Descente vers Singapour : dernière ligne (presque) droite

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A l’approche de la capitale Kuala Lumpur, nous ne faisons pas les fiers. La circulation est particulièrement dense, les bas-côtés des routes souvent inexistants et il nous faut composer entre les voitures nous doublant par la droite et l’évitement de trous et d’obstacles sur la chaussée. Tant que nous le pouvons, nous essayons de passer par des quartiers résidentiels mais nous sommes inévitablement ramenés vers les grands axes qu’il est parfois nécessaire de traverser en mode sprinter : « Après la rouge, on y va…. Attention… Maintenant ! ». Une fois, nous nous retrouvons bloqués sur la voie de droite d’une nationale (la voie la plus rapide puisqu’on roule à gauche en Malaisie) contre le terre-plein d’un mètre de hauteur, attendant mètre après mètre de pouvoir prendre la sortie… qui a en fait disparu, ainsi que la suivante. Une grosse frayeur qui nous rajoute quelques kilomètres dans cette jungle urbaine, et qui nous fait rechercher rapidement un endroit pour la pause déjeuner afin de nous remettre de nos émotions.

Nous trouvons donc un food-court chinois, nombreux dans le pays et bon marché. Les restaurants malais sont fermés en cette période de ramadan, et nous nous rabattons sur la cuisine chinoise qui a aussi l’avantage d’épargner nos papilles des épices trop pimentées. Nous nous installons sur les classiques chaises rouges entourant une table ronde, et allons remplir nos assiettes de riz à l’un des buffets de plats. Au moment de payer, un monsieur arrive et règle notre note. Nous n’avons même pas le temps de réagir qu’il est déjà reparti. Au moment du dessert, nous voulons goûter un plat local (le rojak : salade de fruit et concombre recouvert d’une sauce caramélisée à la crevette fermentée… 😉 ). Cette fois c’est la serveuse qui nous l’offre, en précisant qu’elle nous souhaite la bienvenue en Malaisie ! Nous repartons tout guillerets de cette pause généreuse et sommes prêts à affronter les derniers kilomètres qui nous séparent de notre destination finale.

Nous allons passez le week-end chez la famille Buisson, famille française d’expatriés que nous rencontrons par l’intermédiaire des parents de Marc. Et nous passons un week-end délicieux ! Dorlottés, régalés, cocoonés dans une ambiance qui sent bon la terre natale, nous partageons de beaux moments de discussion sur la vie des français à l’étranger, sur les voyages, la famille… Karine et Patrice proposeront même aux parents de s’offrir un dîner en amoureux pendant qu’ils restent avec les enfants pour une soirée crêpes ! Nous avons beaucoup de mal à repartir le lundi matin…

Nous enfourchons de nouveau nos vélos pour notre dernière étape à l’étranger en direction de Singapour au bout de la péninsule malaisienne. « Une étape de trop », diront les enfants, et nous ne sommes pas loin de leur donner raison, tant cette section a été semée d’obstacles ! Les frayeurs causées par notre arrivée sur la capitale nous ont échaudés, et nous souhaitons éviter autant que possible les grands axes. Mais dans cette partie du pays, il faut choisir entre les nationales et autoroutes ou les petites pistes que l’on est pas sûr de pouvoir suivre jusqu’au bout. Une fois, ce qui est censé être une route sur nos cartes est en fait un sentier de moins en moins praticable même à vélo. Il faut descendre pour contourner les grandes et profondes flaques d’eau, rouler dans des herbes hautes et éviter les branches de végétation débordant sur le chemin. Au bout de plusieurs longs kilomètres, la route s’arrête. Elle reprend quelques centaines de mètres plus loin, mais entre deux, une rivière et un fossé nous empêchent de poursuivre. Nous ne souhaitons surtout pas faire marche arrière ! Les moustiques eux sont heureux, ça devait faire plusieurs mois qu’ils n’avaient eu personne à se mettre sous la trompe. Nous voilà donc à écarter un grillage déjà éventré, repousser le rouleau de fil barbelé à lames de rasoir et tracer un chemin à la machette (si si) pour rejoindre la ligne de chemin de fer juste au-dessus. Ligne que nous suivons en nous dépêchant entre deux trains pour enfin atteindre la route à proximité. Voilà un épisode qui a un petit goût d’aventure… et que l’on pourrait ranger dans la boîte des bons souvenirs s’il ne s’était pas reproduit plusieurs fois par la suite à quelques variantes près !

Heureusement comme pour notre arrivée sur KL, ces épisodes un peu éprouvants sont entrecoupés de rencontres touchantes. Par exemple, nous rencontrons par l’intermédiaire du réseau Warmshower Mar, jeune femme malaise d’une trentaine d’années. Comme 7 de ses 12 frères et sœurs encore non mariés, elle vit chez ses parents, chez qui elle accueille régulièrement des cyclotouristes étrangers pour discuter et apprendre de leur culture. Diplômée ingénieur, elle donne des cours particuliers, voyage ponctuellement à travers le monde pour des entreprises et des chercheurs qui lui confient des missions de recherche, et travaille sur son 3e livre. Le premier traitait de la Macédoine, où elle a passé un hiver dans un village de montagne, le deuxième de Singapour, dont sa mère est originaire. Elle prépare son voyage à vélo qui partira de Turquie et traversera l’Albanie, l’Azerbaïdjan et l’Iran… probablement seule. Cette jeune femme humble et d’apparence fragile nous impressionne. Malgré un contexte de vie qui paraît peu favorable, elle semble animée d’un esprit aventurier qui nous fait relativiser notre propre expérience… Une belle rencontre, que nous aurions aimé prolonger.

Pour l’anniversaire de Nadège, nous nous arrêtons à Malacca, ville multiculturelle qui a été occupée successivement par les hollandais, les portugais, les anglais, les japonais et chez qui vivent aujourd’hui les trois communautés malaise, chinoise et indienne… Cela en fait un site architectural assez différent de ce que l’on a pu voir ailleurs en Malaisie, d’ailleurs classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Petite pause bien agréable entre nos journées de pédalage.

Pour l’anniversaire de François, nous nous arrêtons dans la ville à la frontière de Singapour, où nous passons la journée dans un parc aquatique pour fêter les 15 ans du « grand ». Puis nous traversons la frontière (après deux longues heures d’attente dans la file des motos, le soleil à son zénith…) et découvrons la ville-pays qui nous surprend un peu. Alors que nous pensons trouver un espace urbain dense et bétonné, nous longeons de vertes avenues et traversons une jungle bien épaisse sur un sentier VTT pendant une dizaine de kilomètres. Pour ces derniers jours à l’étranger, nous sommes accueillis chez Christophe, collègue de Marc installé ici depuis quelques années. Il accueille aussi pour la semaine Benoît, collègue d’un autre labo toulousain. Transition en douceur vers le retour en France, les discussions alternent entre boulot et expérience à l’étranger. Nous arrivons à dégoter les 5 précieux cartons pour emballer nos vélos (d’autant plus précieux que le gérant nous les fait payer cette fois, mais pas moyen d’en trouver d’autres ailleurs) et nous préparons pour le dernier vol du voyage… entre excitation et nostalgie.

Invitation à la balade !

Bonjour  !

Fin de l’exotisme, mais le voyage n’est pas terminé : nous sommes à Singapour et nous rentrons dans deux jours ! Atterrissage à Paris puis grand arc de cercle pour rentrer.

Ci-dessous une carte de France avec nos dates approximatives de passage. Nous serions très heureux de partager une portion de ce trajet avec ceux d’entre vous qui le souhaitent ! A vos agendas pour bloquer des créneaux !!

Carte France et dates

 

Notre tour du monde des animaux (par Diane)

Au cours de ce voyage, nous avons eu beaucoup de chance car nous avons croisé beaucoup d’animaux. Certains de ces animaux, je ne les connaissais pas du tout parce qu’ils n’habitent pas en France.

Au Canada, nous avons vu beaucoup d’écureuils : les « squirrels » qui habitent dans le pays depuis longtemps et les écureuils gris qui ont envahi leurs territoires. Je m’amusais à appeler ceux-là les « méchants » écureuils. Nous avons aussi vu des baleines, des phoques et des dauphins lors d’une excursion sur le fleuve Saint Laurent. En vélo, j’ai aperçu deux chiens de prairie, mais ma famille n’a pas eu le temps de les voir.

Au Pérou et en Bolivie, nous avons bien sûr vu beaucoup de lamas ! Mais contrairement à ce que l’on dit, nous n’en avons jamais vu cracher. Nous en avons aussi mangé, car c’est un plat courant dans ces pays. Nous avons vu aussi des alpagas, dont on exploite la laine. En Bolivie, nous avons croisé des groupes de vigognes. Ce sont des animaux plutôt élégants, avec un long cou fin, qui ressemblent à des biches mais qui sont de la même famille que les lamas. Nous avons aussi aperçu des nandous, cousins de l’autruche. Et en descendant les Andes, j’ai aperçu dans le ciel des condors.  Mais surtout, nous avons vu beaucoup beaucoup de chiens ! La plupart sont sauvages et peuvent être agressifs avec les cyclistes ! Je n’ai pas du tout aimé les croiser.

Au Chili, les paysages sont un peu différents, les animaux aussi. En Patagonie, nous avons vu des vautours de différentes espèces :  vautours noirs, condors, vautours aura à tête rouge… On pouvait les différencier en regardant leur taille, la couleur de leurs ailes et de leur tête. Au sud, nous avons vu des manchots ! Plusieurs fois aussi, nous avons aperçu des otaries et dauphins en longeant les côtes. Nous avons aussi vu des guanacos, cousins des lamas. Une fois, nous avons fait une balade sur des chevaux de Patagonie. Ils s’appellent des « criollos ». Ce sont des chevaux solides et musclés, un peu plus petits que la moyenne, capables de résister au climat extrême de la région.

En Nouvelle-Zélande, j’ai eu la chance de voir un bébé kiwi ! Il est né dans un centre de conservation, et il allait être relâché dans la forêt. J’ai appris beaucoup de choses sur la conservation des espèces en Nouvelle Zélande. J’ai d’ailleurs fait un exposé pour ma classe là-dessus. Papa et Maman ont aussi vu des wetas, ces sortes de sauterelles géantes qui n’habitent qu’en Nouvelle-Zélande. Ils sont allés les voir de nuit à la lampe torche dans des trous creusés dans la falaise. Cela ressemblait à des araignées géantes, beurk ! En langue Maori, « weta » veut dire « dieu des choses laides » ! Dans ce pays, il y a aussi beaucoup d’oiseaux, dont certains sont en voie de disparition. Nous avons en particulier croisé le « blue duck » et le « kokako ».

En Australie, nous avons vu des koalas, mais pas de kangourous sauf dans un parc. Ils ont des cuisses très musclées. En vélo, nous avons vu pas mal de groupes de chauves-souris géantes, qui sont aussi très actives le jour. On les appelle là-bas des « renards volants à tête grise » ou encore des megabats. Elles sont impressionnantes car elles mesurent plus de 1,5 m d’envergure ! Nous avons vu aussi beaucoup d’oiseaux comme les cacatoès, les pélicans et les kookaburras.

Au Japon, nous avons vu des biches dans les parcs et des macaques japonais.

En Thaïlande, nous avons vu le long de la route des zébus et des buffles dans les champs, beaucoup de coqs, de poules et leurs poussins près des maisons. Lors de notre baptême de plongée, j’ai vu des jolis poissons colorés et même des petits requins. Comme en Amérique Latine, il y avait beaucoup de chiens sauvages.

En Malaisie, nous avons croisé en vélo beaucoup de reptiles ! Des varans, des lézards, des geckos et des serpents ! Dans un parc à reptiles, j’ai même porté un python sur mes épaules. Leur peau est drôlement agréable !  Nous avons aussi vu beaucoup de macaques sur le bord de la route, dans la jungle ou dans les palmiers à huile. Il y en a même un qui a sauté entre deux arbres, par dessus la route, juste devant nos vélos. Il sont très habiles !

 

Par Diane

La Malaisie entre rizières et palmiers

A l’approche de la frontière malaisienne, nous observons un changement progressif dans l’environnement. Depuis la route nous apercevons des joggeurs dans des parcs bien entretenus et aménagés pour le loisir sportif. Des armées de cantonniers munis de leurs débroussailleuses dégagent les bas-côtés des routes sur lesquels l’herbe a vite fait de repousser dans la chaleur et l’humidité tropicale. Des panneaux de publicité vantant le dernier appareil numérique succèdent aux panneaux mettant en scène de jeunes femmes voilées faisant la promotion de produits de beauté. Et indice ô combien révélateur de notre retour à la civilisation normalisante : sur les murs d’enceinte des entreprises apparaissent ça et là des panneaux indiquant leurs certifications ISO…

Carte Malaisie 1

Trajet Padang Besar – Kuala Lumpur

Après la frontière, nous poursuivons notre route sur les chemins bordés de plantations d’hévéas et de cocotiers ; nous sommes encore au nord du pays. Puis progressivement apparaissent les champ inondés qui accueilleront bientôt les plants de riz. Le reflet des nuages sur ces grands plans d’eau nous offre de magnifiques spectacles mouvants. Quand nous le pouvons, nous suivons des sentiers le long des canaux d’irrigation, à travers des paysages mêlant le vert éclatant des feuilles de bananiers à la couleur cuivrée des terres arables. Dans la région du Kedah, grenier à riz du pays, nous faisons un arrêt pour visiter le musée consacré à cette culture. Un peu plus loin, nous nous arrêtons dans un parc de reptiles, où les enfants auront le courage de toucher et porter de gros pythons sur leurs épaules !

Nous descendons sur la côte ouest du pays jusqu’à l’île de Penang, ancien port commercial britannique dont l’architecture coloniale est encore visible dans la diversité culturelle contemporaine. La ville de Georgetown, comme d’autres que nous visiterons par la suite, s’est développée autour de plusieurs centres névralgiques rassemblant la communauté indienne à Little India, chinoise à Chinatown, et malaise dans d’autres quartiers. L’immeuble populaire où nous logeons pendant cette visite est une bonne illustration de cette mixité ethnique : nos voisins de paliers sont de toutes ces communautés et communiquent entre eux avec un bagage minimal dans chaque langue. La Malaisie est en effet un pays atypique qu’il n’est pas forcément facile de saisir. La communauté majoritaire, malaise, est musulmane. Les postes de fonctionnaires et de représentation d’état leur sont réservés. La communauté chinoise qui représente environ 25% de la population tire les rênes économiques du pays mais leurs droits sont limités. Nous croisons la communauté indienne, qui représente environ 10% de la population et qui paraît en moyenne plus modeste, dans les plantations que nous longeons. Tout au long de la route, se succèdent mosquées, temples bouddhistes chinois, temples hindous et parfois quelques églises chrétiennes.

Un soir peu après notre arrivée en Malaisie, nous dormons chez Yuki et ses deux enfants, de la communauté chinoise. Ses enfants sont scolarisés à l’école chinoise, où ils apprennent à lire et écrire le mandarin. Yuki parle elle-même quelques mots de malais, et comme beaucoup de malaisiens, se débrouille assez bien avec l’anglais, langue résiduelle de la colonisation britannique et aujourd’hui langue commune aux trois communautés. Alors que nous lui demandons maladroitement si elle a encore des liens familiaux avec la Chine, elle nous reprend en insistant sur le fait qu’elle est avant tout malaisienne : « Malaysian, from the Chinese community ». Yuki nous reçoit avec beaucoup de générosité et continuera à prendre des nouvelles pendant la suite de notre trajet malaisien.

Une autre fois, nous dormons chez une famille de la communauté malaise. Sezilin et Mariana ont trois enfants scolarisés aussi à l’école chinoise. Pour leurs parents, il est important que les enfants apprennent le mandarin pour pouvoir se débrouiller plus tard dans le monde des affaires. A notre arrivée, les parents sont absents et la nounou ne parle pas un mot d’anglais ; ce sont les enfants qui traduisent ! A 7 et 8 ans, ils ont déjà une bonne maîtrise de la langue. De plus en plus convaincus de l’importance d’apprendre les langues pour communiquer, Pauline, François et Diane nous affirment avec force conviction que leurs enfants à eux parleront anglais dès le plus jeune âge, qu’ils les forceront s’il le faut, et même s’ils râlent ! No comment… 😉

A Penang, nous passons aussi un excellent moment avec nos deux premiers et uniques cyclos rencontrés en Asie du Sud-Est, Benita et Alain, de Bâle. Nous les avions déjà croisé sur l’île de Koh Tao en Thaïlande… Quelle joie de pouvoir partager l’excitation et les (més-)aventures du cyclotourisme avec des vadrouilleurs connaisseurs !

Nous continuons notre route vers le sud, et rentrons un peu dans les terres pour rejoindre les montagnes de Cameron Highlands. Nous laissons les vélos à Ipoh et prenons le bus pour rejoindre la vallée rendue célèbre pour ses plantations de thé, recouvrant les vallons en une verte couverture quadrillée. Si nous apprécions la visite des plantations, spectaculaire effectivement, nous réalisons à quel point le tourisme de masse défigure les lieux en faisant pousser des blocs de bâtiments comme d’affreux champignons de béton gris. Et toutes les vallées alentour sont recouvertes de serres plantées à flanc de colline, pour faire pousser des fraises, des légumes, et encore des fraises pour les amateurs chinois. Cette urbanisation abusive inquiète les locaux qui ont vu la région se détériorer en quelques années. Déjà les sentiers de la « forêt moussue », réputée pour ses paysages féériques, sont en grande partie fermés pour limiter la dégradation irrémédiable. Une occasion supplémentaire pour discuter avec les enfants de l’impact des activités humaines sur l’environnement…

Environnement qui d’ailleurs se défend comme il le peut ! Un jour que François part dans les taillis soulager sa condition naturelle, nous le voyons sortir en courant, en battant des bras et des jambes jusqu’à nous… Le pauvre en sort paniqué, piqué par des guêpes et surtout assailli par des sangsues qui tombaient des arbres et lui grimpaient sur les pieds (protégés par des tongs, évidemment) ! Sur le moment, l’heure n’était pas à la rigolade, mais tout le monde gardera cette scène cocasse en mémoire ! Finalement, cet événement nous dissuade d’aller jusqu’à la réserve de Taman Negara connue pour ses trecks aventuriers au cœur de la forêt primaire… Paraît-il que les sangsues y sévissent goulûment ! 😦

Nous reprenons donc nos vélos pour descendre vers Kuala Lumpur, la capitale. Sur le chemin, nous traversons des plantations de palmiers à huile. La Malaisie est le premier exportateur d’huile de palme avec l’Indonésie. Le pays a beaucoup investi dans le développement de ces plantations qui occupent une grande surface du territoire, remplaçant les anciennes plantations d’hévéas ou la forêt primaire détruite pour l’occasion. Face à la réticence des pays occidentaux qui commencent à freiner la consommation d’huile de palme dans l’industrie agroalimentaire, la Malaisie fait pression… Une grande partie de l’économie en dépend.

Un peu plus au sud, nous quittons cette zone de monoculture et traversons une région agricole beaucoup plus diversifiée : les bananiers se mêlent aux papayers, les citronniers sont plantés près des manguiers, le manioc longe les canaux d’irrigation, les habitants cultivent sur des petites parcelles du maïs, du riz, du gombo, des concombres, des pastèques… Jolis paysages, nous avalons les kilomètres.

A l’approche de Kuala Lumpur, la circulation se densifie. Nous traversons des kilomètres de zones en construction où des milliers de maisons sortent de terre simultanément. Nous ne sommes pas très à l’aise, les bandes de sécurité sont très étroites sur les routes malaisiennes et les voitures, souvent bien entretenues, circulent vite sur les axes routiers. Nous sommes pressés d’arriver à bon port chez la famille d’expatriés français qui nous accueille pour un long week-end…

A suivre !

 

Par Nadège

Iles paradisiaques et descente express

Embarquement sur les chapeaux de roues pour l’île de Koh Tao située dans le golfe de Thaïlande. Il faut défaire les paniers pour charger les vélos par l’étroite passerelle mais ça se fait facilement avec l’aide de l’équipage. Trajet rapide en catamaran autour de 50 km/h pour relier Koh Tao. Mer plate heureusement ; il parait que sinon ça tape sérieusement. Une fois débarqués sur l’île, on est surpris par la densité du trafic de scooters. D’habitude, il n’y a que des locaux en scooter, mais avec les rues étroites et pentues, la plupart des touristes se déplacent aussi en scooter. Un peu dangereux pour les piétons et les cyclistes mais on a un peu d’expérience maintenant.

Trajet Chumpon-Padang Besar.jpg

A part la circulation, l’île est vraiment paradisiaque. Des plages de fin sable blanc, de grands blocs de granit qui descendent jusque dans la mer et la jungle qui recouvre les hauteurs. Joli décor pour un coucher de soleil le premier soir, les pieds dans l’eau et les yeux sur l’horizon. Nous aurons le plaisir d’explorer les fonds sous-marins en masque-tuba pendant toute la journée suivante. Facile de comprendre pourquoi l’île est si réputée auprès des plongeurs. Nous observons toutes sortes de poissons tropicaux qui vivent à quelques mètres du bord au milieu des coraux, des anémones et des bénitiers géants. Quelques requins également, mais trop petits pour donner des frissons.

C’est ensuite le grand moment du baptême de plongée. Nous avons choisi un club français pour que la communication soit plus simple entre l’instructeur et les enfants. Diane redoute un peu mais parvient à vaincre son appréhension et descendre à 2-3 m. Difficile pour elle de rester au fond : elle préfère remonter après chaque poisson pour commenter ce qu’elle vient de voir ! Nadège n’est pas la plus motivée pour apprendre à respirer sous l’eau, mais elle s’en tirera avec brio ; il faudra juste lui épargner la seconde plongée, plus profonde, que j’effectue avec François et Pauline. Ils ont été à l’aise tout de suite et ont bien profité du spectacle.

Après 3 jours sur Koh Tao, direction Koh Samui pour terminer notre semaine de vacances sans trop de pédalage. François aura sa dose d’adrénaline dans un toboggan-tremplin qui envoie suffisamment haut dans les airs pour qu’on ait pas envie de rater son entrée. Ce que fera Pauline qui sera vaccinée en un seul essai. La vidéo est à la fois drôle et douloureuse à regarder :-). Diane perfectionne ses plongeons à la piscine de l’hôtel qui finissent par être parfaits. Mais l’appel du vélo nous tire de notre farniente, surtout que notre visa expire une semaine plus tard et que ça nous ennuie de payer pour le renouveler.

Nous ne sommes pas mécontents de quitter les sites touristiques et de retrouver une région où nous pouvons côtoyer les habitants dans leur mode de vie habituel. C’est d’ailleurs ce qui nous décide à poursuivre vers l’est au lieu de rejoindre la côté ouest et ses célèbres Phuket, Krabi et Kho Lanta. S’en suit une descente rapide le long de la côte. Un petit obstacle en relief, une piste qui n’est pas censée exister puis une longue plage (150 km quand même !) décorée d’éoliennes. Nous longeons sur plusieurs jours des élevages de crevettes avec leur roues à aube caractéristiques. Et pour fêter notre 16ème anniversaire de mariage, les enfants nous font la joie de se dépasser et de battre notre record bolivien pour franchir 106 km dans la journée ! (ou est-ce parce qu’on a parlé d’un hôtel un peu plus confortable que les guest-houses où nous logeons d’habitude ?). En tout cas le mérite leur revient entièrement parce que les parents n’auraient pas poussé autant avec ce niveau de chaleur. Cette semaine est en effet la plus chaude de l’année, et plusieurs fois nous devrons rouler sur des routes en plein soleil, aucune végétation pour nous protéger, avec un thermomètre dépassant probablement les 50° au soleil…

A l’approche de Songkla, nous mettons le clignotant vers la droite. La zone dans laquelle nous nous trouvons est barbouillée en rouge sur la carte du Ministère français des affaires étrangères. La faute à un conflit larvé entre le pouvoir central et les quatre régions autonomistes du sud-est rattachées sur le tard à la Thaïlande. Après la ville de Hat Yai, nous filons vers le passage frontière de Padang Besar. Pour terminer cette dernière journée thaïlandaise en beauté, Nadège nous fait une belle frayeur : dans sa position en queue de peloton, elle ne voit pas le petit billot de bois que François vient d’éviter de justesse et fait un arrêt brutal de 18 à 0 km/h… Remarquable chute qui n’abîme même pas le vélo et qui lui vaudra à peine quelques égratignures mais de belles courbatures le lendemain.

A l’approche de la Malaisie, temples bouddhistes et mosquées se succèdent le long de la route. Dommage que la dernière personne que nous croiserons en Thaïlande soit Karaba la sorcière en personne. La responsable du poste de douane qui nous reçoit est l’antithèse de toute la bonne humeur rencontrée au cours de notre séjour dans le pays. Ce n’est pas peu dire ! Elle insiste pour nous recevoir un à un dans son bureau, y compris Diane sur qui elle hurle -littéralement- dans un anglais approximatif quand elle s’aperçoit que nous avons égaré l’un de ces ridicules bouts de papier fournis à l’entrée dans le pays. Marc déboule dans le bureau pour extraire sa fille de la cage au lion. A coup de grand sourire (ce sera notre leçon thaïlandaise), nous arriverons à arracher le fameux tampon sur le passeport de Diane qui nous permet de poursuivre la route. Bien dommage de quitter le pays là-dessus. Mais ça ne fait rien, comment pourrait-elle effacer tous ces sourires et ces gentillesses que nous avons reçus en un mois de pédalage en Thaïlande ?

Devant nous, la Malaisie et déjà ces mêmes sourires et salutations sonores le long de la route.

 

Par Marc

Thaïlande : c’est parti !

Après notre vadrouille japonaise, nous débarquons une nouvelle fois à Bangkok pour démarrer notre périple thaïlandais. Encore une fois, nous nous sentons écrasés par les températures qui frôlent les 40° et dont le ressenti est encore alourdi par une humidité collante. Quelques minutes à l’extérieur suffisent pour nous sentir dégouliner de partout. Nous avons besoin de beaucoup de motivation pour sortir de notre chambre climatisée et partir à l’assaut de la visite de la ville.

Heureusement de la motivation nous en avons, car notre calendrier de voyage colle avec celui de la famille Caudrillier (les Vélove) qui vient aussi de débarquer à Bangkok après plusieurs mois de découverte de l’Asie du sud-est à vélo. Partis en mai dernier, ils préparent leurs cartons pour rentrer à Madrid d’où ils partiront pour une dernière étape à vélo vers le Lot où ils résident. En attendant, ces quelques jours en commun à l’autre bout de la planète nous permettent de partager des moments fort sympathiques. Diane ira passer une journée complète en leur compagnie pour explorer un site original conçu pour les enfants, Kidzania : toute la journée, ils passeront d’atelier en atelier pour découvrir différents métiers, cabinet de vétérinaire, hôpital, et s’essaieront même au métier de magicien… Diane est intarissable le soir en rentrant et nous commente sa journée dans les moindres détails jusqu’à ce que le sommeil finisse par l’emporter, épuisée ! Le lendemain, nous partons avec Lalie et Esteban à travers les petites rues de Bangkok. Tout au long du chemin, les dames adressent aux parents des signes de félicitations pour avoir si bien travaillé à construire cette famille de 5 enfants, nous nous en amusons ! Au programme de la journée, visite d’un temple, pause lecture-plaisir à la bibliothèque de l’Alliance Française et petit plongeon en piscine. La famille Caudrillier doit ensuite repartir pour poursuivre son aventure en Europe pendant que nous reprenons la nôtre dans ce pays dans lequel nous nous sentons particulièrement… dépaysés.

Nous décidons de prendre le train pour sortir de l’agglomération de Bangkok, qui s’étend sur des dizaines de kilomètres et qui nous paraît difficile d’accès voire même dangereuse pour les cyclistes que nous sommes. Après 4h de train au cours desquelles nous recevons et échangeons fruits et biscuits avec les dames voisines, nous arrivons à Phetchaburi, à une centaine de kilomètres au sud de Bangkok. Nous arrivons de nuit, et sommes touchés par l’élan d’aide qui nous est apportée pour déplacer notre matériel, le charger dans des tuk-tuk et nous conduire jusqu’à notre auberge. De là, nous remontons les vélos et partons … enfin !

Nous descendons vers le sud dans la partie la plus étroite du pays. Nous suivons le golfe de Thaïlande à l’Est et longeons la frontière birmane à l’Ouest. La route est pratiquement tout le temps impeccable et entretenue, les bas côtés sont suffisamment larges pour nous protéger du trafic, même sur les grands axes. Quand nous le pouvons, nous prenons les petites routes parallèles et passons à travers des paysages formidables : rizières, forêts de cocotiers, de bananiers, d’hévéas… De notre regard glissant, nous observons la vie des habitants. Le long de la route, nous croisons des femmes préparant à manger sur des stands protégés du soleil (les thaïlandais cuisinent peu chez eux, mais achètent dans la rue des plats bon marché). Le linge est suspendu sur des cintres devant les maisons. Les maisons elles-mêmes sont colorées, en bois, souvent sur pilotis. Devant elles, se baladent un joyeux fouillis de fils électriques. Dans les jardins, nous entendons les coqs au plumage coloré et regardons avec amusement les poules -fines et hautes sur patte- baladant leurs poussins entre les bananiers et papayers. Les enfants n’ont pas école en ce moment, nous les voyons jouer devant les maisons. Nous croisons aussi les habitants à proximité de grands bassins oxygénés par des roues à aubes pour l’élevage de crevettes, ou près de longues planches recouvertes de tissus servant à sécher les poissons. Nous passons régulièrement à côté de villages de pêcheurs ; les ports rassemblant des bateaux de bois aux couleurs vives forment de magnifiques tableaux pour nos yeux d’étrangers.

Nous partons aux premières lueurs du jour, un peu avant 6h pour profiter de la relative fraîcheur du matin. Nous nous arrêtons en fin de matinée pour nous mettre à l’abri de la chaleur cuisante, ce qui finalement dégage pas mal de temps pour nous reposer, profiter et rattraper le retard pris sur le travail scolaire. Le repas du déjeuner signant l’arrêt du pédalage est presque chaque jour une fête, et nous avons du mal à nous forcer à commander autre chose qu’un Pad Thaï dont nous raffolons, en prenant soin de préciser « May Phet », pour limiter (mais pas complètement supprimer !) les surprises épicées.

Plus nous descendons vers le sud, plus nous comprenons pourquoi la Thaïlande est appelée le « pays du sourire ». Nous nous souviendrons en particulier d’une journée surréaliste où nous recevrons des signes amicaux tout au long de notre route, depuis les « Hallo ! » des enfants jusqu’aux sourires édentés des personnes âgées. Le matin déjà en partant, alors que nous sommes poursuivis par un chien agressif, un deuxième chien le rattrape et le soumet entre ses pattes jusqu’à ce que nous soyons tous passés. Cette scène insolite alimentera nos discussions pendant plusieurs kilomètres… Plus tard dans la matinée, après avoir été encouragés et félicités par de nombreux cyclos thaïlandais en entraînement sur la route, une équipe de cyclistes féminine nous interpelle à un stand de fruits et demande à nous prendre en photo, François a son petit succès ! Un peu plus tard encore, nous faisons un arrêt dans une ferme familiale de production de noix de coco pour répondre à leurs salutations amicales, et nous sommes surpris de recevoir en cadeau ananas et noix de coco avec des exclamations de joie et une chaleur humaine qui surpassent de loin les difficultés à communiquer dans nos langues étrangères. Encore un moment d’une grande intensité qui donne à réfléchir… Accueillerions-nous si chaleureusement l’étranger de passage ?

Évidemment, tout n’est pas toujours aussi facile. Les chiens sont particulièrement hargneux et nous causent régulièrement de belles frayeurs… Et puis, si nous acceptons progressivement la chape de chaleur qui nous écrase, nous vivons aussi quelques moments mettant nos nerfs à l’épreuve. Nous nous souviendrons en particulier de cette nuit où, accueillis généreusement par des moines dans un temple, nous avons du mal à trouver le sommeil à cause de chiens hurlant à la mort à quelques mètres du temple, recevant en écho les cris d’une meute un peu plus loin et ceux d’oiseaux bien décidés à s’opposer à la trêve nocturne. Enfermés dans nos moustiquaires, nous avons à lutter contre la chaleur, une armée de moustiques, un bataillon de fourmis et… une invasion de puces ! La tente des enfants, restée stockée à Bangkok pendant notre vadrouille nippone aura trouvé des conditions de température et d’humidité idéales pour en faire un lieu de culture à puces, attrapées on-ne-sait-où ! Une épreuve qui laissera des marques sur la peau des enfants pendant plusieurs jours !

Après plus de 400 km, nous arrivons donc dans la ville de Chumphon. En ce dimanche des Rameaux, si les chrétiens se préparent à entrer en Semaine Sainte pour célébrer la résurrection du Christ, les thaïlandais eux célèbrent leur Nouvel An, le Songkran. Trois jours de fêtes sont organisés dans tout le pays sous le signe de l’eau, car ces journées d’avril sont aussi les plus sèches de l’année. D’ailleurs ici, il n’a pas plu depuis mi-janvier, phénomène assez rare semble-t-il et nous comprenons que tout le monde a les mots de « changement climatique » à la bouche… Pendant trois jours donc, le pays vit sous le signe de l’eau purificatrice, ce qui donne lieu à de gigantesques batailles d’eau dans les rues. Pas de photos malheureusement quand Marc est pris dans l’une d’elle, car il valait mieux protéger les appareils à ce moment-là !

Ce dimanche soir, nous avons prévu de prendre le bateau de nuit pour Koh Tao, île du golfe de la Thaïlande connue par les amateurs de plongée pour ses fonds marins grouillant de vie. Malheureusement, le bateau reste au port en ce jour férié et nous devons trouver une autre solution. La solution, c’est le jeune et dynamique prêtre de la paroisse chez qui nous nous sommes arrêtés, qui nous l’apportera. En quelques coups de fil, il arrive à nous dégoter les tickets du prochain bateau et organise un transport auprès de ses paroissiens. En un tournemain, un pick-up est chargé avec tout notre matériel pour nous conduire à une trentaine de kilomètres vers un autre embarcadère, que nous n’aurions pas pu rejoindre en si peu de temps sous le soleil cuisant de la mi-journée. Hasard de rencontre et moment de générosité dont nous nous souviendrons, encore !

Au programme pour la suite donc : quelques jours sur les îles de Koh Tao et de Koh Samui, et baptêmes de plongée pour quasi-tous !

 

Par Nadège

Spot publicitaire

Ce dimanche 14 avril, M6 diffuse une émission de Zone Interdite sur les familles voyageant à l’autre bout du monde. L’équipe a suivi 3 familles, dont une en vélo : les VeLove Family. N’hésitez pas à aller y jeter un coup d’oeil, en espérant que le reportage aura capté l’essence du voyage à vélo et saura transmettre l’enthousiasme indéfectible de cette belle famille !

Christophe et Valérie sont partis en mai dernier du Lot avec leurs trois enfants : Lalie 10 ans, Esteban, 8 ans et Naïa 2 ans. Ils ont roulé dans les Andes, en Amérique Centrale et en Asie du Sud-Est et sont rentrés en Europe il y a quelques jours. Encore un petit mois de pédalage pour rejoindre le Lot depuis Madrid. Au compteur, plus de 10 000 km, rien que ça !

Nous les avions croisé avant de partir, lors d’un festival de cyclovoyageurs (La roue tourne à Roques sur Garonne, tant qu’à faire de la pub) par l’intermédiaire d’amis communs. Le hasard de nos itinéraires nous a permis de nous recroiser pendant quelques jours à Bangkok, article à venir (bon d’accord on a pas mal de retard dans le flux). En attendant, vous pouvez aussi aller voir leur blog, alimenté tous les jours et qui décrit avec beaucoup de simplicité et de justesse la formidable aventure humaine qu’ils ont vécue autour du monde… A bon entendeur !

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Petite virée japonaise

Il y a un peu plus d’un an, lorsque nous préparions notre itinéraire de tour du monde, le Japon s’est naturellement invité dans la liste. Les enfants voulaient découvrir ce pays que Nadège affectionne tant (stage étudiant de 6 mois il y a … quelques années) et qui a été la destination du voyage de noce de leurs parents. Et puis ils voulaient manger du sushi. Les parents ont eu beau leur répéter que les sushis ne sont qu’un des nombreux plats de la gastronomie nippone, il n’en démordaient pas.

C’est donc parti pour le Japon.

Pour réduire les distances à parcourir dans ce pays montagneux, nous prévoyons de ne visiter que deux régions, qui regorgent de temples, châteaux, musées et marchés (Osaka-Kyoto-Nara et Hiroshima). Et pour éviter d’avoir à subir un n-ième transfert des vélos en avion, nous décidons d’en louer sur place selon les besoins. Le Japon est un pays où le vélo est très présent dans les villes, généralement bien accessibles.

Notre vol depuis Sydney nous dépose d’abord à Bangkok où nous passons deux jours assez rudes, écrasés par la chaleur étouffante. Nous débarquons avec tout notre fatras chez Bob, warmshower qui a gentiment accepté de nous laisser stocker les vélos chez lui pendant notre vadrouille japonaise. Bob est écossais et enseignant dans une école privée de Bangkok où il vit avec sa famille depuis une dizaine d’années. Sa générosité étant sans limite, il nous donne un jeu de clé pour que l’on se sente libre de venir chez lui fouiller dans nos affaires quand on veut et nous propose de rester dormir chez lui le premier soir devant le refus du taxi thaïlandais à embarquer une famille de 5 dans sa voiture pour 4. Merci Bob !

Après un trajet assez long et une nuit presque blanche, c’est avec beaucoup d’excitation que nous débarquons sur le territoire japonais. Nous y sommes surpris par le froid de cette fin d’hiver. Les températures frôlent les valeurs négatives, et nous passons les premiers jours à marcher vite pour ne pas grelotter. Et puis surtout nous avions calé le calendrier de notre voyage pour pouvoir assister à la remarquable floraison des cerisiers, mais à notre arrivée, les bourgeons sont encore bien décidés à rester au chaud …

Qu’à cela ne tienne, il y a bien d’autres choses à apprécier au Japon ! Logés dans un 12 m² pendant une dizaine de jours à Kyoto (si, si), nous nous étonnons de notre capacité à supporter cette promiscuité sans dispute ni tension. Cela aurait été impensable au début du voyage ! Chacun prend sa place, chacun range ses affaires ou celle des autres pour dégager un maximum d’espace commun (parents lecteurs, c’est pas un argument pour faire un voyage au long cours ça ?). En revanche, si les enfants sont bien motivés pour découvrir la gastronomie japonaise et les multiples versions des boissons gazeuses dans les distributeurs installés tous les 50 m dans les rues, ils le sont moins pour visiter temples et musées ! Les parents décident de prendre un peu de temps seuls ou en amoureux pendant que les larves enfants font leurs devoirs profitent de cette parenthèse sédentaire.

A coup de treuil et d’arguments salés-sucrés, nous arrivons cependant à les sortir de leur grotte pour découvrir un petit bout d’histoire de ce pays singulier.

 

Diaporama spécial « Alimentation » parce que nous y avons porté beaucoup d’attention !

Nous louons ensuite une voiture pour Hiroshima, puisque l’intrépide Marc ne voit aucune difficulté à rouler à gauche sans savoir lire les panneaux. C’est surtout la solution la plus économique, les voyages en train ou même en bus dépassant les montants autorisés de notre budget. A Hiroshima, nous louons pour quelques jours une maison traditionnelle construite il y a 70 ans. Et 70 ans dans cette ville, ça a beaucoup de sens… Nous visitons le Musée du Mémorial pour la Paix et le parc attenant où sont dressées différentes statues dont le Monument de la Paix des enfants. Sur la rive d’en face, nous poursuivons la visite jusqu’au Dôme de Genbaku, l’un des rares bâtiments proche de l’hypocentre à ne pas s’être totalement effondré durant l’explosion. C’est aussi le seul bâtiment à ne pas avoir été rasé après-guerre… pour le souvenir. Visite instructive mais aussi émouvante ; nous sommes touchés par les témoignages et par les photos qui parlent d’elles-mêmes. Nous essayons de comprendre comment l’homme peut en arriver là et comment l’histoire peut essayer de lui donner raison… En repartant, ce n’est pas tant le message des japonais associé à la visite qui nous marque : « plus jamais ça ». Mais c’est plutôt la prise de conscience que la paix que nous vivons est si fragile… Cet état de paix que nous ignorons, par habitude…  Nous en sommes pourtant les garants. Cette visite nous rappelle la double nécessité de l’apprécier et de contribuer -à notre hauteur- à ne pas la ternir.

Nous descendons le lendemain à une trentaine de kilomètres au sud pour rejoindre en traversier une île sacrée pour les japonais. Sur cette île se trouve un sanctuaire shinto (même si le bouddhisme n’est jamais loin) composé de nombreux bâtiments construits il y a près de 1500 ans. C’est aussi là que l’on peut voir l’emblématique « Porte sur l’eau ». Pour la famille c’est un moment émouvant car c’est ici que nous avons pris le fameux cliché annonçant à la famille qu’une crevette s’était nichée au fond du ventre de Nadège… il y a plus de 15 ans. La crevette a bien grandi, tout comme la famille !

Nous repartons donc pour Bangkok pour retrouver nos montures et prendre du même coup 30 à 40 degrés sur la tête.

Le Japon est un pays fascinant. Fascinant, parce que la complexité des codes sociaux en font un véritable jeu de piste, basé sur des règles de respect des règles et du groupe. Fascinant aussi parce que les japonais sont plutôt d’une approche réservée mais sont souvent généreux, comme ce monsieur qui a passé un bon quart d’heure à nous guider vers notre arrêt de bus. Voyant nos mines perplexes dans la rue, penchées sur les téléphones sans connexion internet ni géolocalisation (oui, on est bien à l’air de l’homo sapiens 2.0, le sapiens en moins), il s’est spontanément arrêté pour nous offrir son aide, sans prononcer un mot d’anglais. Ou comme cette dame qui s’est assis à côté de nous sur un banc dans une rue commerciale. Après avoir un peu échangé sur notre journée, elle offre des bonbons aux enfants et des chaufferettes à glisser sous les vêtements pour avoir moins froid.

Le Japon est aussi fascinant pour sa capacité à faire entrer la nature dans son cadre de vie et c’est probablement ce qui avait tant touché Nadège lors de ses précédentes visites. Le quotidien peut être facilement éclairé par la vision de scènes éphémères, comme des tableaux savamment composés : quelques pots de fleurs printanières disposés avec soin dans une ruelle, la lumière orangée d’un coucher de soleil sur un toit dont la courbe appelle à la rêverie, le jardin simple mais bien entretenu d’un temple entre deux immeubles, la branche d’un pin élégamment taillée au-dessus d’une palissade… Jeu de courbe, de couleur, de lumière, de surface… L’ensemble de l’environnement peut devenir prétexte à saisir les choses profondes dans des petits détails. Avec une maîtrise inégalée du sens de l’esthétique et du fonctionnel, le pays offre au promeneur de multiples plaisirs pour les sens… qui est peut-être à mettre en lien avec son histoire chargée d’hédonisme.

Et c’est là que nous sentons notre regard évoluer depuis notre dernière visite il y a 15 ans. Nous sommes frappés par cette société d’abondance qui contraste tant avec la culture minimaliste composant sa deuxième facette. Que de magasins de broutilles, que de réclames dans les rues, que de stands alimentaires au packaging savamment étudié ! Dans des galeries en sous-sol, dans les rues, dans les étages, les villes sont chargées de commerces et d’acheteurs pressés. Et malheureusement, cette culture du consommable s’associe à une omniprésence du plastique. Impossible d’emporter à manger sans emballage sur-emballé. Les sacs plastiques sont encore largement distribués dans les magasins. Lorsque Marc en refuse un à la caisse, le jeune homme lui répond : « Mais c’est gratuit ! ». La France n’était pas en reste il y a quelques années, mais c’est d’une autre ampleur ici et nous ne pouvons pas nous empêcher d’être surpris. Dans le même temps, nous notons un changement en nous baladant dans les rues de Kyoto. Alors qu’il y a 15 ans, les kimonos et yukatas étaient portés par les dames un peu âgées (et les geishas à touristes ; nous n’en avons pas vu une seule cette fois-ci), ils sont aujourd’hui principalement portés par de jeunes adultes de 20 à 30 ans, hommes et femmes. Il semblerait que pour certains, il s’agisse d’un moyen de lutter contre les tendances de la mode qui impose d’acheter compulsivement de nouveaux vêtements à chaque saison. Le yukata est moins « démodable » et peut même être confectionné à la maison…

Les enfants sont eux dérangés par la manière dont certains animaux sont traités. Dans le parc de Nara, qui pourtant regorge de touristes nippons et étrangers enthousiastes, les centaines de cerfs en liberté sont gavés de gaufres achetées par les badauds aux vendeurs ambulants. Ils sont écornés, et les traces de sang sur les moignons indiquent que la coupe atteint souvent la matrice, probablement douloureuse. Dans le parc aquatique de Kyoto, un spectacle de clowns surexcités avec des dauphins rappellent nos plus tristes et pathétiques cirques.

Si l’on rajoute à cela la pornographie à tous les étages, y compris à hauteur d’enfants dans les superettes… Notre regard d’adultes et de parents s’ouvre davantage sur la  complexité de ce pays tenaillé par ses contradictions, entre minimalisme et abondance, entre tradition et modernisme, entre maîtrise de soi et une certaine violence sous-jacente, entre plaisir immédiat et le poids de ses conséquences… Un pays qui ne laisse pas indifférent et qui nous amène à réfléchir à nos propres contradictions.

Malgré ce regard un peu plus nuancé, nous restons toujours aussi fascinés par ce pays. Cela restera l’un des très beaux moments de notre voyage. François et Diane parlent d’ailleurs d’y revenir, « pour leurs études et sans les parents ! ». Affaire à suivre !

 

Par Nadège

 

Australie : histoire de paons et de Gremlins

Pour Nadège, la courte nuit précédant notre départ en Australie est peuplée de serpents et d’araignées velues s’introduisant dans notre tente et se nichant dans nos chaussures (véridique !). Les pires craintes refont surface. Notre vol n’est malheureusement pas retardé. Nous arrivons à bon port à Sydney, toujours un peu incertains de notre trajet à vélo pour les deux semaines de notre séjour.

Deux semaines, c’est particulièrement court pour démarrer une aventure à vélo. Nous ne perdons pas de temps et à notre sortie de l’aéroport de Sydney, nous remontons nos montures et cherchons la voie cyclable permettant de passer au-dessus de l’autoroute. Évidemment, nous ne passons pas inaperçus, et un employé de l’aéroport en cravate vient vers nous et nous donne toutes les indications pour sortir du labyrinthe. Il nous aide à soulever les vélos chargés pour passer quelques obstacles et nous donne des conseils avant de repartir : « Faites attention sur la route, les conducteurs australiens ne sont pas forcément très sympathiques avec les cyclos... ».

Pour notre première nuit australienne, nous sommes accueillis par Judy, qui a été la famille hôte d’Aurélie (la marraine de Diane) quand elle était étudiante. Nous enchaînons donc 25 km vers le nord de Sydney dans une circulation difficile, empruntons le fameux « pont du port », goûtons aux premiers reliefs de la ville en nous arrêtant régulièrement pour nous abriter de la pluie.

Après une nuit réparatrice, nous reprenons notre route. Ayant déjà fait 25 km vers le nord, nous décidons de poursuivre notre route dans cette direction en longeant la côte et ses mythiques plages de surfeurs. Nous sommes régulièrement arrêtés par des passants qui nous demandent d’où l’on vient et où l’on va. Comme nous n’avons pas trop idée de notre destination finale, nous leur répondons « vers le nord », suscitant des regards admiratifs et des exclamations amusées : « ouah, you must be adventurous ! » ou « Crazy French people! ». Évidemment, c’en est assez pour réveiller le paon qui sommeille en nous, nous sentons la singularité de ce type de voyage ! Heureusement les côtes courtes mais sévères sont là pour mater l’animal et nous rappeler notre fragile condition. La côte Est du pays est sérieusement bosselée même en longeant la côte, et le redémarrage à vélo est un peu douloureux après un mois en Nouvelle-Zélande de vacances pour nos muscles. Nous sommes parfois obligés de descendre et de pousser nos lourdes montures. Le front pluvieux a du mal à passer, et nous devons nous abriter dans les abribus pour laisser passer les averses les plus fortes.

L’Australie est bien plus chère que ce que nous pensions, même en dormant en camping. Pour la première fois du voyage depuis le Canada, nous faisons jouer le réseau Warmshower et nous ne le regretterons pas ! Nous faisons de formidables rencontres, souvent de couples dont les enfants sont partis. Nous passons de très chouettes soirées avec eux, nous discutons beaucoup, prenons un verre, jouons aux cartes… Non seulement nous sommes accueillis à chaque fois comme des rois (ah le luxe du matelas quand on voyage à vélo !), mais nous avons en plus l’impression de partager des moments plein de sincérité, d’intérêt mutuel. Des rencontres qui vont au cœur. Nous arrivons d’abord chez Deb et Rod. Rod tient un commerce de locations de vélos, il jette un coup d’oeil à nos machines et s’empresse d’apporter quelques réparations et ajustements sur les montures quelques peu délaissées et rapidement remontées à l’aéroport. Nous passons une longue soirée à discuter du pays, des espèces d’oiseaux que nous allons probablement croiser, du cas aborigène, du sentiment d’appartenance à une culture etc… Marg et Rob eux sont médecin et comptable. Ils sont très actifs et sportifs. Marc passe aussi avec eux une longue soirée de discussion pendant que Nadège et les enfants récupèrent dans les bras de Morphée. Chez Dianne et Wyanne, nous dînons sur la terrasse avec une vue imprenable sur un golfe. Au coucher du soleil, les enfants vont marcher dans le petit bosquet d’eucalyptus qui jouxte leur jardin et c’est encore une fois les yeux de lynx de notre Diane qui aperçoivent un koala perché dans l’un d’entre eux à quelques mètres de nous. Nous avons de la chance apparemment, car il est rare aujourd’hui d’apercevoir des koalas en milieu naturel. Nous rencontrerons bon nombre de personnes par la suite qui nous avoueront n’en avoir jamais vu hormis dans des zoos. Dianne et Wayne sont des hôtes formidables, cyclo confirmés. Le lendemain matin, ils nous accompagnent jusqu’au ferry à une dizaine de kilomètres et attendent le départ du bateau pour repartir. Nous les reverrons quelques jours plus tard sur la route : prétextant vouloir faire une rando vélo sur un sentier du bush que nous venons d’emprunter, ils nous rapportent les sacs à viande oubliés dans un coin dans leur salon. Nous espérons sincèrement tous les recroiser en France ou ailleurs !

Sur le chemin, nous serons aussi accueillis à Palm Beach par Rowan, chez qui nous allons frapper en espérant pouvoir bénéficier d’un coin de jardin pour planter les tentes. Nous devons prendre un ferry le lendemain et il n’y a aucun camping ou hôtel bon marché dans ce coin huppé du nord de Sydney, célèbre pour la sérié télévisée qui y a été tournée pendant des années. Coïncidence ou pas, Rowan est content d’ouvrir sa porte à une famille française alors que sa fille est elle-même installée à Paris avec ses petits-enfants, et que sa femme est en visite là-bas. Encore une chouette rencontre qui nous confirme le sens de l’hospitalité australien !

D’ailleurs nous sommes étonnés du nombre de personnes australiennes ayant déjà visité la France. Toutes en gardent de bons souvenirs et souhaitent y retourner un jour. Il y a probablement un biais d’échantillonnage dans notre observation, mais quand même… Alors que nous nous arrêtons dans un magasin de vélo pour changer le câble de vitesse de François, Al, le réparateur, prend le temps de discuter avec nous et de nous montrer quelques photos sur son téléphone portable. En fond d’écran, la vitrine du fleuriste de Quincampoix, commune normande qui a vu grandir le célèbre Jacques Anquetil. Dans son répertoire de photos, le PMU, la place du village, la boulangerie… Au bout de 7 mois de voyage hors-frontière, nous ressentons naturellement un peu de nostalgie à la vision de ces lieux bien français. Nous avons hâte de rouler chez nous ! Al nous offre la réparation (il y a passé presque une heure en changeant d’autres câbles au passage) et nous propose de venir dormir chez lui le soir même. Invitation que nous refusons avec beaucoup de regret car nous ne nous sentons pas de finir la journée en franchissant les vilaines côtes qui nous séparent de son domicile…

Chaque jour ou presque, nous profitons des magnifiques plages de la côte. Tant que possible, nous privilégions les endroits surveillés. Les courants sont puissants, les rouleaux suffisamment formés pour écraser Marc et François qui s’en amusent, et les requins finalement pas très loin…

Un peu plus au nord, nous devons passer par une réserve protégée, dont le sentier est à peine marqué sur Maps.me. L’autre voie nous obligerait à faire un détour de 80 km et à passer sur l’autoroute, un jour de week-end chargé de voitures prenant la direction des plages. Nous ne sommes pourtant pas certains de circuler facilement sur ce sentier au plein cœur du bush australien. Les informations que nous récoltons sont contradictoires. Nous prenons quand même le risque. Arrivés à proximité la veille, nous rencontrons deux jeunes gaillards d’une trentaine d’années, bière à la main, rangers aux pieds, barbecue prêt à envoyer de la bidoche, accent à couper au couteau. Pendant qu’ils nous remplissent généreusement notre outre à eau pour recharger les stocks, nous les interrogeons sur le fameux sentier :

Ouais, je connais bien ce sentier, j’y allais souvent quand j’étais petit, mais il a été fermé en 2005, il n’est pas entretenu depuis…

Ah bon ?

Surtout, faites attention aux serpents. Si vous en croisez, laisser les passer, ils ne vous attaqueront pas si vous les laisser tranquilles.

OK.

Si vous vous faites morde par nos fourmis géantes, faites chauffer de l’eau, et appliquez sur la morsure le plus chaud que vous pouvez supporter, ça vous soulagera…

OK.

Les dingos… Normalement ça devrait aller, mais bon… je ne laisserais pas des enfants tout seuls, dit-il en jetant un œil à Diane…

OK.

Vous savez, ça va être les 20 km les plus longs de votre vie !

Ah bon ?

Le lendemain matin, nous partons en formation serrée : « Les enfants, on ne vous le cache pas, ça peut être difficile et dangereux, on reste groupé« . A peine deux heures plus tard, nous avons franchi les 20 km de sentier largement praticable dans un paysage sec et broussailleux. Nous avons croisé deux goannas, longs lézards qui pullulent dans la région, et sommes presque déçus de ne pas avoir fait d’autres rencontres. « Crocodile Dundee, c’est rien qu’une Géraldine à côté de nous« , claironne le paon qui a repris du service.

Nous poursuivons notre route vers le nord. Certaines portions sont inconfortables. Les bas-côtés sont étroits, quand il y en a. Les voitures circulent vite et ne prennent pas toujours la peine de s’écarter. Nous ne pouvons pas décrocher Diane du vélo de Marc, c’est trop dangereux. Nous observons que l’australien est en fait… un Gremlin. Particulièrement sympathique et chaleureux quand nous les croisons dans la rue, toujours prêt à nous renseigner, quitte à passer des coups de fils pour nous aider. Mais quand on le plonge dans une voiture et qu’on lui donne du kilomètre à manger, il se transforme en une bête peu aimable au klaxon facile, n’accordant aucune priorité aux voyageurs fragiles que nous sommes. A plusieurs reprises, nous avons des frayeurs et pestons contre une voiture passée bien trop près de nous. De manière générale, les pistes cyclables sont peu fréquentes et les infrastructures pas forcément recommandées pour des voyageurs qui se déplacent autrement qu’en voiture. A l’image du train que nous devons prendre pour rentrer à Sydney, qui ne dispose que de 5 places de vélos, à condition que ceux-ci soient emballés dans un carton ! Branle-bas de combat pour démonter les vélos et tout faire rentrer en 30′ dans les cartons que l’agent de gare arrive à nous dénicher. Avec deux trains par jour sur un axe économique pourtant important de la région, nous ne voulons pas manquer le nôtre. Arrivés à la gare de Sydney, re-déballage, remontage des vélos que nous devrons de nouveau démonter deux jours plus tard pour prendre l’avion. Un peu trop de bricolage à notre goût, mais nous devenons des pros !

Ce train nous le prenons à Taree, un peu plus au sud que ce que nous avions projeté de faire au cours du trajet. Pourquoi ? Parce qu’en partant d’une pause déjeuner, une voiture s’arrête devant nous sur le bas-côté. C’est Billy, Warshower que nous avions contacté quelques jours plus tôt à notre passage du côté de Newcastle. Très gêné de ne pas avoir eu le temps de nous répondre, il nous propose de venir dormir dans la maison qu’il loue près de la plage pour ses ouvriers et lui le temps d’un chantier. L’activité étant un peu basse, la maison est quasi-vide. Nous nous interrogeons… Ce n’est pas du tout sur la route et cela veut dire que nous interrompons notre trajet un peu plus tôt que prévu… mais pourquoi pas ? C’est la magie du voyage ! Encore une belle soirée passée en compagnie d’une personnalité attachante…

Après plus de 400 km de route, nous voici donc de retour à Sydney. Nous prenons le temps de visiter les quelques lieux phares de la ville avant de nous embarquer pour la dernière partie de notre voyage : l’Asie… Nous en avons l’eau à la bouche !

Petit bonus animalier :

Par Nadège

Nouvelle-Zélande : easy !

Notre décollage de New-York nous avait laissé un arrière-goût amer lors de notre précédent embarquement avec les vélos. Nous avions trouvé l’épisode désagréable. Nous sommes un peu tendus cette fois-ci et résignés à ce qui nous attend. Nous prenons le temps de tout ranger et de tout nettoyer d’autant plus que nous savons les douanes néo-zélandaises particulièrement vigilantes en matière de bio-sécurité. Les bagages des passagers sont très régulièrement fouillés pour éviter la contamination de leurs îles par des espèces végétales ou bactériennes étrangères. Finalement tout se déroulera avec une simplicité presque suspecte : nous ne payons pas de supplément pour les vélos alors que nous partons avec la même compagnie que la fois précédente, nous n’avons pas de retard pour notre premier avion, nous passons nos 12h30 de vol au-dessus du Pacifique sans trop de fatigue et nous récupérons tout notre matériel à bon port à Auckland. La dame de la douane est bien sympathique et nous remercie pour l’état de propreté de nos vélos, car c’est à elle de nettoyer le matériel quand il n’est pas suffisemment propre et c’est un exercice qu’elle n’apprécie pas trop… Entrée en Nouvelle-Zélande : checked.

Cette fluidité du voyage, nous aurons l’impression de la vivre pendant tout le mois qui suivra. D’abord parce que nous avons décidé d’abandonner lâchement nos vélos pour un transport motorisé. Nous avions vraiment envie de visiter le territoire, et les paysages bosselés associés à un risque important de pluie à cette période réduisait considérablement la portée de ce que nous pouvions voir sur les deux grandes îles.  Dans un accès de conscience, nous demandons s’il est possible de changer la voiture réservée à la hâte sur internet (voir post précédent) par un véhicule nous permettant d’embarquer les vélos. « Pas de problème, je vois voir s’il y a un véhicule disponible« , nous répond l’aimable jeune homme au comptoir. Nous nous mettons alors en quête d’un porte-vélo qui nous permette d’accrocher nos cinq montures. Nous nous arrêtons chez un concessionnaire de voiture et la dame de l’accueil, après avoir passé quelques coups de fils, nous dirige vers un magasin de sport qui nous a mis de côté une barre arrière pour un prix raisonnable. Trop simple… Nouvelle-Zélande, nous allons t’aimer !

Pour ne pas avoir à en chercher d’autres au retour, nous laissons nos cartons de vélo chez les Dagonneau, famille française résidant à Auckland depuis quelques années, que nous rencontrons par l’intermédiaire de la famille Bru. Puis nous partons pour 3 bonnes semaines de vadrouille à travers l’île du Nord. Nous commençons par la presqu’île de Caramandel, où nous allons crapahuter à quatre-pattes dans l’eau d’une grotte obscure pour nous émerveiller devant des plafonds magnifiquement étoilés de vers luisants. Nous allons randonner, nous baigner dans l’océan, dans les rivières, dévaler des dunes de sable géantes. Nous allons visiter d’impressionnants sites géothermiques du côté de Rotorua : geysers fumants, boues de pétrole, sources chaudes, bassins sulfurés…