadisme ? Ressentez vous le manque de confort ?
    • Parents : Non pas du tout.
    • Enfant : Si, on aimerait bien s’arrêter plus souvent. Mais on est toujours content de retrouver du confort quand on s’arrête dans les villes. Prendre une douche chaude, ça parait normal en France, mais quand on en a pas eu depuis une semaine, c’est génial ! « Le manque de confort, on n’en meurt pas », dit François, qui pourtant le craignait avant de partir.
  • Cette adaptation perpétuelle n’est pas source de stress et de doutes ?
    • Parents : Non pas souvent. Ca n’est pas vraiment pesant de ne pas savoir ce qui va se passer. C’est plutôt grisant en fait.
  • Marc, es tu plus cool qu’avant le départ et moins obsédé par la sécurité ? (question posée par sa môman)
    • Probablement pas et assurément. Mais nous avons re-croisé un cyclo qui avait entre-temps été percuté par une voiture : vigilance est mère de sûreté (ou quelque chose comme ça).
  • Avez vous une fois pensé à abandonner ?
    • Nadège : Oui, une fois, passage à vide du côté de Llachon, au bord du Titicaca, après une forte dispute entre les deux grands.
    • Marc : Je peux savoir à quoi ça servirait ??
  • Des réflexions sur votre retour (sur la vie professionnelle, personnelle, maison/appartement, ville de retour…) ?
    • Des réflexions, oui beaucoup. Eléments de réponse : joker !

 

Meilleur, pire et stats :

  • Le meilleur moment ?
    • Nadège : Quelques moments de félicité sur les routes du Québec. Des fous-rires en famille inoubliables…
    • Marc : Les incroyables paysages du Sud Lipez.
    • François : La descente de 30 km vers San Pedro (2100 m de dénivelé).
    • Pauline : L’arrivée en Patagonie avec le retour de la végétation.
    • Diane : La descente en courant à fond les ballons dans une énorme dune de sable à San Pedro.
  • Moment le plus rude et éprouvant :
    • Nadège : Le démarrage ! Gros moment de mou et de doute à 200 km du départ au Canada, les fesses meurtries, les muscles endoloris.
    • Marc : Pousser le vélo dans le sable aux abords du volcan Tunupa. Le mal des montagnes en arrivant à Cuzco.
    • François : Le col à 4700 m au Sud Lipez sur un chemin sableux. Supporter ma famille en permanence ?
    • Pauline : Gros coup de fatigue sur le salar d’Uyuni pour la journée de 100 km.
    • Diane : La descente du col de la Roya dans le vent et la pluie. La vision de la viande au marché San Pedro à Cuzco.
  • Quelles sont vos plus belles rencontres ?
    • Il y en a beaucoup. Gaëlle et Tom, un couple de cyclistes belges avec qui nous venons de partager de très bons moments. Pierre et Claudette qui nous ont accueillis à Québec, Nathalie et sa famille à Toronto. Enzo, gérant d’une auberge à Salinas avec qui nous avons pu beaucoup discuter. Huguette et Danielle sur les routes du Pérou, Nadine et Martin près de Montréal. Et tant d’autres…
  • Votre meilleur repas ?
    • Nadège : Le cake à la banane à 4500 m d’altitude, cuisiné dans les rafales de vents et de sable du Sud Lipez !
    • Marc : Guacamole / pizzas / brownies cuisinés avec Gaëlle et Tom.
    • François : Le buffet de « luxe » au Pérou suite à un arrêt d’urgence-pluie dans un resto acoquiné à des tours opérateurs (en fait un simple buffet, mais qui nous a paru luxueux dans notre quotidien de bouillon de poule)
    • Pauline : Pain perdu cuisiné au réchaud dans le vent au bord du lac Titicaca.
    • Diane : Apéro fromages et charcuterie dans un restaurant rooftop tournant de New-York.
  • Votre plus belle nuit ?
    • Marc : Lit à côté d’une fenêtre sans rideau au milieu de l’Atacama ; magnifique ciel.
  • L’expérience la plus angoissante ?
    • Nadège : L’embarquement à l’aéroport de New-York et toutes les difficultés pour faire partir nos vélos.
    • Marc : Gros moment d’angoisse avec des toilettes bouchées continuant à se remplir, sans robinet pour fermer l’arrivée d’eau puis un geyser jusqu’au plafond sortant de la chasse d’eau (je garderai les détails pour moi jusqu’à ma mort). Egalement un pont au Canada avec un trottoir très étroit, pas mal de voitures et du vent : stress assez intense.
    • François : Il ne connait pas l’angoisse.
    • Pauline : Des chiens très agressifs au Pérou qui l’ont obligée à se déporter jusque de l’autre côté de la route.
    • Diane : Quand il a fallu quitter un mignon petit chaton éborgné alors qu’il était visiblement maltraité par la gérante d’un hospedaje au Pérou.
  • Bilan des chutes : 
    • Nadège : 2 et Pauline : 1. Sans grosses conséquences hormis des bleus.
  • Bilan des crevaisons :
    • Nadège : 1 et Pauline : 3. Pneu changé depuis 2 mois chez Pauline et ça va mieux.
  • Est-ce qu’on vous bassine avec les français champions du monde ?
    • Non, pas une seul fois ! Ouf !

Divers :

  • Est-ce que la population locale perçoit le changement climatique ?
    • On n’en parle pas tous les jours, mais le sujet est souvent revenu en Bolivie, du côté le plus désertique que nous ayons traversé. Les gens nous disaient clairement que la sécheresse s’était intensifiée ces dernières années.
    • Au Canada, plusieurs témoignages sur la grosse diminution de la quantité de neige l’hiver.
  • Avez vous découvert de nouveaux fruits et légumes ?
    • Honte à nous, nous ne connaissions pas les bleuets canadiens ! Pas mal de fruits exotiques en Amérique du Sud, comme les maracujas pour les enfants, les tumbos, les chirimoyas et autres fruits exotiques dont on a oublié les noms… Nous avons mangé des avocats et des bananes à la pelle, sans craindre le coût énergétique du transport…
  • Comment allez vous fêter noël ?
    • Très entourés ! Ca sera à Puerto Varas avec toute la famille proche du côté de Marc. Un grand moment du voyage : ils débarquent le 24 !
  • Votre tour de cuisse a-t-il augmenté ? Avez-vous fondu ?
    • Probablement un peu au début du voyage et au Pérou quand il a fallu faire un peu de dénivelé. Depuis ça n’a pas dû trop bouger. Côté poids en revanche, c’est la désillusion : à part Diane, on en a probablement tous pris un peu ! Le cycliste est animé d’une faim qui n’est pas forcément représentative de sa dépense calorique ! Vive la course à pied !
  • Quid de vos capacités physiques ? Sont elles toujours en progression ?
    • C’est surtout l’adaptation à l’altitude qui est longue (plusieurs mois pour arriver à un plateau). Pour le vélo, au bout d’une à deux semaines, on ne ressent plus trop de différences.

 

Dernière question : comment allez vous faire pour répondre à toutes ces questions ! 😏

Celle-ci est une bonne dernière question ! La réponse est simple : du mieux que nous  avons pu et en y passant pas mal d’heures 🙂

Merci à tous pour vos questions, beaucoup étaient très pertinentes et certaines plutôt difficiles avec introspection familiale à la clé. Un bon moment de partage en famille pour parvenir à répondre à tout !

Par les M&N’s

Des questions ?

De nombreuses questions nous ont déjà été posées par mail ou échange privé sur notre quotidien de voyage, les meilleurs moments, nos difficultés. Nous vous proposons de faire un article spécial, posez-nous vos questions, nous vous répondrons à notre prochaine connexion réseau (1 semaine environ).

Les questions peuvent bien sur être adressées à l’un ou plusieurs d’entre nous… A bientôt !

Traversée de déserts

Nous partons de La Paz, frais et pimpants après avoir rechargé les batteries et laissé passer quelques fièvres au lit.

Comme nous l’avions fait pour l’arrivée sur La Paz, nous choisissons de sortir de cette grande ville en bus pour éviter le trafic d’une double voie sans intérêt. Nous atterrissons donc 200 km plus loin à Oruro, ville particulièrement connue pour l’excentricité de son carnaval et l’originalité de ses masques inspirés des différentes traditions folkloriques de Bolivie.

A Oruro, nous enfourchons nos montures pour 7 jours de voyage non-stop. Nous décidons de passer par l’ouest du lac Poopo, région qui ne voit passer que très peu d’étrangers car même les cyclovoyageurs privilégient la voie par l’est. Dès la sortie de la ville, les paysages sont surprenants. Nous longeons un lac en partie asséché, où nous apercevons de loin des colonies de flamants roses. Très rapidement, nous pénétrons dans un paysage désertique : la végétation s’appauvrit, la sable apparaît, l’air est sec, les journées sont très chaudes et les nuits plus fraîches.

Pendant cette semaine de voyage, nous serons pourtant surpris par la variété des paysages. Des plateaux arides où subsistent encore quelques cultures, nous passons aux plateaux de sable recouverts de grandes flaques de sels blancs. Nous longeons des plaines entières de terre craquelée par l’effet de la sécheresse. Ici, rien ne pousse.

Un peu plus loin, nous voyons apparaître les premiers élevages de lamas, parfois accompagnés de moutons. Ce bétail dispose de territoires à perte de vue pour glaner quelques brins dans la végétation rase. La route est une intruse dans ce paysage, les animaux la traversent sans se soucier des quelques voitures qui y passent quotidiennement. Tout devient magique lorsqu’apparaissent les premières vigognes. Les filles sont à l’affût. Ce sont aussi des camélidés, comme les lamas et les alpagas, mais leur profil les fait plutôt ressembler à de fines biches à long cou. Les vigognes, espèce protégée, sont beaucoup plus sauvages que les lamas ; elles sont difficiles à approcher et restent à l’écart de la route, ce qui rend la quête encore plus trépidante au cours du chemin. Ces animaux vivent en petit groupe : un mâle, ses femelles et leurs petits. Nous observons que le mâle reste à l’écart du groupe, à l’affût du danger. A notre passage, il relève la tête et nous toise pendant que les autres membres du groupe continuent de brouter. Si nous nous approchons, il pousse un cri strident (qui ressemble un peu à celui de l’âne) et tous se sauvent en courant.

Plus nous descendons vers le sud, plus la sécheresse est marquée. Pendant des kilomètres, le paysage est constitué de dunes de sable, qui parfois empiètent sur la route. Nous espérons apercevoir le lac Poopo, notamment pour nous recharger en eau. Mais depuis 2014, le lac a presque disparu, par l’effet combiné d’une surexploitation agricole et minière et du manque de pluie vraisemblablement causé par le réchauffement climatique.

Les villages sont rares sur la route et simplement composés de quelques maisons en adobe. Les « tiendas » sont difficilement repérables sans demander des indications aux habitants. Et quand nous les trouvons, il n’est pas forcément possible d’y trouver de l’eau. Une fois, Marc revient avec du Coca et de la bière, seuls liquides que le monsieur veut bien lui vendre ! D’autres fois, nous faisons appel à la générosité des habitants pour remplir notre outre d’eau. Nous nous faisons un peu surprendre par la difficulté à nous ravitailler dans la région, ce qui était plutôt facile jusqu’à présent. Nous rationnons nos réserves.

La rudesse de cet environnement contraste avec l’accueil qui nous est fait. Presque à tous les villages où nous nous arrêtons pour déjeuner le midi, à l’ombre des uniques arbres plantés sur la place centrale, les villageois viennent nous voir, nous serrent la main, nous demandent où nous allons et ne manquent pas de glisser quelques compliments sur la jolie Diane. Ils s’inquiètent pour nous, nous demandent si nous avons bien dormi, si les enfants ne sont pas trop fatigués par ce voyage (on ne laisse pas répondre les ados !).

A Avaroa, nous franchissons le pas de demander à un directeur d’école élémentaire de participer à une matinée de cours avec les enfants pour pouvoir échanger sur les pratiques éducatives et l’environnement scolaire de nos pays respectifs. Les enfants de l’école sont surexcités, ils posent énormément de questions sur la France, qu’ils ne connaissent pas. Nous constatons que les enseignants ont fort à faire pour mettre au travail des enfants dont le niveau est très hétérogène et l’assiduité parfois limitée.

Un des moments marquants de ce petit périple sera aussi la nuit passée au fond d’un cratère de météorite. L’effet sera triplement magique : le soir où nous bivouaquons, nous sommes recouverts en 10 minutes par un nuage brumeux chargé de sable ; au cours de la nuit nous essuierons notre premier orage bien bruyant et mouillé ; et le lendemain nous apprendrons qu’il ne s’agit pas d’un cratère de météorite comme indiqué partout, mais d’un cratère de volcan. En un seul coup, nous marquons un paquet de premières fois !

Au bout de 7 jours, nous arrivons un peu fatigués au village de Salinas, capitale de la quinoa. Nous y restons deux nuits dans une auberge très accueillante pour pouvoir récupérer et refaire nos réserves alimentaires. Diane copine avec la petite fille de nos hôtes, et nous passons plusieurs heures à discuter avec l’énergique papa Enzo, qui a beaucoup de choses à partager avec nous sur son pays.

Nous prenons ensuite la route pour le fameux salar d’Uyuni, l’un des moments les plus attendus de ce voyage. Pour entrer dans le salar, il faut contourner le volcan Tunupa, qui selon la légende Aymara serait à l’origine de la création de cette grande étendue blanche. Selon cette légende, le volcan serait une déesse trompée par son amant alors qu’elle allaitait son enfant. Abandonnée, trahie, ses larmes se seraient mêlées à son lait et se seraient déversées dans la plaine à ses pieds, la recouvrant d’une épaisse couche laiteuse et salée…

Nous contournons donc le volcan dans sa robe de sable clair, de terre nuancée d’ocre et de rouge et de graminés jaune d’or. Journée courte, mais un peu difficile. Nous devons pousser sur plusieurs kilomètres nos montures chargées qui s’enfoncent dans le sable.

Ce jour-là, Diane repère des empreintes de pas sur le sable, qui ne ressemblent à rien de connu : trois gros doigts en palmier. Nous relevons la tête, et Pauline aperçoit au loin des nandous, ces gros oiseaux cousins de l’autruche. Enzo nous avait raconté la veille que ces oiseaux sauvages étaient très méfiants et protecteurs de leurs œufs. Si on s’en approche un peu trop, l’oiseau accourt rapidement avec ses grandes pattes, mais au lieu de piquer l’intru avec son bec comme on pourrait s’y attendre, il lui donne un violent coup de patte qui peut facilement mettre à terre un homme costaud !

Nous arrivons dans le petit village de Jirira, à l’entrée du Salar. Nous y restons une journée de plus : pendant que les enfants font travailler leurs neurones sur leur devoirs scolaires, Marc entreprend l’ascension du volcan. Parti au lever du jour, il revient vainqueur en milieu de journée, fier d’avoir franchi les 5000 m pour la première fois de sa vie.

Le lendemain nous partons pour la fameuse traversée du désert de sel. Nous nous levons à 4h30 pour profiter des températures fraîches et éviter le vent de face qui forcit en journée. Trompés par la technologie, nous prenons une mauvaise piste et sommes obligés de faire demi-tour. Beaucoup d’énervement pour cette entrée en matière. Nous arrivons finalement en fin de matinée sur l’île d’Incahuasi, très justement appelé l’île au cactus : perdue à près de 50 km du bord du salar, cette île d’un demi-kilomètre de diamètre est entièrement recouverte de cactus – en fleurs au moment où nous y sommes – qui parfois atteignent plus de 8 mètres de haut. Quelques kilomètres avant l’arrivée, nous sommes rejoints sur la route par Gaëlle et Tom, un couple belge parti de Colombie. Nous déjeunons ensemble et passons un très bon moment en leur compagnie. Nous les laissons reprendre la route pendant que nous passons la nuit sur l’île, protégés dans une salle des fortes rafales de vent.

Le lendemain, une grosse journée nous attend : près de 80 km pour sortir du salar. La piste est mauvaise. Le passage quotidien de dizaines de 4/4 de touristes accentuent les irrégularités du sol de sel dur, nous donnant l’impression de rouler sur de la tôle ondulée. Sur certains passages, la couche de sel est moins épaisse et nous devons slalomer entre les trous sur la piste. Un peu stressant : il peut y avoir jusqu’à 100 m de saumure sous la croûte de sel ! Malgré tout, nous avons conscience de cette chance de traverser ce paysage unique en son genre. A perte de vue, nous voyons du sel, du sel, du sel. Parfois, nous ne savons plus si nous roulons sur du sel, de la neige, de la glace, tellement l’impression est trompeuse. Nous jouons avec les effets de perspective pour les traditionnelles photos du salar. Au bout de 80 kilomètres de ligne droite, nous arrivons au village de Colchani, bien fatigués. Pendant la pause déjeuner, François insiste pour que l’on poursuive jusqu’à Uyuni, une vingtaine de kilomètres plus loin, afin de marquer un nouveau record… Nous repartons et le faisons : 100 km en une journée !

Nous arrivons à la Casa de Ciclista d’Uyuni, ouverte il y a juste un mois, où nous retrouvons Gaëlle et Tom pour une délicieuse soirée apéro-bière, 100 km ça se fête ! Puis au programme : nettoyage des vélos ensalés, du linge, des héros du jour etc.

Pour les enfants, cette traversée des déserts a été parfois un peu rude. Les grands l’ont trouvé un peu monotone. Pour les parents, il s’agit au contraire de l’un de leurs passages préférés de ce voyage, plongés dans l’immensité de ces paysages arides. La plupart du temps, les routes étaient plates et étonnamment bien entretenues pour une région aussi peu fréquentée. L’origine du président y est peut-être pour quelque chose…

Pour la suite, nous nous offrons quelques jours de voyage en backpack vers l’est de la Bolivie. Mais ça, ce sera pour un prochain article !

Le Titicaca par la face nord !

Carte

Après quelques jours de repos bénéfiques dans la vilaine ville de Juliaca (non vraiment c’est poussiéreux et tout moche, et ça contraste avec ses centres commerciaux ultra-modernes), nous partons en direction de : THE lake. Celui que tout le monde rêve de voir à cause de Tao et de sa bande. On nous a prévenu que c’était peut être moins mirifique en vrai que dans notre imagination, mais en attendant, on doit pédaler 10 km dans la poussière et le long de routes bordées d’ordures pour s’extraire de Juliaca. Ensuite les choses s’arrangent, la circulation diminue et les paysages se font plus agréables. Nous avons décidé de faire un arrêt dans la péninsule de Llachon, l’endroit est paisible et les îles Uros que nous pouvons visiter depuis ce village sont moins touristiques que celles depuis Puno. Ça sera quand même un peu commercial, mais qu’il est étonnant de se retrouver sur une île de roseaux. A tel point que Diane ne verra pas la fin de l’île et passera au travers, trempée jusqu’au nombril et affublée d’une charmante odeur d’herbes en décomposition. Sur le moment, l’humeur n’était pas à la prise de photos ; c’est dommage, c’était quand même bien drôle.

Les enfants profitent de la plage de sable fin (l’eau est un peu froide à 4000 m) et une petite balade nous permettra d’admirer l’ile d’Amantani, de l’autre côté de la péninsule. Au départ de Llachon, ce sont 40 km de piste, dont une bonne partie longeant la côte et sans trafic, un vrai régal. La piste rougeoyante est à flanc de falaise, les eaux sont turquoises et la vue porte loin ; les paysages sont splendides. Mais cette partie du lac est peu fréquentée par les touristes et nous aurons parfois du mal à trouver où dormir. Il faut dire que la chaleur de l’accueil dans les villes du nord et l’est du lac semble inversement proportionnelle à la beauté des paysages et il nous faudra parfois nous rabattre sur des lieux désaffectés ou des paroisses, les auberges n’étant pas forcément enthousiastes pour accueillir des gringos. A Huancané, c’est le curé qui nous ouvrira très gentiment un dortoir alors que nous avions fait choux-blanc dans les 6 hospedajes de la ville.

Pas d’agressivité cependant, mais la situation pèse un peu sur le moral. Si bien que devant une grande montée où l’énergie vient à manquer, nous tentons notre premier camion-stop. Ca ne marche pas du 1er coup bien sûr, mais alors que l’espoir se réduit et que le froid se fait sentir, un camionneur s’arrête enfin et nous fait franchir 400 m de dénivelé à toute allure, les vélos, François, Diane et Marc bien rangés à l’arrière du manège. Le soir même, un gentil coup de fil d’Agnès et Laurent Bru nous regonfle à bloc pour ce passage un peu délicat.

Dans la petite ville de Conima, où nous célébrons nos 10 000 m de dénivelé, nous tentons le plan des Bru chez le boulanger, mais c’est le WE de la fête des morts et toutes les familles se rassemblent à cette occasion, il n’y a plus trop de place dans les maisons. La tradition autour de cette fête est encore très forte, et même si l’on ne déterre plus grand-père pour lui proposer à boire et à manger (si si !), toute la famille passe la journée au cimetière avec des poupées ou des photos pour évoquer les aïeux et une montagne de nourriture à partager.

Nous trouverons de la place en toquant à la grille d’une église adventiste. Ça tombe bien, Herman et son épouse veulent lancer une structure d’accueil pour les gens de passage. Ils nous indiquent que nous sommes comme leurs premiers hôtes et que notre venue les aura motivé dans leur démarche. Ils nous gâtent le lendemain matin avec un copieux petit déjeuner péruvien : c’est végétarien, ça vient du jardin, c’est bio et ils sont très sympa. Une belle rencontre pour notre dernier jour au Pérou ! Prudence sur les routes en partant de chez eux : comme nos amis nous l’ont expliqué, ces fêtes sont malheureusement un peu arrosées et nous nous méfions des conducteurs.

Le passage de frontière se fait sans encombre. Il y a quelques années c’était encore un parcours de vitesse pour les cyclistes de la face nord du lac qui devaient en faire le tour en moins de 5 jours pour valider leur billet de sortie côté bolivien. Avec le poste frontière à Tilali, c’est beaucoup plus simple, il « suffit » de faire Tilali-Puerto Accosta dans la journée. Mais quelle portion ! C’est une véritable falaise que nous escaladons avec nos vélos sur le dos, sans compter le vent qui nous pousse vers le vide et le froid qui nous mord les doigts (oui, je sais, j’en rajoute ; la vérité terrain est sur les photos :-). Nous passerons la frontière dans une ville-fantôme un peu glauque digne d’un Western spaghetti et arriverons 10 km plus loin au poste frontière bolivien en temps, en heure et avant la pluie pour valider notre sortie péruvienne et notre entrée bolivienne. Nous fêterons ça dans un hospedaje un peu cher, bien cracra et sans douche. Mais youhou, on est en Bolivie !

Avant l’arrivée dans les grandes villes, nous nous offrons une nuit en bivouac, face au lac. Le vent souffle très fort et le froid est vif, mais Nadège et Diane braveront les éléments pour transformer du mauvais pain en délicieux pain perdu. Un film sous la tente ballottée par le vent et le doux bruit du tonnerre qui grondera (au loin) toute la nuit pour nous bercer. Nous finirons par une grande journée de vélo (65+km / 500+m / gros vent) pour rallier la casa de ciclistas d’Achacachi, curieusement installée… dans une piscine « municipale » !

La suite de la route jusqu’à La Paz ne présente pas d’intérêt et est même plutôt dangereuse avec une 2×2 voies sans bas-côté constant. Nous sortons le Joker minibus pour faire la route jusqu’à El Alto et arriver dans un appartement « luxueux » (dixit la tribu, maintenant burinée par l’âpreté de ces contrées montagnardes) loué pour une semaine de repos, de visite et de bricolage. Nous empruntons l’impressionnant téléphérique pour nous rendre à La Paz : la nouvelle ligne inaugurée il y a 3 mois est vertigineuse. Elle permet aux habitants de gagner 30 à 40′ dans chaque sens. Musée du folklore, activation de cartes SIM, restaurant français, magasin de vélo ; on fait nos touristes, on recharge toutes les batteries et ça fait du bien !

Prochaine étape : départ vers le sud et exploration du fameux désert « de d’Uyuni »* !

* d’après Diane 🙂

Par Marc

Départ pour le sud du Pérou

De retour à Cuzco, nous filons directement chez le marchand de vélos juste en face de l’auberge, pour changer les pneus de Pauline trop fragiles. Malheureusement il faut commander les chambres à air, ce qui nous oblige à rester un jour de plus que prévu. Nous en profitons pour effectuer deux copieuses séances de travail scolaire, qui font franchir à François son chapitre sur le théorème de Thalès et finir à Pauline sa leçon d’histoire.

Nous retrouvons aussi à l’auberge Daniel et Huguette, arrivés la veille, ainsi qu’un jeune couple de français qui se sont donnés six mois de pause professionnelle pour voyager en backpack, un couple de suisses qui ont déjà bien vadrouillé à vélo à travers le monde depuis deux ans et un couple de japonais venant de franchir l’ascension des Andes depuis Lima. Nous leur disons à tous au-revoir et à bientôt, car il est probable qu’ils nous rattrapent sur la route…

Et puis nous décollons vers ce qui représente pour nous le début de la véritable aventure.

La sortie de Cuzco est bien plus facile en allant vers le sud, la route descend jusqu’aux premiers villages à la sortie de la ville. Même en partant un jour de semaine, nous évitons les passages trop chargés en circulation grâce à la parfaite maîtrise du GPS de Marc qui mène le peloton.

C’est ensuite que ça se corse. Nous sommes arrivés directement en avion à Cuzco pour éviter d’avoir à effectuer l’ascension des Andes, qui semblait hors de portée de nos capacités physiques. Mais la montagne ne se laisse pas facilement berner et nous impose un test d’entrée. Avant d’arriver sur l’altiplano, nous devons ainsi franchir un col à 4300m, ce qui représente plus de 2500m de dénivelés cumulés depuis Cuzco.

Pour pimenter un peu notre voyage, la saison des pluies s’est invitée à la fête un peu plus tôt que prévu, nous obligeant à nous arrêter régulièrement pour trouver un abri, ou à accélérer en espérant passer à côté des fronts pluvieux. Ne connaissant pas bien la montagne, nous avons du mal à anticiper le mouvement des nuages, les vents au sol n’étant pas les mêmes qu’en altitude. Parfois les épais nuages noirs restent accrochés aux sommets qui nous entourent, parfois ils les dépassent et déchargent leur colère dans la vallée. Nous demandons régulièrement aux villageois des conseils pour savoir s’il faut s’arrêter ou continuer. Une fois, nous nous arrêtons en hâte dans un restaurant touristique ayant poussé au milieu de nulle part. Nous y sommes accueillis par un flot de touristes français descendant de bus, qui nous interrogent, nous prennent en photos, nous souhaitent bon courage. Une autre fois, nous nous abritons in extremis dans une église adventiste, interrompant le groupe de lecture. Quelques minutes plus tard, la foudre tombe dans la cour où sont garés nos vélos. Nous profitons de cette rencontre impromptue pour discuter avec les femmes rassemblées, d’agriculture, d’éducation scolaire.

Dans tous les villages que nous traversons, l’école est de loin le plus beau bâtiment. Bien entretenu, joliment peint, souvent très coloré. Même dans les villages où l’on sent un niveau de vie plus que modeste, avec leurs maisons en adobe sans vitre malgré les températures en dessous de 10°C toute l’année, l’école reste le bâtiment le mieux aménagé. Le pays semble investir beaucoup dans l’éducation, même si nous entendons que la situation reste assez inégalitaire selon les régions. « Honneur, discipline, abnégation » sont des mots que nous retrouvons souvent en devise. Dans une école de campagne, nous lisons sur un panneau « Tous les enfants, filles et garçons, ont le droit à l’éducation scolaire ». De quoi relativiser sur notre rapport à l’école en France. Nous croisons tous les jours des enfants en uniforme qui nous saluent. Parfois c’est toute la cour de récréation qui interrompt ses jeux et se dirige en courant vers les grilles en nous criant des « Ola ! » que nous pouvons encore entendre quelques centaines de mètres plus loin.

De manière générale, nous sommes flattés par les expressions de salutation qui accompagnent notre parcours. Les travailleurs dans leurs champs relèvent la tête pour nous saluer, les marchandes le long de la rue rigolent entre elles avec des rires d’enfant à notre passage. Chez nous, les enfants prennent eux aussi l’habitude de saluer : « Ola, buenos dias, buenas tardes, buenas ». Ces petits moments de gaieté nous distraient et nous offrent des répits dans la montée.

Nous nous étions fixés des objectifs assez raisonnables pour effectuer l’ascension du col. Les grands en redemandent souvent plus ce qui nous permet de gagner chaque jour 10 ou 20 km sur ce qui était prévu. Nous nous couchons sans difficulté le soir, à 20h30 toute la famille est endormie !

Nous arrivons modestement au col le 5e jour après avoir poussé les vélos sur une bonne partie des derniers kilomètres, le vent de face. Ce ne sont pas tant les jambes qui sont en difficulté, la pente est rarement à plus de 6%, mais le souffle est trop court pour forcer sur de longues distances. Nous immortalisons le moment par une photo devant le panneau marquant le point culminant et nous préparons à savourer notre descente.

Cette descente sera de loin le moment le plus difficile de ces derniers jours, qui vaudra même quelques larmes chez toutes les filles : des chiens particulièrement agressifs, un vent de face violent et cinglant qui nous oblige à pédaler même dans les fortes descentes, la pluie qui vient fouetter nos visages et glacer nos os malgré toutes les couches de vêtements. La température est descendue à 5°, et nous n’avons pas trouvé de quoi manger depuis le petit déjeuner. Les parents avaient fait miroiter aux enfants une belle descente après le col, nous avons eu l’impression de nous la faire voler. La colère ressentie est proportionnelle aux attentes que nous avions : « il n’est pas censé pleuvoir à cette saison, le vent n’est pas censé souffler dans ce sens, nous ne sommes pas censés monter mais descendre vers ce fichu village ! ». Les Andes nous donnent notre première leçon de lâcher-prise : ne rien attendre et recevoir ce qui vient (clin d’oeil à Nathalie V.). Nous arrivons glacés au village de Santa Rosa, où nous cherchons une auberge pour nous mettre à l’abri. Nous y retrouvons Wu, cycliste Taïwanais rencontré sur la route, avec qui nous allons savourer une soupe bien chaude. La douche annoncée « caliente » étant en réalité froide, nous nous glissons tous dans nos duvets sans passer par la case nettoyage et nous endormons sur les deux derniers épisodes des Cités d’Or.

Le lendemain matin, un peu reposés, nous nous offrons un petit déjeuner sur l’altiplano que nous n’avions pas pris le temps d’observer la veille. Le changement de décor est étonnant. Nous avons quitté la vallée encaissée dans les montagnes aux sommets enneigés. Nous admirons maintenant des champs de steppes à perte de vue, recouvertes de stipes « ichu ». La gamme des jaunes se déroule devant nos yeux, subtilement mise en relief par l’ombre des nuages qui se déplacent rapidement. Nous suivons maintenant de longues (même très longues) lignes droites relativement plates. Dans la vallée l’agriculture était particulièrement diversifiée, avec ses multiples champs à taille familiale cultivés à la main ou à la charrue. Sur l’altiplano, les champs augmentent de taille et nous voyons apparaître les premiers tracteurs.

Au bout de 8 jours de pédalage, nous décidons de nous arrêter dans l’affreuse ville de Juliaca que nous avions prévu d’éviter au départ, pour recharger les batteries, changer l’axe de roue arrière de Marc qui a cassé lors d’une fausse manip avec le Follow-me, laver le linge… et reprendre le travail scolaire ! Nous débarquons à la Casa de Ciclistas de Juliaca, concept qui fonctionne très bien en Amérique du Sud. Ce sont des maisons mises à disposition des cyclotouristes, contre participation volontaire, où se retrouvent des baroudeurs pour une nuit, deux nuits, une semaine, un mois pour certains… La famille que nous sommes prenant de la place, Giovanni nous accueille carrément chez lui et nous met à disposition sa cuisine et son garage pour dormir. Nous passons une formidable soirée avec Giovanni et ses hôtes, autour d’un Pisco Sour, d’un grand plat de crêpes que nous avons cuisiné, et de chants d’inspiration quechua accompagnés à la guitare par des membres de passage de la Rainbow family. Pauline osera prendre la parole au milieu de ce joyeux groupe pour chanter a capella quelques jolis chants scouts. Autant dire que les parents étaient tout fiers !

Pour l’étape suivante, nous partirons en direction du lac Titicaca, que nous contournerons par le Nord et l’Est pour éviter les zones trop touristiques et profiter des splendides paysages sur l’eau.